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La pandémie de Covid-19 met en échec le modèle économique du rugby français

Par Frédéric Bonnet

 

Une étude de l’Imperial College London concernant l’impact sanitaire des différents types de politique de lutte contre le Covid-19 parue le 16 mars 2020, prévoit que le pic du nombre de patients contaminés par le virus devrait arriver en France entre la fin du mois de mai et la mi- juin (Impact of non pharmaceutical interventions (NPIs) to reduce Covid-19 mortality and healthcare demand, Neil M.Ferguson).

Sachant que le déconfinement ne pourra se faire que trois semaines minimum après ce pic (le temps moyen de sortie des patients infectés des salles de réanimation pour ne pas faire exploser les faibles capacités hospitalières françaises) et à condition que l’Etat soit capable de fabriquer des tests de dépistage du virus (pour ne pas subir illico de deuxième vague), il est probable que les joueurs de rugby ne pourront retrouver leur club qu’entre la fin juin et début juillet.

Pour pouvoir disputer à nouveau un match de rugby dans des conditions physiques suffisantes, les experts considèrent que les joueurs de rugby devraient suivre un entraînement d’au moins 3 semaines, ce qui repousserait la fin de la saison 2019-2020 au mieux fin juillet, plus probablement mi-août. 

La saison 2019-2020 est donc d’ors et déjà terminée, les clubs amateurs le savent bien, puisque leur championnat est gelé. Les profesionnels se bercent d’illusion s’ils pensent pouvoir finir leur championnat de Top 14.

Pas de match, pas de recette de spectateurs, fuite des sponsors, à commencer par le plus gros financeur du Top 14 et de la Pro D2, Canal plus. La chaîne vient d’annoncer ne pas vouloir verser à la Ligue professionnelle de football les 110 millions d’euros de droits télévisuels prévus statutairement le 5 avril. Il est probable qu’il en sera de même pour le rugby. 

Des crises, des récessions, des bouleversements, des guerres, le monde en a connu à la pelle. Il n’y a toutefois aucun précédent historique comparable à la pandémie de coronavirus qui nous touche actuellement. Du jour au lendemain, tout s’est arrêté, l’activité économique est tombée à zéro, sauf pour les secteurs essentiels. Cet arrêt brutal concerne aussi bien évidemment le rugby.

Tout les championnats de rugby étant à l’arrêt pour un temps indéterminé, le tout dans une économie sportive mondialisée, interconnectée comme l’est la nôtre aujourd’hui, les conséquences s’annoncent vertigineuses. 

Il est donc temps pour le monde du rugby de réfléchir au nouveau modèle économique qu’il peut mettre en place. L’argent qui constituait le tabou que l’Ovalie tentait de dissimuler depuis les années 60 dans son coffre à secrets est devenu le sujet de toutes conversations ovales : il était temps. En fait plus que l’argent, c’est la financiarisation galopante du rugby-marchand, qui menace tous les ans l’existence de nombreux clubs de Rugby, qui est enfin remise en cause.

Tandis que les dirigeants du football français s’étripent allègrement, chacun défendant ses intérêts particuliers, il semble que les présidents des 30 clubs professionnels de rugby français aient décidé de trouver des solutions collectives. Ils ont bien compris que le modèle économique du rugby français mis en place en 1995 n’est plus valide.

Reste à savoir s’ils engloberont dans leurs réflexions les dirigeants du rugby semi-amateur et amateur. 

Reste à savoir s’ils se tourneront vers les fonds d’investissements qui sans nul doute proposeront un rugby mondialisé et surfinanciarisé : le modèle 4.0 SAFITI (sponsors, actionnaires des fonds d’investissements, télévisions, international).

Ou au contraire, s’ils apprendront de leurs erreurs et créeront un modèle économique novateur basé sur une économie réelle, sur la formation de joueurs, sur les valeurs éducatives du jeu de Rugby ; un modèle qui par exemple limiterait drastiquement l’inflation des salaires de joueurs.

