Les blessures récurrentes du rugby professionnel

La fracture ouverte de la malléole de Camille Lopez a choqué tous les amoureux du rugby. Les commotions cérébrales à répétition font parler d’elles à longueur de journées. Certains joueurs comme Darly Domvo passent plus de temps à se soigner qu’à jouer au rugby. Est-il normal qu’une personne se blesser aussi souvent en pratiquant son métier ? Non, bien entendu. Combien sont-ils chaque journée à ne pas pouvoir jouer à cause d’une blessure subie à l’entrainement ou en cours de match ? Beaucoup trop. 

Le Rugby des cafés et des bistrots

Alors que le jeu de Rugby anglais est frappé au coin du classicisme et appartient tout entier à l’aristocratie estudiantine, aux publics schools et aux grandes universités prestigieuses, son héritier et rival français siège au sens propre et figuré beaucoup plus modestement dans des cafés, des bistrots, des bars, des brasseries, voire des hôtels : des lieux bien plus populaires. Enfin siégeait, car depuis 1995-1996 et l’arrivée du professionnalisme, les clubs de rugby pro appartiennent désormais à des consortium plus difficilement localisables. Il n’en reste pas moins que les clubs français demeurent la cellule vivante du rugby français. Chacun des 1885 clubs français représente un modèle réduit de la société qui l’a inventé. Avec le stade, le lieu  de rencontre de cette mini-société ovale est le café : une spécificité française.

Quelques vérités à propos de l’électrocardiogramme (ECG), du rugby et du sport en général

Un corps sain pour un esprit sain. De multiples études mettent en lumière les biens faits indéniables de la pratique régulière d’activités physiques et sportives sur la santé. Pour s’assurer que les futurs joueurs ne présentent pas de contre indication à la pratique sportive, des examens pour obtenir un certificat médical sont un passage obligatoire et obtenir une licence fédérale. C’est le cas dans tous les sports.

En vingt ans de professionnalisme le rugby a perdu presque tout son crédit social, éducatif et surtout sanitaire. Les affaires de dopage enterrées maladroitement, les commotions cérébrales à répétition et surtout le sentiment que le monde de l’Ovalie a décidé de sacrifier le corps des joueurs sur l’autel du CAC 14. Thomas Arnold grand codificateur du jeu de Rugby doit se retourner dans sa tombe.

Depuis cet été, l’arrêté du 24 juillet 2017 met en émoi le monde du rugby. Le ministère de la santé associé à celui des sports a décidé de rajouter la réalisation d’un électrocardiogramme (en plus de l’interrogatoire individuel et familial et de l’examen jusque là suffisants) au certificat médical nécessaire pour obtenir une licence à la FFR.  Et ce pour tout joueur à partir de 12 ans, tous les trois ans jusqu’à 25 ans, puis tous les cinq ans .

Qu’en est-il de l’utilité, du cout et de la praticabilité de ce nouvel examen. Surtout, pour quelle raison n’est-il réservé qu’à certains sports jugés à risque (la plongée subaquatique, l’alpinisme au-dessus de 2500m d’altitude) et donc le rugby à VII et à XV ?

Les nouvelles substances dopantes en rugby et dans d’autres sports collectifs : pas vu, pas pris ?

De tout temps le dopage a suivi de très près les progrès réalisés dans le domaine médical et pharmaceutique. Ainsi régulièrement, de nouvelles substances ayant des potentialités dopantes ou masquantes viennent augmenter la liste des substances et méthodes interdites. Toutefois, une des particularités du dopage réside dans le fait que l’arrivée de nouvelles substances ne chasse pas l’usage des plus anciennes :  les anabolisants, amphétamines, cocaïne, corticostéroïdes, narcotiques, canabinoïdes, hormones de croissance, testostérone, EPO et autres diurétiques ne sont pas prêt de disparaitre. Mais la quête perpétuelle de performance pousse les dopeurs et les dopés à se tourner vers des substances médicamenteuses non encore commercialisées tout simplement parce quelles ne sont pas encore détectables. Pas vu, pas pris !

