La formation des rugbymen en France : l’ exemple du centre de formation de l’UBB (partie 1)

Par Frédéric Bonnet

Remerciements à M David Ortiz directeur du centre de formation de l’UBB

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L’effectif du centre de formation de l’UBB 2015-2016

Pour expliquer les déboires de l’équipe de France de rugby lors de la dernière coupe du monde ou lors du dernier tournoi des six nations, on cite le plus souvent deux boucs émissaires : le top 14 et la formation des jeunes rugbymen français.

Trop de puissance, pas assez de technique individuelle, trop de joueurs recrutés à l’étranger et pas assez de joueurs français titulaires en top 14, trop d’enjeu et trop de stress pour les clubs du top 14 du fait de l’épée de Damocles que représente la descente de deux clubs en pro d2, pas assez de jeu, pas assez de passes en top 14 sont les refrains qui reviennent le plus souvent.

Concernant la formation des rugbymen, la FFR avait pourtant fait figure de précurseur dans le domaine en imposant dès 2002 aux clubs professionnels la création d’un centre de formation selon un cahier des charges bien précis.

Partie 1

Le parcours semé d’obstacle que doit emprunter un jeune rugbyman français avant de devenir professionnel

Avant d’arriver dans un des 30 centres de formation français, un jeune joueur de rugby doit en passer par un véritable parcours du combattant.

  • Inscrit dans une école de rugby, il doit, dès l’âge de 14-15 ans, être repéré par un cadre technique de la FFR lors de tournois départementaux.
  • S’il a la chance d’ être repéré (et le talent bien entendu), il doit tenter le concours d’entrée dans un des 10 pôles espoirs disséminés sur le territoire français (Talence, Bayonne, Toulouse, Ussel, Tours, Paris, Dijon, Villefranche sur Saône, Béziers et Hyères).
  • S’il loupe cette première porte d’entrée, il peut quand même passer l’examen d’entrée en pré-filière rugby, en quatrième, en candidat libre.
  • Une fois installé dans un de ces pôles d’excellence, il devra s’accrocher pour y rester sur le plan sportif et scolaire.
  • Ensuite, il doit être sélectionné en équipe de France (- de 20 ans, -de 19 ans,- de 18 ans, – de 17 ans, – de 16 ans).
  • Puis, être recruté dans un des 30 centres de formation des clubs professionnels français.
  • Enfin seulement il pourra intégrer un club professionnel du top 14 et de la pro D2, à moins que ceux ci ne préfèrent embaucher un joueur à l’étranger…
    Un constat s’impose : il y a beaucoup de candidats et peu d’élus.

Pendant longtemps et pour combler un soit-disant déficit physique des rugbymen français sur leurs homologues anglo-saxons, les cadres techniques français ont privilégié les jeunes joueurs pour leur potentiel physique, au détriment de leurs autres qualités rugbystiques.

La fédération semble avoir changé son fusil d’épaule : elle recherche et sélectionne les joueurs qui possèdent une sorte de super pouvoir, un talent où il excelle et se distingue spécialement (force mentale, puissance, aisance gestuelle, détente, vision du jeu, jeu au pied…) allié à la qualité indispensable à tous les postes du rugby moderne : la vitesse.

En Aquitaine, on compte environ 13000 jeunes joueurs de rugby par tranche d’âge. Le pôle espoir de Talence et celui de Bayonne n’en retiendra qu’une trentaine chacuns, soit environ 0,4 % d’entre eux. L’écrémage est particulièrement rude. En outre, s’ils veulent poursuivre leur carrière rugbystique, ils devront être repérés par les centres de formation de la région : UBB, Agen, Bayonne, Biarritz, Mont de Marsan, Dax ou Pau.

Le centre de formation de l’UBB

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Le directeur du centre David Ortiz

 

La structure et le staff

En 1998, le CABBG (Club Athlétique Bégles Bordeaux Gironde) décide de se doter d’un centre de formation, avant que ceux ci ne deviennent obligatoires dans tout club professionnel en 2002, pour accueillir des jeunes joueurs et leurs faire concilier études et pratique sportive. Tous les équipements du centre sont à proximité : salle de vie, chambres, salles de cours, cantine, salle de gym, terrain d’entraînements pour faciliter au maximum la vie des apprentis rugbymen.20160304_163803

Depuis, 2010, son directeur est David Ortiz, un ancien joueur proté du RC Gradignan dans la banlieue bordelaise. Par le passé, il a entraîné les minimes de son club, puis les cadets Alamercy de Saint Médard en Jalles et diverses sélections du comité d’Aquitaine. Il est détenteur du DES, nécessaire à tout entraîneur d’un club de rugby professionnel. Comme la plupart de ses collègues depuis l’invention du rugby, David Ortiz est un pédagogue accompli et soucieux à la fois de former les meilleurs rugbymen possibles, mais aussi des hommes bien dans leur tête et bien dans leur corps. Il est chargé de la coordination des différents secteurs du centre :

Le secteur administratif et opérationnel, chargé d’organiser les déplacements et la logistique,
Le secteur médical, composé de deux kinésithérapeutes attitrés et des médecins de l’UBB,
Le secteur sportif, composé d’un entraîneur des avants Jérôme Scheibel (ancien pilier du SBUC), d’un entraîneur des trois quarts Cyril Dabadie (ancien ailier du SBUC), de David Ortiz responsable du mouvement général et de Michel Maillet responsable sportif de toutes les catégories de jeunes et de la gestion des hommes
et le secteur scolaire, qui est chargé de la formation scolaire et professionnelle des joueurs in situ ou en lien avec différentes écoles, lycées ou universités bordelaises.
Le budget du centre est d’environ 600 000 € hors contrat des joueurs et il accueille cette année 48 joueurs.

