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Rugby à l’école. Plaquage or not plaquage ?

Par Frédéric Bonnet

Pour mon ami Serge Collinet

Plaquage or not plaquage ? Tout dépend mon cher éducateur (trice)-enseignant (e). Pour trancher la question, ou non, il faut en revenir d’abord à ce qui donne du sens au jeu de Rugby.

 

Du jeu de Rugby

Cela va déplaire à certains, mais en ces temps ovales obscurs il est bon de rappeler que le jeu de Rugby est né au XXI è siècle dans l’esprit d’un certain monsieur Arnold professeur d’histoire et de morale, directeur du collège de … Rugby.
Son idée révolutionnaire fut de faire écrire par ses élèves les plus turbulents les règles de leur jeu violent et anarchique. Ce jeu de combat dès lors codifié n’était donc qu’un prétexte pédagogique pour éduquer la future élite aristocratique anglaise.

Collège de Rugby : Bigside

Des règles du jeu d’emblée complexes et paradoxales, le but n’étant finalement que de réunir un groupe de jeunes hommes pour les souder à vie en leur proposant un combat collectif régulé et réglementé : des phases de luttes collectives (mêlées, touches, mauls), des phases d’affrontement direct (plaquage) ou d’évitement (cadrage débordement, recherche du surnombre) et de jeu au pied. 

Un jeu de Rugby  allait ainsi directement contre les principes du sport dit moderne né au XVIII è siècle en Angleterre dans l’esprit de quelques gentlemen farmers : un sport d’emblée professionnel à base de paris sportifs et de vente de joueurs.

De la professionnalisation du jeu de Rugby

La professionnalisation de ce jeu, à la fin des années 90, a totalement changé la donne en le transformant en sport d’autant plus dangereux qu’il est spectaculaire. Les gabarits de nos jeunes sportifs se sont uniformisés, les transformant en armes dangereuses à la fois pour eux mêmes et pour leurs adversaires.

En France pour des raisons structurelles, le rugby a peu à peu déserté les cours des écoles, des collèges, des lycées et des universités. Les joueurs professionnels s’entrainent à huis clos dans des centres d’entrainement privés. Ils n’ont plus de lien avec une société dans laquelle ils vivent de moins en moins, cloitrés dans des mondes artificiels. Pour avoir des nouvelles d’eux, il faut les suivre sur les réseaux sociaux, faire bien souvent de la pub pour des fabricants de compléments alimentaires, pour des équipementiers, voire des agences de voyage (en maillot de bain pour souligner leur anatomie avantageuse et à côtés de jeunes femmes très aguichantes). A peu de chose près, on retrouve les mêmes clichés qui vantaient « the american way of life » dans les années 60-80 :  le quater-back beau gosse et sa dulcinée leader des cheerleaders-pom-pom girls.

Quaterback et Cheerleader

Plus de cent ans après, s’il ressucitait, M. Arnold se retrouverait avec la même problématique que celle qu’il avait trouvé dans le collège de Rugby à l’époque victorienne. Les maux du sport professionnel ont contaminé son jeu. Il faut donc tout réinventer et recréer le récit rugbystique. Peut être pourrait-il regarder plus loin que la France, vers l’hémisphère sud. 

De la réussite du jeu de Rugby néo zélandais

La réussite rugbystique des néozélandais est multi-factorielle. Mais, elle tient en grande partie au fait qu’ils ont toujours réfléchi à réformer le jeu de Rugby sans le dénaturer. 

Chez les kiwis, le rugby est enseigné dès l’école primaire via le flag rugby ou Rippa rugby pour des raisons pédagogiques et rugbystiques. Le but est d’ancrer le plus tôt possible les bases de la technique individuelle et de la vision du jeu à tous les enfants garçons ou filles. Le passage par un rugby sans placage et aux règles simplifiées (rugby-flat, rugby à toucher 2 secondes ou rugby à 5 en France) répond à deux exigences :

  • proposer des activités rugby simplifiées et faciles à enseigner pour de professeurs de primaire non spécialisés (contrairement à leurs homologues du secondaire)
  • développer des capacités rugbystiques essentielles (technique de passe, vision du jeu etc.)

