L’argent tue la glorieuse incertitude du rugby

Par Frédéric Bonnet

Dis moi quel est ton budget, je te donnerai ton classement. Tout n’est pas si simple heureusement, mais comme pour le football, la logique financière prédit de plus en plus souvent les résultats sportifs des clubs de rugby. Bien entendu, le phénomène n’est pas nouveau, mais l’évolution du fonctionnement budgétaire des clubs de rugby fait que, du TOP 14 à la fédérale 1, le suspense concernant l’attribution des premières et des dernières places n’existe quasiment plus.

 

Depuis une dizaine d’années, il n’y a plus de différence de fonctionnement entre une franchise de foot américain de la NFL (type NY Giants) et un grand club de foot européen (type PSG). Dans les deux cas, les clubs ont basculé dans une logique d’industrie du divertissement. Les deux seules différences sont l’absence de rétrogradation (notion de ligue fermée) et l’invention du système de draft (priorité donnée au recrutement des meilleurs jeunes par les clubs aux résultats sportifs les plus mauvais) aux Etats Unis. Deux différences qui permettent contrairement au système européen, de garantir une certaine équité sportive et un intérêt compétitif toujours renouvelé.

En Europe, les grandes compétitions de football souffrent d’un manque intérêt sportif récurrent. L’équilibre compétitif n’est plus assuré : le PSG écrase la ligue 1, Le Bayern la bundesliga, la Juventus la série A, Barcelone la Ligas etc. Les clubs les plus riches dominent les plus grands championnats. Les supporters s’identifient de moins en moins à leur club, la fibre émotionnelle disparait et les nouvelles enceintes sonnent creux dans certains championnats. Les fonds d’investissements ont pourri le foot. Ils commencent à le faire en rugby.

Car le jeu de rugby bénéficie d’une côte d’amour bien supérieure (39%) à celle du football (29%) grâce à ses fameuses valeurs. Encore faudrait-il que les clubs ne gâchent pas tout. Certaines dérives ressemblent comme à s’y méprendre aux divers scandales de la balle ronde, Krysna, Zahia, Aurier, Sextape. Certaines affaires rugbystiques annoncent des lendemains peu flatteurs.

Certes l’argent ne pousse pas en mêlée, ne marque pas les essais et n’améliore pas les statistiques dans les rucks. Toutefois il permet aux clubs d’augmenter les salaires de leurs joueurs et d’acheter les meilleurs rugbymen de la planète.

Chaque printemps, lors des phases finales du TOP 14 se sont peu ou proue toujours les mêmes équipes qui se retrouvent dans aux six premières places : les plus gros budgets, avec quelque fois un club surprise. La surenchère des clubs ne date pas d’hier. Toulouse avait commencé au début du professionnalisme, le Stade Français lui avait emboité le pas, suivi par Toulon, puis le Racing et maintenant le MHR.

De fait, le rugby suit les traces avec quelques années de retard de son grand frère le football. Lequel ressemble donc de plus en plus à son cousin américain. Ces sports sont majoritairement perfusés par des droits TV pharamineux, gérés par des mécènes et des actionnaires ou des fonds de pension comme toute grande entreprise de spectacle. Sauf que le spectacle rugbystique intéresse de moins en moins de monde (dans les stades et devant la TV), les dés semblant jetés avant le début de la saison.

Bien entendu, sur un match à domicile et en s’appuyant sur sa formation le SU Agen par exemple peut espérer battre les clubs les plus riches du TOP 14. Mais au final, il se bat avec Oyonnax ou Brive pour ne pas descendre en PRO D2 et n’a aucune chance de disputer le bouclier de Brennus. Pire, années après années, il se fait piller ses meilleurs éléments attirés par l’argent promis par les caïds du CAC 14.

Au final, l’enjeu sportif ne concerne que les élites qui se disputent le titre et les « sans grades » qui se battent ne pas être éliminés du TOP 14. Le ventre mou lui fini en roue libre dès la mi saison, en regardant quand même avec angoisse dans le rétroviseur.

Pour comprendre l’influence du budget d’un club de rugby sur ses résultats sportifs, il faut retracer d’abord l’histoire des rapports entre le rugby français et l’argent.  