Tout le monde savait que la bulle économique ovale menacait à tout moment d’exploser. La crise sanitaire a accéléré le processus.

Le rugby français a souvent vécu au dessus de ses moyens, il est temps qu’il refonde son modèle économique. La mondialisation néolibérale étant clairement en échec, chaque nation rugbystique va devoir construire à partir de sa propre histoire. Encore faut-il que nos dirigeants la connaisse.

L’activité sportive, qu’elle soit vécue comme une pratique ou comme un spectacle, a toujours représenté un véritable secteur économique. Ce secteur économique à part entière peut soit être

  • considéré comme un bien privé. Dans ce cas, le sport se convertit à l’économie de marché.
  • considéré comme un bien public. Dans ce cas, il a le statut de sport de masse avec des vertus de libération des corps, donc des esprits.
  • un mélange des deux, que l’on s’adresse à la haute compétition ou aux compétitions amateurs. C’est le cas désormais pour le Rugby français depuis 1995.

En France, le poids financier des clubs sportifs se réparti de la manière suivante :

  • 8800 millions d’euros pour les 264 700 clubs amateurs tous sports confondus.
  • 1387 millions d’euros pour les 60 clubs des ligues 1 et 2 et le championnat national de football.
  • 340 millions d’euros pour les 30 clubs professionnels de Rugby (Top 14 et Pro D2).
  • 116 millions d’euros pour les 48 clubs professionnels de basket-ball (Pro A, Pro B et ligue féminine).
  • 62 millions d’euros pour 39 clubs professionnels de handball (Divisions 1 et 2, division féminine).
  • 4à millions d’euros pour 42 clubs professionnels de volley-ball (Pro A et B, Pro A féminine).

On peut noter une double fracture :

  • entre le sport amateur et le sport professionnel.
  • entre le football et les autres sport.

L’histoire économique du Rugby peut être divisée en trois périodes bien distinctes. Celle du Rugby éducatif et moral d’avant 1960, celle de la transition lente et progressive vers le Rugby spectacle entre 1960 et 1995 et enfin celle du Rugby spectacle-business contemporain.  

Avant la fin des années 60, l’âge d’or du Rugby français, celui des pères fondateurs 

Cette période prônait un jeu de Rugby éducatif et moral. Il y avait peu d’enjeux économiques, le rayonnement des clubs était avant tout local ou régional, et éventuellement national pour les clubs phares. Seuls le midi olympique et la presse locale couvrait les évènements rugbystiques. Toutefois, le budget des associations qui géraient les clubs passa de 40000 euros en 1930 à 300000 euros en 1960. Un modèle économique ASSL (adhérents, spectateurs, subventions locales) prévalait.

Les présidents de clubs étaient en général des notables locaux, le financement des clubs se faisait via des subventions municipales, les recettes de la buvette ou de différentes fêtes rugbystiques et la billetterie.  

On estime que dans les années 40, un joueur phare de Lourdes ou de Grenoble pouvait toucher l’équivalent de 200 à 2000 euros par an.

Le Rugby français préférait mettre en avant les efforts de promotion sociale de ses joueurs. L’aide des dirigeants de clubs pouvait prendre différentes formes.

  • Financement des études : A Dax par exemple, le club subvenait aux besoins de ses joueurs internationaux et étudiants à Bordeaux (Claude Dourthe chirurgien dentiste, Jean Pierre Bastiat assureur). Dans la plupart des clubs, la proportion de joueurs étudiants était d’ailleurs importante.
  • Aide pour trouver un emploi ou se lancer dans une activité : D’autres clubs attiraient des joueurs en leur fournissant des emplois : Grenoble (entreprise Neyrpic), La Voulte (entreprise Rhône Poulenc), Toulon et La Seyne (Arsenal d’état), Montauban (Crédit agricole), Bergerac (entreprise d’état SEITA), Tulle (Manufacture d’armement), ASM (entreprise Michelin), Salles et Tyrosse (industries du bois), Le Boucau (forges), Auch ou Lombez (agriculture), Agen (laboratoire pharmaceutique UPSA), Castres (laboratoire pharmaceutique Fabre), Lavelanet (usine de tissage), Carcassonne, USAP et Béziers (entreprises viticoles), Carmaux et Le Creusot (mines) ou Graulhet (tanneries et mégisseries).

