Amphétamines, stimulants, violences et bagarres générales dans le Rugby.

Par Frédéric Bonnet

Merci au docteur De Mondenard pour ses informations toujours si pertinentes.

 

De nombreux produits dopants permettent de stimuler le cerveau. De manière générale, on classe ces produits dans la catégorie des stimulants. Ces substances engendrent toutes des troubles du comportement, qui comprennent entre autre une altération des facultés de jugement, des actes de violence et des états psychotiques. Les premiers témoignages de prise d’amphétamines dans le monde du Rugby datent des années 60. Aucune étude scientifique n’a quantifié la proportion exacte d’épisodes de violence individuelle de joueurs et surtout de phénomène de groupe de bagarre générale imputables à la prise d’amphétamine type Captagon ou Maxiton. Mais comment ne pas y voir une relation de cause à effet ?

 

De manière générale, l’effet de groupe, la pression de l’évènement (particulièrement au moment des derbys), la température ambiante et le fait que le rugby soit un sport de combat et de lutte collective boostent l’agressivité des joueurs sous amphétamines. Ces produits sont donc bien plus toxiques que chez un individu isolé. 

Médecin de l’équipe de France de Rugby de 1975 à 1995, le docteur Jacques Mombet déclarait en 2015 que les amphétamines ont toujours existé dans le Rugby, particulièrement dans les années 70 au cours desquelles des équipes entières en prenaient. Un arbitre avait été obligé d’arrêter un match entre deux clubs tant les joueurs semblaient hors de contrôle et la bave aux lèvres, se mettant des marrons y compris entre équipiers. Tout spectateur ou joueur de Rugby a d’ailleurs des souvenirs d’épisodes de violence incontrôlée au cours d’un match.

On retrouve des anecdotes similaires dans le monde du hockey sur glace, sport qui donne d’ailleurs au bourre-pif une existence quasi-légale.

La professionnalisation du Rugby a ceci de positif d’avoir jugulé ces phénomènes de violence. Ils perdurent toutefois épisodiquement dans le TOP 14, mais sont plus fréquents de la Pro D2 aux championnats fédéraux et dans les matchs organisés par les comités territoriaux.

Ces produits psychostimulants et anorexigènes (Maxiton, Benzedrine, Lidépran, Mératran, Ritalin, Methedrine, Pervitin, Captagon, Tonédron, Survector, Métamphétamines, Ecstasy, Effexor, Zyban, bupropion) ont été synthétisés pour la première fois en 1887.

Au départ, dans les années 30, ces médicaments étaient utilisés en inhalation contre les rhinites (rhume). Ces produits étaient largement banalisés. Durant la seconde guerre mondiale, le gouvernement britannique distribua des millions de cachets d’amphétamines à sa population civile et à ses soldats. Pas moins de 72 millions de comprimés distribués aux soldats britanniques pour qu’ils tiennent le coup.

Contrairement aux anabolisants, qui sont utilisés pendant les périodes d’entrainement, les amphétamines le sont plutôt juste avant les compétitions. L’utilisation des amphétamines par les sportifs date de 1936, mais l’interdiction de son utilisation par le CIO de 1968 !

Les effets des amphétamines apparaissent 1 à 2 heures après leur ingestion et durent quelques heures. On retrouve une diminution, parfois totale, de la fatigue musculaire, de la faim et de l’envie de dormir ; une augmentation de la confiance en soi (sentiment d’invincibilité), de la mémoire et de la concentration, une accélération de la réflexion et un sentiment d’euphorie. Les personnes, qui en prennent, ont le sentiment d’être des surhommes et de pouvoir s’entrainer ou jouer plus longtemps sans ressentir de fatigue. L’abolition du signal d’alarme naturel qu’est la fatigue, entraine les sportifs a continué leur effort jusqu’à l’épuisement.

Mais attention, la descente est terrible ! Le contre coup est directement proportionnel aux effets positifs précédents, sauf qu’ils sont inversés :

envie irrépressible de dormir et insomnie,
impatience, irritabilité, nervosité et agressivité ou accès de violence disproportionnée
perte de confiance en soi et dépression
vertiges
maux de tête et fatigue intellectuelle
hypertension, palpitations cardiaques et infarctus du myocarde
crampes
perte de poids
mouvements incontrôlés et dyskinésies tardives
confusion, délire, paranoïa et hallucinations psychotiques
dépendance (qui pousse à renouveler la prise d’amphétamines) et tolérance (qui nécessite d’augmenter les doses pour avoir les mêmes effets)
le dépassement des limites du corps peut entrainer une issue fatale par épuisement général du sportif (décès d’un cycliste sur le tour de France, Tom Simpson, notamment)
les signes cliniques de « l’amphétaminé » type sont : perte de la vision, bouche sèche, chair de poule, nausées, érection, froideur des extrémités, visage enxieux, grincement des dents, nez pincé, palpitations, pupilles dilatées et sudation.