Enfin en Nouvelle Zélande, dans les écoles de rugby le credo est très majoritairement : pas de plaquage avant l’âge de 12 ans.

Les liens entre les écoles de rugby et l’éducation nationale sont naturellement très étroits. De nombreux éducateurs de rugby sont des professeurs des écoles ou des enseignants, y compris au plus haut niveau. L’accent est mis sur l’enseignement de la technique individuelle et de la vision du jeu. 

De l’avenir du jeu de Rugby français

Une grande victoire égale une succession de petites.

Voir grand et loin pour le rugby n’exclu pas de commencer « petit ». A condition de se doter d’une vision claire et précise pour le rugby de demain.

Le retour du rugby dans les écoles primaires serait une belle petite victoire. A condition d’oeuvrer comme M. Arnold : faire se rencontrer différents courants, fonder un mouvement hétérogène, constitué de personnes peu habituées à se retrouver habituellement, mais unis par un objectif commun. 

Passer par une période d’introduction au jeu de Rugby en se privant du plaquage, c’est l’universaliser à tous les enfants (garçons, filles, petits, grands, vifs, lourds), c’est le rendre enseignable par tous les professeurs des écoles et acceptable par tous les parents d’élèves. Imagine-t-on un enseignant d’une classe de CP enseigner la numération comme un professeur d’université expert en mathématiques ? Non, l’important, c’est d’enseigner le sens de la numération, donc celui du jeu de Rugby.

Passer par des interdits, le plaquage ou le passage en force ou tout autre phase de jeu, n’a de sens que s’il fait parti d’un grand projet planifié dans le temps et donc adapté aux âges des enfants et au type d’enseignants. On ne se sert pas du jeu de Rugby ni dans les écoles primaires, ni dans les écoles de rugby pour qu’ils deviennent rugbymen pro. On l’enseigne pour les éduquer et les aider à devenir des citoyens éclairés, bien dans leur corps et bien dans leur esprit. 

Se priver un temps du plaquage et de son enseignement est donc une arme pédagogique comme une autre. Une variable à réintroduire au fur et à mesure du cursus rugby de chaque enfant. Les enfants se chargent d’ailleurs de faire mentir les enseignants. Entre deux ateliers de rugby à toucher 2 secondes, beaucoup n’ont qu’une envie : plaquer, se lier, s’enlacer : même sur le goudron des cours de récréation.

Alors, plaquage or not plaquage ?

Les deux bien entendus. Pas de plaquage en école primaire, certainement, et en école de rugby jusqu’à 10-12 ans, idéalement. Enseignement du plaquage ensuite. Car ce qui distingue les All Blacks des autres nations du rugby, c’est uniquement la VITESSE. Vitesse des déplacements collectifs et individuels, vitesse dans l’exécution des gestes techniques et vitesse des prises de décision (intelligence situationelle). Cette vitesse dans toutes ses dimensions, ils l’ont acquises depuis l’école primaire. Combinée à la force physique et à la masse cela donne la PUISSANCE.

Les joueurs français partent donc avec une bonne dizaine d’années de retard. Qu’ils ne rattrapent plus par la suite.

A des niveaux plus modestes, cette puissance globale fait la différence entre des équipes à tous les niveaux : des écoles de rugby aux espoirs, de la fédérale 1 au TOP 14 en passant par les championnats territoriaux.

2 Commentaires

  1. Le plaquage est une technique ! Pour la maîtriser et ne pas se blesser c’est omme le vélo ou la natation plus on l’apprend jeune mieux on la maîtrise.

  2. Totalement d’accord avec l’article. Que d’années de retard !
    Les Blacks n’apprennent pas à plaquer avant 12 ans, et pourtant McCaw et consorts ne sont pas manchots dans ce domaine. Pour une fois la FFR a pris une décision logique dans l’évolution du rugby.

    Moi de mon époque on commençait les mêlées en minimes (U14-15) : pas pour ça que ma génération a eu la meilleure mêlée du monde !

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