Entre la fin des années 60 et des années 90 (fin de l’amateurisme en 1995), l’économie souterraine de l’amateurisme marron

Même si les clubs étaient toujours juridiquement considérés comme des associations à but non lucratifs, ils étaient désormais dirigés par des chefs d’entreprise connaisseurs ou ex-joueurs de Rugby. Progressivement le Rugby se transforme en spectacle, les clubs les plus riches recrutent des joueurs partout en France (Ovalie). C’est une période de transition entre le jeu de Rugby et le rugby marchand du XXIè siècle. Le modèle économique classique se transforme en SSSL (spectateurs, les subventions, et les sponsors d’origine locale). Ce modèle maintient encore un lien étroit, historique, géographique et économique entre les supporters, les clubs et les finances publiques ou privées.

En quinze années, le budget moyen des clubs passe de 300000 euros à 2 millions d’euros. Les matchs de Rugby sont désormais relayés par les radios locales et nationales. Les phases finales commencent à être diffusées à la télévision. 

Ainsi dès les années 60, un bon joueur d’équipe première d’un des 80 clubs de première division pouvait monnayer ses services pour l’équivalent de 1000 euros par mois. Mais ce montant pouvait évoluer considérablement selon le statut du club. On estime qu’un joueur du Grand Béziers, de Montferrand ou du Narbonne des années 70-80 touchait autour de 54000 euros par saison. Des sommes perçues en liquide et donc non imposables, qui étaient équivalentes aux salaires de joueurs « moyens » du Top 14 ou à ceux des meilleurs joueurs de Pro D2 en 2017. Surtout, ces salaires cachés étaient par exemple quatre fois supérieurs à celui d’un instituteur des années 70. 

Jusqu’en 1995, date du début du professionnalisme en Rugby, ces montants ont augmenté régulièrement pour atteindre 115000 euros annuel par exemple pour un joueur de Montferrand. Tant et si bien que la Direction générale des impôts commença à s’intéresser de près aux finances du Rugby français, obligeant M Ferrasse président de la FFR, à se pencher sérieusement en 1986 sur le tabou de l’argent rugbystique. Les premières déclarations aux impôts datent de cette période, mais les premières fiches de paie officielles n’apparaissent qu’en 1995.

Après 1995, l’absurdité de la financiarisation progressive du rugby

Jusqu’en 1995, le statut juridique des clubs dépendait uniquement de la loi dite d’association 1901. Cette association possédait un numéro d’affiliation à la FFR. 

La professionalisation du jeu de Rugby va obliger les clubs à créer une société sportive (Société Anonyme à Objet Sportif-SAOS, Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée-EURL, Société Anonyme Sportive Professionnelle-SASP) pour gérer sa partie professionnelle. La plupart des clubs de Rugby et de football Pro, qui représentent 89 % du poids financier du sport pro, vont choisir de s’organiser en SASP. Cette forme de société sportive permet aux nouveaux présidents de clubs, pour la plupart PDG-hommes d’affaires, d’en devenir propriétaires tout puissant et de rendre minoritaires les parts de l’association sportive.

Ainsi, Toulouse est le seul club du Top 14 dont l’association contrôle 50 % du capital. Tous les autres sont rapidement passées d’une SAOS à une SASP en accueillant de nouveaux PDG : le groupe du CAC 40 Penauille-Derichebourg à Brive, M Savare au Stade français, M. Boudjellal des éditions du Soleil à Toulon, M. Lorenzetti du groupe Foncia au Racing …Les deux partenariats historiques entre le groupe Michelin et l’ASM et entre les laboratoires pharmaceutiques Fabre et le CO s’expliquent par la domiciliation de leur siège social dans ces cités et le fait qu’ils y emploient des milliers d’habitants. Ils valorisent grâce au Rugby leur ancrage territorial.