Plus d’un tiers d’entre eux ont un contrat espoir. Ils jouent ou s’entraînent régulièrement avec les joueurs professionnels (18, soit 37,5%).

Onze (soit 22,9%) sont conventionnés et les autres sont amateurs (19, soit 39,7%).

Les joueurs qui sont en manque de temps de jeu avec l’équipe espoir peuvent, s’ils le souhaitent, jouer pour des clubs de fédérale 1 à 3 de la région, sous la forme de tutorat et cela concerne 13 joueurs parmi les amateurs).

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Le terrain d’honneur de Musard ou Moga

 

Les entraînements

Les joueurs s’entraînent tous les lundi, mardi et jeudi. Ils commencent vers 7 heures du matin par de la musculation, enchainent par une collation, partent à l’entrainement sur le terrain et finissent par de la video en fin de matinée. Après le repas ils partent tous en formation scolaire ou professionnelle. Le soir, vers 18h30, ils participent à un deuxième entrainement. Certains joueurs, en général ceux qui ont un contrat espoir, s’entrainent avec les pros le mardi et/ou le jeudi.

Le contenu de l’entraînement combine en permanence la technique individuelle (gestuelle, tenue en mêlée, touche…) et l’aspect tactique (intelligence situationnelle, action-réaction, jeu de mouvement, prise d’information…). Pour les entraîneurs le leitmotiv est le suivant : donner le plus possible de la pratique et du vécu aux joueurs, en leur donnant quotidiennement des situations d’opposition ludique (3 contre 2) sous pression et à un rythme élevé. Bref, les exercices doivent les mettre le plus possible en situation d’ éveil et d’activité. La modélisation et la théorisation de chaque phase de jeu ne se fait que dans un deuxième temps.

L’identité de jeu de l’équipe découle de ces entrainements : mettre le plus possible de volume de jeu et tenir le ballon. C’est ensuite au fil des matchs, sous la pression du résultat, devant l’incertitude apportée par l’adversaire et à intensité réelle, que les joueurs progressent réellement individuellement et collectivement.

La formation scolaire ou professionnelle

David Ortiz part du principe que les jeunes qu’il encadre, avant d’être de futurs rugbymen, sont avant tout de jeunes hommes dont l’instruction est primordiale. Elle doit simplement être adaptée pour être compatible avec la vie de ces jeunes sportifs. Ses joueurs espoirs ont tous une vie hors du commun pour leur âge. Une vie où la distraction et les loisirs n’ont que peu de place. Ce sont des athlètes, qui pour arriver au centre de formation, ont du franchir de nombreux obstacles. Ils ont tous le même objectif : devenir rugbyman professionnel. Ce but légitime et porteur peut malheureusement leur masquer une vérité plus cruelle : peu d’entre eux passeront le cap du professionnalisme en top 14 ou en pro D2.

C’est pourquoi David Ortiz, comme ses collègues directeurs des autres centres de formations, a donné à la formation scolaire ou professionnelle un rôle central. Elle est dispensée au sein du centre et individualisée pour chaque joueur grâce à une école privée Formasup Campus. Mais d’autres joueurs sont encore en terminale au lycée Victor Louis de Talence (lieu du pôle espoir), en STAPS à Talence, dans des IUT ou BTS proches du centre. Dans tous les cas, un partenariat entre le club et ces structures a été trouvé pour adapter les études aux exigences de la formation rugbystique. Seule une minorité de joueurs sont déjà rentrés dans la vie active.

Pour David Ortiz, cette formation scolaire ou professionnelle est nécessaire à la fois pour les joueurs qui ne deviendront pas professionnels et joueront pour des clubs amateurs, mais aussi afin de prévoir l’avenir post-rugby. Les rugbymen seront de très jeunes retraités et leur seconde carrière doit être réfléchie le plus tôt possible.

Les partenariats

On l’a vu de nombreux partenariats ont été noués pour optimiser la formation scolaire des espoirs. Sur le plan sportif, David Ortiz travaille en symbiose avec le staff sportif de l’équipe première de l’UBB et avec son président Laurent Marti. Le but est d’offrir un réservoir de bons joueurs à court ou moyen terme à l’équipe première et de promouvoir ses meilleurs éléments.

A la fin de leur contrat espoir, il y a deux possibilités :

soit le joueur intégre un club professionnel : l’UBB idéalement ou un autre de top 14 ou de pro D2,
soit il est proposé à un club de fédérale. Dans ce cas, c’est l’avenir professionnel hors rugby qui est privilégié. Au fil des années le centre de formation a ainsi noué des liens privilégiés avec ses voisins Langon, Saint Médard en Jalles, Lormont, voire Arcachon (SBAR) ou Libourne.

À suivre l’effectif , le palmares du centre de formation de l’UBB, ainsi que les idées pour améliorer la formation des rugbymen français dans la partie 2 la semaine prochaine. 

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Le Stade bordelais et le C A B

 

3 réflexions sur “La formation des rugbymen en France : l’ exemple du centre de formation de l’UBB (partie 1)

  1. Félicitations pour toutes ces informations. Que cela donne à tous les Centres et à tous les Pôles l’idée de mieux valoriser leur travail pour l’émergence d’une nouvelle génération de joueurs.

  2. Bravo pour ce bel article. Il est nécessaire que dans un proche avenir, la très grande majorité des joueurs du Top 14 et de Pro D2 viennent de ces centres de formation et que la présence de joueurs étrangers soit l’exception ! Comme c’est le cas dans tous les clubs de l’hémisphère sud.

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