Anecdote sportive : Certes les amphétamines étaient directement impliquées dans le décès de Tom Simpson par collapsus et hyperthermie le 13 juillet 1967 sur les pentes du mont Ventoux sur le tour de France. Mais la légende du tour oublie généralement de préciser que le coureur avait auparavant ingurgité quelques décilitres d’alcool. Les deux substances combinées à la déshydratation due à l’effort physique et la chaleur auront été fatales au malheureux sportif.

Dans un de ses livres, le géologue et alpiniste O. Dyhrenfurth dénonce la prise de Maxiton par M.Herzog et L. Lachenal lors de l’ascension de l’Himalaya dans les années 30.

La cocaïne

Obtenue à partir de la distillation des feuilles de coca, c’est en plus d’être un produit dopant, une substance illégale en France. C’est un psychostimulant comme les amphétamines, qui est fumé ou injecté. Il agit très rapidement (10 minutes), mais ses effets durent en moyenne 30 minutes seulement.

Comme les amphétamines la cocaïne entraine une dépendance, des troubles du rythme cardiaque, une hypertension artérielle, des infarctus, des irritations nasales (si sniffé), des crises convulsives. A long terme, des accidents vasculaires cérébraux, une insuffisance cardiaque, des troubles du sommeil, des pertes d’appéti, des psychosest et des épisodes dépressifs.

Anecdote sportive : entre le XIXe et le XXe siècle les fioles (appelée couramment « topettes », petite toupie en picard) de Choppy Warburton, ancien coureur à pied, faisaient fureurs dans le monde sportif. Elles contenaient un mélange de caféine, de strychnine, de cocaïne et même d’arsenic ! Véritable élixir de vitesse, les cyclistes en buvaient sans retenue.

Jack London, romancier et journaliste sur le Tour de France, relate dans son célèbre article « les forçats de la route » que certains cyclistes avaient dans leur sacoche des fioles avec de la cocaïne pour les yeux et du chloroforme pour les gencives !

L’éphédrine et pseudoéphédrine

L’éphédrine est un alcaloïde de l’éphedra, un arbuste. C’est un psychostimulant présent dans de nombreux médicament décongestionnant en ORL (Actifed, Sudafed, Humex…). Il est interdit en compétition, mais autorisé lors des périodes d’entrainement. Utilisé à forte dose, ses effets sont proches de ceux des amphétamines. L’éphédrine fut découverte en 1934 et détournée de son usage médical en 1964.

Anecdote historique : les chinois mâchaient des feuilles de ma huang, un arbrisseau qui contenait de l’éphédrine. Ils considéraient ces feuilles comme le « must » des fortifiants et des défatigants.

Aicar ou acadésine ou GW501516

L’acadésine est un cardioprotecteur agoniste des PPAR delta des tissus graisseux et musculaires. Il n’a jamais été commercialisé, alors qu’il est connu depuis 1956. Il permettrait de stimuler les fibres musculaires liées aux effort d’endurance, il diminuerait la fatigue et augmenterait les filières aérobies. Cette substance est naturellement produite par l’organisme, elle est donc encore difficilement détectable.

Selon une étude américaine réalisée sur des souris, les rongeurs dopés à l’Aicar ont réussi à courir 44% plus longtemps que leurs congénères. Le montant d’une cure s’élèverait à 500 000 euros. Nous ne possédons pas encore assez de recul concernant les effets indésirables de cette nouvelle pilule dite de l’endurance.

On cite toutefois une augmentation de la température centrale, des cas d’immuno suppression (augmentation du risque d’infection), des perturbations hépatiques et des troubles de l’activité motrice. Sans compter que l’on ne connait pas ses effets à forte dose.

Anecdote sportive : En 2009, l’Agence française de lutte anti dopage pointait du doigt l’anormale maigreur de certains cycliste du Tour de France. Un médecin colombien d’une équipe du Tour aurait été interpellé en 2012 avec de l’Acier dans une valise …

Les compléments alimentaires ou autres boissons d’efforts

Les compléments alimentaires et les différentes boissons d’efforts sont devenus très à la mode ces dernières années : pour lutter contre le cancer, pour bien bronzer, pour éviter la chutes des cheveux, pour lutter contre la fatigue…Selon les publicités ces produits sauraient tout faire ! La prise de ces produits concerne la société toute entière. Le marché des compléments alimentaires représente 200 milliards de dollars. Selon une étude réalisée en 2009, 15 % des hommes et 28 % des femmes en consommeraient au moins trois jours par semaine, depuis plus d’un an.

Or ces produits sont tout sauf banals : entre décembre 2008 et octobre 2015, 282 signalements d’effets indésirables ont été reçus par l’ANSES. les effets les plus fréquents étaient des troubles hépatiques, des troubles gastro-intestinaux, des allergies ou des maladies neurologiques et psychiatriques.

Ces produits qui se présentent sous forme de gélules, pastilles, gouttes … ne sont pas des médicaments. Ils peuvent comprendre des sels minéraux, des vitamines, des micro-nutriments, des extraits d’herbes ou d’organes et enfin des produits d’origine synthétiques divers.