Dès lors, le Rugby va quitter brutalement et précipitamment son modèle de financement classique (SSSL), pour adopter celui des grandes ligues de football pro européennes, le modèle dit SATI (sponsors, actionnaires, télévisions, international). 

La FFR va déléguer la gestion du rugby pro à une ligue nationale, la LNR, pour ne plus s’occuper que du Rugby amateur et des diverses équipes de France.

Le Rugby pro va mettre en valeur les fameuses valeurs du Rugby (qui en font toute sa singularité) pour vendre son sport à Canal plus et à des actionnaires de groupes mondiaux. Mais, cette même médiatisation va par ignorance et dans un second temps détruire ces valeurs les unes après les autres et entrainer une chute d’audience et d’affluence dans les stades. Le serpent ovale se mord la queue, une minorité d’acteurs du Rugby s’enrichit, les autres galèrent et s’épuisent à garder la flamme rugbystique.

Ce modèle SATI traduit les effets cumulés de la professionnalisme du rugby, de l’internationalisation de ses enjeux sportifs et de l’exposition télévisuelle. Les règles de gouvernance des clubs sont désormais définies par des actionnaires qui attendent logiquement un retour sur investissement (éventuels dividendes, mais surtout augmentation de la notoriété et des parts de marché pour leur société). La régulation des finances d’un club a désormais une dimension plus nationale, voire internationale, que locale. La proportion de joueurs provenant d’autres pays dans le championnat français symbolise bien cette internationalisation capitaliste.

Ce modèle SATI entraine le bouleversement des chiffres d’affaires des clubs sur deux points :

  • leur volume : il a été multiplié par 8 en entre 1995 et 2011 et continue à croitre chaque année.
  • leur structure : quand 90 % des ressources des clubs venait des spectateurs et des subventions publiques avant 1960, c’est désormais 65 % du budget des clubs qui provient des sponsors-actionnaires internationaux et des recettes TV (Canal plus). 
Origine des recettes Avant 1960 De 1960 à 1995 Après 1995  
Recettes spectateurs 70 % 40 % 20 % Diminution régulière malgré l’augmentation des affluences dans les stades (baisse ces dernières années).
Subventions 20 % 20 % 5 % Diminution après 1995.
Sponsoring 0 % 30 % 50 % Augmentation régulière.
Droits TV 0 % 0 % 15 % Augmentation à partir de 1995.
Autres : buvette, produits dérivés … 10 % 10 % 10 % Le merchandising s’ajoute à la buvette après 1995.

Le Rugby est devenu à la fois télé et sponsor-dépendant. Toutefois, les 97 millions d’euros par an que débourse Canal plus pour retransmettre le Top 14 et la Pro D2 au cours des saisons 2015 à 2018 n’ont rien à voir avec les 749 millions qu’il accorde tous les ans aux ligues 1 et 2 de football.

Le Rugby a donc beaucoup moins de marge de manoeuvre que le football. Il n’est pas encore, peut-être heureusement, devenu assez télégénique et attractif pour le plus grand nombre. Il n’a donc pas encore les moyens de développer son nouveau modèle économique. A vouloir singer son grand-frère du football, le Rugby se dénature à l’extrême tout en détruisant sa fragile économie.

L’implication d’une nouvelle génération de magnats industriels et financiers n’a fait qu’aggraver les dérives. On ne fabrique pas et on ne gère pas des joueurs de Rugby comme on le fait avec des biens immobiliers, des fonds de pensions ou des bandes dessinées. Les joueurs de Rugby ne sont pas et ne seront jamais des objets. 

