L’Histoire du XV de France en XIII ACTES : 1906-2019

Yoann Maestri, 31 ans, internationnal français aux 62 sélections et joueur du Stade français ne dit pas autre chose. Quand le Midi Olympique lui demande le 15 juillet 2019, s’il faut donner priorité au XV de France (sous-entendu par rapport au Top 14), il répond sans ambage : Pourquoi ? Chez nous (en France), le championnat est important. Capital, même. C’est notre identité et on la défend. Pour beaucoup d’entre nous un France / Galles n’a pas plus d’importance qu’un Toulouse / Clermont joué au stadium devant 30000 personnes. Nous ne sommes pas le Leinster, on ne laisse pas Johnny Sexton au repos sur les gros matchs du championnat domestique. C’est culturel.

Une histoire du rugby scolaire

En France aussi, le rugby s’est propagé via les lycées, les collèges et les écoles primaires. Dès la fin du XIX è siècle, deux visions antagonistes de l’enseignement du rugby scolaire s’opposaient. La vision égalitaire de la Ligue girondine d’éducation physique qui passait par une forme adaptée du rugby, la barette, et la vision élitiste du Comité pour la propagation des exercices physiques qui pronait la pratique du rugby en tant que sport par une minorité d’élèves aristocrates.

Plus de cent ans après, le rugby a peu à peu déserté les cours d’école, mais les deux visions s’affrontent encore pour le remettre au goût du jour.

La troisième mi-temps, un trésor du rugby qui se perd

La troisième mi-temps symbole du jeu de Rugby, moment de convivialité partagé après un match entre coéquipiers, mais aussi si possible avec les adversaires, tend à disparaître, tout du moins dans le monde impitoyable et égo-centré du rugby professionnel.

Ce moment privilégié dont on  connait le point de départ, mais rarement les prolongements, a toujours été un prétexte cathartique pour être ensemble. Un moyen de souder les hommes entre eux et d’apaiser les tensions générées par le combat.

Ce n’est pas pour rien que la grande majorité des sièges historiques des clubs français étaient des cafés, suivant en cela la tradition des Club House anglais. Seul sport de combat collectif à célébrer les vertus du sacro-saint collectif, la troisième mi-temps est ontologique à la nature du jeu de Rugby et lui donne pleinement sa dimension sociale. Sans troisième mi-temps, le combat rugbystique n’est plus que violence. 

La chaine d’Union ou le cercle des joueurs de rugby

Regardez un match de rugby : intangiblement en début et en fin de match vous verrez les joueur se serrer en ronde pour mieux se souder. Un geste devenu naturel qui vient de l’origine de la création de ce jeu, comme la mêlée, le ballon ovale, le temples que sont les stades de rugby, les essais, le chiffre trois, le nombre XV, la troisième mi-temps, les poteaux en forme de H et comme de manière générale l’imaginerie rugbystique et son esprit.

Paris, 20 août 1996, crépuscule du rugby français

Le 15 juin 1996 à Albi lors d’une assemblée houleuse la FFR décida de créer la Commission nationale du rugby d’élite (CNRE) présidée par l’ancien parachutiste expert-comptable Séraphin Berthier, ancien trésorier du FC Grenoble. Mais cette commission pris rapidement pour mission de mener un combat interne secret contre la FFR, contre le jeu de Rugby amateur, bref contre l’Histoire, au profit des intérêts particuliers des clubs. 

L’Histoire du XV de France en XIII ACTES

De tout temps, l’identité rugbystique de la France a été représentée par le XV de France : son maillot bleu, son emblème le coq, ses héros, ses rituels, ses mythes et ses récits d’aventures. Que l’on suive ses exploits dans le tournoi des cinq nations via le transistor ou sur un poste de télévision lors des coupes du monde, les « bleus » ont toujours conservé une dimension sacrée que ce soit pour les joueurs ou les spectateurs. A chaque époque, le style de jeu du XV de France reflétait une manière d’exprimer une culture et une éducation.

Avant l’arrivée du professionnalisme, être sélectionné en équipe de France représentait l’apogée d’une carrière sportive. Ce n’est plus le cas depuis que le TOP 14 et la coupe d’Europe absorbent la quasi totalité de la lumière médiatique du jeu de Rugby.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que notre rugby n’a toujours pas digéré sa financiarisation effrénée. La LNR et les clubs professionnels écrasent le XV de France et le relègue peu à peu à la seconde division du niveau international.

On a le XV de France que l’on mérite. Certes, mais ce n’est pas une excuse ou une fatalité . Il est plus que temps de revenir sur la fabuleuse Histoire du XV de France pour donner quelques idées aux potentiels réformateurs du modèle rugbystique français. Car, l’ignorance ne peut que conforter le CAC 14 et laisser les « bleus » à l’abandon dans leur prison dorée de « Marcatraz ». 

FFR ou LNR : il faut choisir

La réussite du modèle rugbystique Néo-Zélandais révèle en creux et en négatif l’abyssal échec du modèle bicéphale français. L’aigle à deux têtes (FFR et LNR) qui dirige le rugby en France pique du nez tel un kamikaze en perdition. La double personnalité du rugby français l’empêche de fonctionner intelligemment et rationnellement.

Les intérêts de la LNR et de la FFR sont à ce point divergents, voire opposés, qu’il est impossible de faire autre chose que du surplace : à savoir avoir un CAC 14 surpuissant qui attire les meilleurs joueurs de la planète et un XV de France aux résultats de plus en plus grotesques.

Pourtant, des solutions existent, encore faudrait-il que la FFR reprenne son leadership sur la LNR. Et que cessent les querelles de personnes et les faux débats ineptes. Il faut changer de paradigme : les clubs sont aux service des joueurs, de leur formation, de leur santé, de l’équipe de France et du rugby. Pas l’inverse.

La réussite des All Blacks en 7 leçons

La réussite éclatante et la suprématie sans partage du Rugby Néo Zélandais sur la planète ovale depuis plus de cent ans n’est pas le fruit du hasard. La fée du rugby ne s’est pas particulièrement penchée sur le rugby made in kiwis. Non, le mythe des All Blacks a été pensé et travaillé longuement et intelligemment. Il répond à un besoin de cohésion sociale et culturel nationale dans un pays peu peuplé et situé aux antipodes des origines du rugby : l’Europe.