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J’accuse…!

Par Frédéric Bonnet

J’accuse…! Les lâches qui font de Sébastien Vahaamahina le coupable de la défaite du XV de France

Le jeu de Rugby est un sport de brute joué par des gentlemen. Il est surtout un combat collectif régulé et codifié qui vise à transformer et à sublimer les instincts sauvages et guerriers de l’Homme. Un match de rugby, c’est un drame en trois actes qui n’appartient qu’aux joueurs. Un match de rugby prend une dimension sacrée dès qu’il n’a pour finalité que de faire se rencontrer les Hommes. Le stade devient alors un temple dont les vestiaires ne peuvent et ne doivent être violés, pas même par une oreille indiscrète, encore moins par une caméra.

Alors voilà qu’avec le professionnalisme, on a commencé à voler aux joueurs leur troisième mi-temps et que maintenant on brise un des piliers fondateurs de l’esprit du jeu : la solidarité dans l’épreuve. On désigne ainsi à la vindicte un bouc émissaire pour justifier une éimination à la Coupe du monde de rugby. Décidément rien ne sera épargné au vénérable et grand codificateur du jeu de Rugby, Thomas Arnold : prenez garde pour des raisons de commodité, le ballon en peau de vessie du cordonnier Gilbert perdra sous peu sa forme ovale…

Par définition les victoires comme les défaites se vivent en équipe et ne peuvent être imputées à un seul homme. Surtout, c’est l’aventure humaine qui importe, et seuls les internationnaux français qui ont participé à la Coupe du monde 2019 au Japon sont à même d’évaluer si leur aventure valait le coup d’être vécue. 

La veulerie de certains spectateurs de rugby dévoilée par le coude de la discorde

C’est dans les moments difficiles et dans les épreuves que l’on mesure la valeur de l’Homme. Alors, il y a bien pire que l’élimination des bleus en quart de finale de la coupe du monde rugby : il y a ce lynchage d’un joueur qui a fait une connerie certes, mais qui fait figure de bouc émissaire trop facile pour les pleutres. Le tribunal populaire devient abject. Les méprisants, les condescendants, les adorateurs de la justice punitive, ceux aiment à clouer au pilori et à condamner sur la place publique, ceux qui se cachent derrière leur clavier pour manier l’insulte se dévoilent : cet évènement est le révélateur parfait de la veulerie des Hommes, de leur petitesse et de leur ignorance. 

Il fait aussit fait le tri entre celles et ceux qui considèrent le rugby comme un moyen de nous faire grandir et celles et ceux qui ne voient en lui qu’un spectacle. Car oui, ce déferlement de haine n’est pas si étonnant. Il est la conséquence de la spectacularisation d’un jeu qui a longtemps résisté à sa professionnalisation. On adore en levant le pousse, puis l’instant d’après, on tue symboliquement en l’abaissant. Au passage, condamner Sébastien Vahaamahina, c’est méconnaître l’histoire du jeu de Rugby.
Il y a toujours eu des joueurs rugueux, voire violent en rugby. Du coup de poing de Cholley sur un écossais à la blessure de André Herrero en finale contre Béziers, en passant par tous les guerriers ovales qui parsemaient l’Ovalie, du Tissot de Nimes, aux frères  Buchet de Nice, du Visensang de Tyrosse au Dutour de Valence d’Agen, du Lansaman d’Hagetmau aux Champ et Diaz de Toulon, du Brunat de Grenoble au Dambax de Lourdes, du duo Moscato-Simon de Bègles au Atcher du Racing, du Viel de Graulhet aux Gaye et Yanci du Boucau, de l’Allegret à Brive au Valmalette d’Hyères, du Guiraud de Castelnaudary au Diaz de Castres, du Doucet de La Seyne au Pelloux de l’ASM, du Dejean de Narbonne au Wolff de Béziers, du Lafon de Salles au Janik du Stade Toulousain, le rugby a toujours su réguler ses assauts de violence. Et il a souvent fait de ces joueurs explosifs des héros et des icones.

L’auteur du coup de coude n’a de compte à rendre qu’au gallois qui l’a reçu et à ses coéquipiers. Il doit assez s’en vouloir pour que la plèbe avide de sang n’ait besoin d’en rajouter. Si le jeu de Rugby a encore du sens, ces frères de jeu, du XV de France à l’ASM en passant par l’ensemble des joueurs de rugby, doivent être à ses côtés. Les images du vestiaire du XV de France, qui ne devraient d’ailleurs appartenir qu’aux joueurs, démontrent que Guirado et ses camarades sont bien plus humains que nombre des spectateurs des jeux du cirque ovale.