La course à l’armement de tous les clubs entraine une inflation salariale qui accroit la fragilité des clubs. Cette masse salariale a doublé de 2002 à 2008 (de 66 à 130 millions), elle a triplé en 2013 (177 millions). Or, ce rythme exponentiel de croissance des salaires dépasse largement celui des recettes.

Les clubs préfèrent renforcer leur puissance sportive au détriment de leur déficit d’exploitation. L’indiscipline financière se traduit par le non paiement des charges courantes. En pratique les clubs ne payent plus ni leurs impôts et leurs charges sociales, ni leurs fournisseurs, par exemple les petits clubs amateurs ou non à qui ils ont acheté des joueurs …

Certains clubs trichent sciemment et ne s’acquittent pas de certains impôts, un classique dans l’économie de marché. En 2017, le Racing a été condamné par la cour d’appel de Versailles à verser 750 000 euros d’arriérés fiscaux pour ne pas avoir payé l’impôt sur leur recettes de ses matchs de 2008 à 2013 ! En effet, les règles qui gouvernent les sociétés commerciales (le Racing l’est devenue en 2001) ne sont les mêmes que celles des associations. 

D’autres clubs, comme le MHR, licencient en toute illégalité et du jour au lendemain leurs joueurs sans aucune once de début d’humanité. La loi du marché et le nouveau code du travail ne les pénalisent pas, à dessein, de toute façon assez pour les en dissuader. Les prochaines lois du code du travail à venir devraient encore aggraver le phénomène.

D’années en années, la chronique économique du rugby français, nous parle de déficits récurrents et d’un endettement croissant du Top 14 et de la Pro D2. La dette des clubs du Top 14 a ainsi doublé en 10 ans. Cette année, c’est le Stade Toulousain qui est à la recherche de trois millions d’euros, alors qu’il était encore le seul club bénéficiaire du Top 14 en 2009. Alors, que font la plupart des clubs qui sont dans l’impossibilité de présenter un modèle économique cohérent et équilibré ? Ils sont rétrogradés par la DNACG, organisme de la FFR chargé du contrôle des finances des clubs de Rugby créée en 1999, ou renfloués par un mécène.

Opacité des contrôles

Un des principal problème du contrôle et de la surveillance des finances des clubs réside dans le fait que la DNACG ne communique ses analyses qu’avec deux ans de retard. Ainsi le dernier rapport de la DNACG du mois de mai 2018, ne concernait que la saison 2016-2017 : on y apprenait que les déficits cumulés de 8 formations du Top 14 s’élevaient à 27,5 millions d’euros. Ces clubs ne doivent leur survie que par la grace de contournements légaux, ou illégaux, ou grace à la générosité de quelques mécénes providentiels, mais volatils. En 2019, le club de Srasbourg n’aura pas eu cette chance.  Ni les neufs clubs de fédérale qui ont été menacés de relégation administrative et doivent suivre des plans de redressement de la FFR : Nice, Nantes, Saint Médard en Jalles, Tarbes, Tulle, Epernay, Rodez, Périgueux et Limoges.

A propos de mécène milliardaire, Adrien Pécout journaliste au Monde révélait dans l’édition du 4 mars 2019, que le déficit d’exploitation du Stade français (dont le nouveau propriétaire n’est autre que Hans-Peter Wild qui a fait fortune dans l’industrie des boissons fruitées) pourrait se monter à 18 millions d’euros en 2017-2018 (pour un budget annuel estimé à 32 millions) et 13 millions d’euros pour la saison 2018-2019. Des sommes qui sont donc très supérieures aux dizaines de milliers d’euros du championnat fédéral. 

Question : que deviendrait le Stade français si ce président providentiel venait à se lasser de son beau jouet plus que centenaire, puisque né en 1883 ? 