CHE GUEVARA joueur de rugby et révolutionnaire

N’en déplaise aux thuriféraires du rugby professionnel qui ne prônent que le spectacle et le profit, le jeu de Rugby se nourrit en permanence de ses différents et nombreux rituels ou symboles. Ceux-ci n’ont pour but que de ranimer et renforcer le récit fondateur du jeu de Rugby codifié par Thomas Arnold au XIX è siècle dans l’Angleterre victorienne et aristocratique. Depuis sa naissance, l’esprit et le sens de ce jeu sont ainsi incarnés par des figures héroïques. Leurs aventures sont narrées par les plus grands écrivains du XXè et du XXIè siècle. Il est un héros rugbystique plus méconnu que les autres. Il nous vient de l’autre bout du monde, en Argentine : il se nomme Ernesto Guevara de la Serna, dit le Che Guevara.

Le jeu de Rugby peut-il vraiment être professionnel ?

Le Rugby est l’exemple archétypal de ces querelles stériles qui voient s’affronter les thuriféraires du TOP 14 à ceux qui le rendent responsable de la dégringolade apparemment inexorable du niveau de jeu du XV de France : c’est tout simplement que l’on ne parle pas du même sport, il est vrai pourtant souvent pratiqué par les mêmes athlètes… En d’autres termes on ne peut pas avoir un Rugby professionnel riche qui attire les stars de la planète entière ET une équipe de France de Rugby dominatrice. Et vice versa.

En 2017-2018, le recrutement de joueurs de rugby formés en France revient à la mode dans le marché des transferts

La qualité de visionnaire d’un dirigeant de club de rugby se mesure avant tout à sa capacité de jugement, de prévoyance et d’anticipation de l’avenir du monde du rugby. La toute nouvelle réforme des licences de couleur du championnat fédéral, décidée par la gouvernance de la FFR menée par M Laporte, semble déjà avoir des répercussions sur le marché des transferts de joueurs du TOP 14. Ce nouveau système, qui prévoit de limiter d’ici 2020 le nombre de joueurs non sélectionnables en équipe de France à cinq par feuille de match, pousse enfin les recruteurs à engager majoritairement des joueurs formés en France. 

Les effets délétères à court et moyen terme pour la santé de nos joueurs de rugby des commotions cérébrales

Le jeu de Rugby ne peut pas être professionnel. Le sport spectacle divertit certes les foules, enrichit certaines entreprises (retour sur image…) ou engraisse quelques personnalités ou joueurs. Mais, il détruit à petit feu la santé de ses pratiquants. Les commotions cérébrales à répétition sont des bombes à retardement dont on commence à mesurer les effets délétères gravissimes.

Stop à la marchandisation des joueurs de Rugby, redonnons du temps de jeu aux jeunes joueurs formés dans les clubs

La FFR a décidé la suppression des licences de couleur du championnat fédéral pour les remplacer par une licence à lettres. A terme, ce nouveau système étendu au rugby pro (TOP 14 et PRO D2) devrait limiter d’ici 2020 le nombre de joueurs non sélectionnables en équipe de France à cinq par feuille de match. Les plus réticents vont arguer que la loi Cotonou ou l’arrêt Bosman nous interdisent de le faire. C’est faux. La conséquence immédiate sera que le temps de jeu des jeunes joueurs formés par les clubs français augmentera très largement. Il ne restera plus qu’à modifier les règles du TOP 14 (prime à l’offensive comme dans les championnats de l’Hémisphère Sud) pour remettre le rugby français au niveau des standards internationaux.

Pour un avenir économique harmonieux du Rugby : lutter contre sa financiarisation

Les démagogues de la financiarisation du jeu de Rugby ressassent que si les clubs sont endettés, c’est bien de leur faute. Il faudrait donc les punir et avec eux pénaliser des villages, des villes et des régions entières. Chemin faisant en ne privilégiant que la richesse, les clubs des grandes métropoles, l’efficacité immédiate, la rentabilité à court terme à tout prix, on nie et on abandonne le patrimoine et l’essence même du jeu de Rugby français.