Les besoins naturels en divers nutriments sont normalement couverts par une alimentation équilibrée. Il n’a jamais été démontré un quelconque besoin accru en micro-nutriments proportionnellement à la dépense énergétique.

Les sociétés commercialisant les différents produits sur le marché font références à de pseudo-études scientifiques. Selon une étude de l’antenne médicale de prévention du dopage du Languedoc Roussillon, le marché mondial en 2006 des compléments alimentaires représentait 60 milliards de dollars. La législation française à propos de ces produits ne garantit que la qualité, la composition et l’absence de contamination de ces produits (norme AFNOR NF v94-001). ce n’est pas le cas des produits que l’on peut se procurer sur internet ou dans certains pays étrangers.

Dans tous les cas, l’alternative à la prise de ces produits très couteux reste une alimentation variée et équilibrée. Par ailleurs leur utilisation chronique pose la question de leurs effets indésirables à long terme, sans parler des contrefaçons nocives.

Les apports en une seule vitamine entraine des deséquilibres, c’est les cas aussi pour les sels minéraux (douleurs digestives pour le magnesium, infarctus du myocarde et cancers pour le fer par exemple), certaines plantes sont toxiques à doses élevées particulièrement les phytooestrogènes qui entraient des cancers des testicules, de la prostate notamment, la vitamine A ou rétinol est nocive en cas de grossesse, la Vitamine D peut entrainer des cancers du sein, le Gingko, le fer, le calcium, le Millepertuis, le magnésium entraîner des interactions dangereuses avec certains médicaments, la levure de riz rouge entraine des douleurs musculaires violentes et des atteintes hépatiques, la p-synéphrine entraine des hépatites, des hyperphosphorémies, des insuffisances rénales, des tachycardies, des syndromes anxieux…

Anecdote sportive : selon les études, 44 à 100 % des sportifs en consommeraient régulièrement. Une étude réalisée de 2001 à 2002 sur 634 compléments alimentaires venant de 13 pays différents montre que 15 % d’entre eux contient des stéroïdes anabolisants.

Cette année, un joueur de football de Liverpool n’a pu être sélectionné en équipe de France pour participer à la coupe d’Europe pour avoir été contrôlé positif à l’higénamine (ou norcoclaurine), un bêtastimulant brûleur de graisse, après avoir ingéré des compléments alimentaires. Dans le passé, Diego Maradona avait été condamné pour les mêmes faits à15 mois fermes et 15400 euros d’amende. Il faut savoir que ces brûleurs de graisses sont surtout utilisés pour leur effet stimulant améliorant le temps de réaction, la vitesse de démarrage, la lecture du jeu, la vista et la détente verticale.

Dans le même genre, un produit fait fureur dans certains vestiaires avant les matchs : le boosterJack3D. Il faut dire qu’en plus des substances habituelles, le »no1 des vasodilatateurs » du marché américain des compléments alimentaires contient de la créatine, de la caféine à forte dose et surtout de la DMAA ou geranamine (1,3-diméthylamylamine) un psycho stimulant proche de éphedrine.

La caféine et ses apparentés

C’est un alcaloïde qui appartient à la famille des xanthines. Dans le café, la caféine est trois fois plus concentrée que dans le thé. A petites doses, la caféine améliore les perceptions sensorielles et a une action stimulante. Elle produit aussi une vasodilatation des coronaires, qui améliore le fonctionnement du coeur et elle épargne l’utilisation du glycogène à l’effort, ce qui entraine une plus grande utilisation des graisses circulantes.

Parmi les autres molécules stimulantes, on trouve l’oxymétazoline (autorisée à usage local), l’amineptine, l’amiphénazole, le carphédon, la fencamphamine, le mésocarbe, le pentétrazole, le pipradol ou la terbutaline.

A fortes doses par contre, la caféine provoque des palpitations, voire des tachycardies, des tremblements, des angoisses et des insomnies. Le seuil de concentration urinaire en caféine a été fixé en 1986 à 12 microgramme par millilitre : ce qui équivaut à l’absorption de 8 litres de café par jour ! Mais évite les injections de caféine.

Anecdote sportive : pour être contrôlé positif au Guronsan, il faudrait en ingurgiter 10 comprimés en deux heures.

Jacques Anquetil, coureur cycliste, a déclaré, en 1967 au journal miroir du cyclisme, préférer se faire une piqure de caféine plutôt que de boire trois tasses de café, qui lui feraient mal au foie…

Selon le quotidien Sport Bild, en 2016, un tube de Guronsan (un tube contient 15 comprimés, chaque comprimé contient 50 mg de caféine) aurait été retrouvé dans le vestiaire des bleus après leur demi finale contre l’Allemagne lors de l’Euro en France. Ce médicament antifatigue n’est pas interdit, mais figure sur une liste de surveillance pour apprécier son mésusage.

Une réflexion sur “Amphétamines, stimulants, violences et bagarres générales dans le Rugby.

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