Contournements légaux

la LNR a instauré des amendements aux lois ou a laissé des zones difficilement interprétables pour faire en quelque sorte du sur mesure. Et cela avantage bien entendu les plus riches. Un sponsor qui achète l’image d’un joueur voit sa somme intégrer le Salary Cap (sorte de masse salariale plafonnée). Du coup les grands mécènes patrons de firmes internationales ou nationales  demandent à des « sous-traitants » avec qui ils ont des marchés en dehors du rugby de prendre les droits d’image d’un joueur sans que cette somme apparaisse dans le Salary Cap. Ce système booster les salaires des joueurs sans que la DNACG puisse le savoir. Légal, mais  peu morale !

Contournements illégaux

La liste est longue : dons non déclarés en fin de contrat, paiement des joueurs via Bitcoin, à Madagascar, à Hong Kong, à Andorre, en Afrique du Sud ou via différents paradis fiscaux, sans que l’argent ne passe par la France, puisqu’ils passent par des sociétés fictives.

Certains clubs ne déclarent pas les avantages fiscaux obtenus en payant leurs joueurs à l’étranger.

Les fins de contrat sont aussi un bon moyen de passer outre le Salary Cap, soit en mettant les joueurs en préretraite ou en revendant le joueur à un autre club contre un montant qui couvre son salaire. Car les indemnités de licenciement sont déclarées dans le Salary Cap.

On est loin des petits arrangements des clubs de fédérale 1 avec les faux frais kilométriques et les non déclaration à l’URSAF.

On lit souvent que ces clubs n’ont que ce qu’ils méritent. C’est oublier que c’est le modèle SATI qui les a mis dans cette position inextricable et dans ce paradoxe permanent : pour rester en première division, il faut recruter et payer les meilleurs joueurs, mais les recettes ne suffisent pas à financer ces dépenses.

Mais, le plus scandaleux c’est que cette gabégie financière rejaillit sur le Rugby amateur. Ces clubs historiquement ancrés en première division et formateurs de tant de talents du passé ou contemporains sont soit condamnés à disparaitre sportivement du plus haut niveau (La Voulte, Montchanin, Lourdes, Bègles, Boucau), soit laminés ou anéantis financièrement (Bourgoin, Tarbes, Auch, Nice, Bègles, Valence, Romans, Gaillac, Bobigny, Chalon, Lille, Montluçon, Saint Etienne, Marseille, Libourne, Saint Nazaire, Périgueux et d’autres à venir certainement).

Que la saison 2019-2020 soit décalée ou gelée, que les phases finales soient préservées ou non, le monde ovale français subira d’autres crises sanitaires ou climatiques mondiales. Il ne pourra pas redémarrer tel quel comme si de rien n’était. Les chantiers sont nombreux et ils concernent à la fois le monde professionnel, mais aussi le monde amateur. Le rugby saura-t-il se réunir, se rencontrer, se fédérer pour montrer que son idéal et ses sacrosaintes valeurs ne sont pas galvaudées ? C’est tout l’enjeu à venir, la crise sanitaire passée.

 

3 Commentaires

  1. Très bonne analyse.
    Au fond, à l’image du reste, De la gestion des hôpitaux, par exemple…Et cela, (pour les hôpitaux) depuis -au moins- 1990, je l’ai vu de mes yeux vus! Il est possible de multiplier les exemples sans avoir à trop réfléchir: Renault, France Télécom….
    Inutile d’en rajouter…Il y a tant à dire que les bras m’en tombent.

  2. Très bon article, comme toujours !
    Dommage d’avoir « épinglé » uniquement le Racing 92, il y en a surement d’autres…

  3. Bonjour et merci pour tes contributions Frédéric ! « Tu » fais partie des lectures délaissées, ces derniers temps, dans lesquelles je me replonge avec délice.
    Je continue, comme toi, ma vie de rugbyman, avec des moments de bonheur et de souffrance aussi. C’est le jeu!
    J’espère avoir l’occasion de te rencontrer, aprés cette pandémie. Le rugby, comme toute l’activité humaine n’échappera pas à un sévère remise en question. A vivre, à voir…

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