Les multiples raisons de l’élimination du XV de France

Car eux savent, comme l’écrit parfaitement Pierre Miche Bonnot, journaliste à l’Equipe, que leur nouvelle défaite est aussi la conséquence de leurs sautes de concentration, de leur manque de suivi dans le plan de jeu, de l’imprécision au pied et de leur inaptitude à finir l’adversaire coincé dans les cordes. Avant ce coup de coude aussi incongru qu’inefficace, la France était encore à XV quand elle a somptueusement imaginé qu’elle allait tout emporter sur pénaltouche, elle qui n’a jamais été fichue de faire avancer un maul de toute la coupe du monde, au lieu de se donner trois points de confort supplémentaire. 

Stop donc à la chasse à l’homme, nous ne sommes pas dans jeu de téléréalité. le rugby français devrait plutôt se pencher sur son modèle rugbystique national en le réformant profondément. Sinon, rien ne changera, comme d’habitude et comme depuis trop longtemps. Qui a la solution ? Nous, tous et toutes, si on laissait grandir et donner notre avis. Mais qui veut vraiment de cette démocratie directe ?

6 Commentaires

  1. Merci pour ce bel article pleins de bonnes vérités et de justesse, j’ai été choquée , moi-même de toute cette haine, ( car pour certains commentaires, c’est le mot qui convient, ) , cette hargne à vouloir descendre un homme déjà à terre, J’ai déploré le geste de Sébastien, Mais comme vous le dites si bien les vestiaires devraient restés clos devant les médias avides de nous montrer des larmes de déception, , des coups de gueule d’entraîneurs, et même de temps en temps une fesse ou deux qui traversent plein champ, pour ces chaînes télévisées, montrer l’intimité des joueurs, leurs faiblesses c’est vendeur pour le téléspectateur dans son canapé. Ce qui m’intéresse, moi, c’est de voir du jeu, de beaux matchs, des publics en folie, et des commentateurs capables de vous décrypter les actions, sans dire de « conneries  » grosses comme eux, ça n’est surtout pas l’acharnement médiatique internationale ,contre un seul homme . C’est vrai ceux qui ont vécu et apprécié le rugby d’avant, celui de mon père, de Roger Coudert, de tous ces grands joueurs que vous citez, dans votre article, ceux là ne doivent certainement pas approuver cette condamnation sans appel qu’on peut voir et lire dans les médias et les réseaux sociaux, et si à mon grand regret, parmi ces anciens rugbymens , certains accusent et condamnent Sébastien, c’est qu’ils se renient eux-même, et leur façon de jouer d’il y a 20, 30, 40, 50 ans et même plus.

  2. Oui il y a toujours eu des rugueux, des teigneux dans ce sport et dans d’autres et il y en aura toujours.
    Les exemples cités , sont sympathiques et d’une autre équipe ou le rugby se regardait à la radio et les résumés dans les quotidiens régionaux du lendemain.
    Le geste stupide de Vaha a été scruté par 6 millions de français et le TMO devant leur grand écran plan couleur et dans le reste du monde, devant un parterre de journalistes, consultants et déjà commenté par ses collègues sur le terrain et même son président.
    Rien ne dit que la France aurait gagné, mais son geste en 2019 lors d’une CdM a un impact x10 000 par rapport à un match de la poule H d’un championnat de France millésimé 1972.

  3. Bravo pour cette prose. Le Rugby n’appartient qu’aux joueurs. Le pauvre Vaha est assez puni lui même sans qu’on lui pourrisse la vie d’avantage. Chaque joueur quel que soit le niveau a un jour laché ses nerfs sur un terrain. Moi même petit joueur à l’Iris Club Lillois ( et oui on joue au Rugby dans le nord ) ai terminé ma carrière à 37 ans sur un carton rouge à Orsay après avoir piétiné un adversaire qui à mon avis plaquait trop haut. Pas un de mes coéquipiers ne me l’ reproché et le lundi matin tout le monde était au boulot. Dans quelque temps on parlera du geste de Vaha comme partie de notre histoire et de celle des joueurs violents cités comme le dit l’auteur de ce texte. Francis PALMER de l’Iris Lille Rugby ( moitié Anglais, sorry)

  4. Michel LANDRON
    Bravo pour cet article qui honore son auteur. J’ajoute que les droits de télévision et sa sponsorisation financière, transforme le sport en spectacle et l’esprit sportif en chauvinisme malsain.
    Dans le pays ce sont les pauvres et les migrants que les prétendus grands de ce monde au dessus de la mélée désigne en boucs émissaires de leur propre faillite de profiteurs invétérés. En compétition sportive c’est le malheur aux vaincus qui écrase le jeu et la sportivité. Il va bien falloir libérer le sport, dont le rugby, de la tutelle destructrice des faiseurs de profits pour qui le retour sur investissement fait office de nouveau règlement. Dans le vestiaire j’aurai dit aux joueurs: le jeu ce sont de belles créations et de méchantes erreurs. Que les belles créations l’emportent la prochaine fois.

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