Histoire en trois temps des budgets des clubs de rugby français

Avant 1960, l’âge d’or du Rugby français, celui des pères fondateurs 

Cette période prônait un jeu de Rugby éducatif et moral. Il y avait peu d’enjeux économiques, le rayonnement des clubs était avant tout local ou régional, et éventuellement national pour les clubs phares. Seuls le midi olympique et la presse locale couvraient les évènements rugbystiques. Toutefois, le budget des associations qui géraient les clubs passa de 40 000 euros en 1930 à 300 000 euros en 1960. Un modèle économique ASSL (adhérents, spectateurs, subventions locales) prévalait.

Les présidents de clubs étaient en général des notables locaux, le financement des clubs se faisait via des subventions municipales, les recettes de la buvette ou de différentes fêtes rugbystiques et la billetterie.  

On estime que dans les années 40, un joueur phare de Lourdes ou de Grenoble pouvait toucher l’équivalent de 200 à 2000 euros par an.

Le Rugby français préférait mettre en avant les efforts de promotion sociale de ses joueurs. L’aide des dirigeants de clubs pouvait prendre différentes formes. Du Financement des études à une Aide pour trouver un emploi ou se lancer dans une activité. On retrouve ce type de fonctionnement économique dans beaucoup de clubs de fédérales 1, ceux qui ont un budget inférieur à 1 million.

Entre 1960 et 1995, l’économie souterraine de l’amateurisme marron

Même si les clubs étaient toujours juridiquement considérés comme des associations à but non lucratifs, ils étaient désormais dirigés par des chefs d’entreprise connaisseurs ou ex-joueurs de Rugby. Progressivement le Rugby se transforme en spectacle, les clubs les plus riches recrutent des joueurs partout en France (Ovalie). C’est une période de transition entre le jeu de Rugby et le rugby marchand du XXIè siècle. Le modèle économique classique se transforme en SSSL (spectateurs, les subventions, et les sponsors d’origine locale). Ce modèle maintient encore un lien étroit, historique, géographique et économique entre les supporters, les clubs et les finances publiques ou privées.

En quinze années, le budget moyen des clubs passe de 300 000 euros à 2 millions d’euros. Les matchs de Rugby sont désormais relayés par les radios locales et nationales. Les phases finales commencent à être diffusées à la télévision. 

Ainsi dès les années 60, un bon joueur d’équipe première d’un des 80 clubs de première division pouvait monnayer ses services pour l’équivalent de 1000 euros par mois. Mais ce montant pouvait évoluer considérablement selon le statut du club. On estime qu’un joueur du Grand Béziers, de Montferrand ou du Narbonne des années 70-80 touchait autour de 54 000 euros par saison. Des sommes perçues en liquide et donc non imposables, qui étaient équivalentes aux salaires de joueurs « moyens » du Top 14 ou à ceux des meilleurs joueurs de Pro D2 en 2017. Ces salaires cachés étaient par exemple quatre fois supérieurs à celui d’un instituteur des années 70. 

Jusqu’en 1995, date du début du professionnalisme en Rugby, ces montants ont augmenté régulièrement pour atteindre 115 000 euros annuel par exemple pour un joueur de Montferrand. Tant et si bien que la Direction générale des impôts commença à s’intéresser de près aux finances du Rugby français, obligeant M Ferrasse président de la FFR, à se pencher sérieusement en 1986 sur le tabou de l’argent rugbystique. Les premières déclarations aux impôts datent de cette période, mais les premières fiches de paie officielles n’apparaissent qu’en 1995.

Les clubs ayant un budget compris entre 1 et 6 millions, donc une grande partie de ceux inscrits en PRO D2 et une vingtaine de clubs de la fédérale 1 suivent ce type de modèle d’économie.

 Après 1995, l’absurdité de la financiarisation progressive du rugby

Jusqu’en 1995, le statut juridique des clubs dépendait uniquement de la loi dite d’association 1901. Cette association possédait un numéro d’affiliation à la FFR. 

La professionalisation du jeu de Rugby a obligé les clubs à créer une société sportive (Société Anonyme à Objet Sportif-SAOS, Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée-EURL, Société Anonyme Sportive Professionnelle-SASP) pour gérer sa partie professionnelle. La plupart des clubs de Rugby et de football Pro, qui représentent 89 % du poids financier du sport pro, vont choisir de s’organiser en SASP. Cette forme de société sportive permet aux nouveaux présidents de clubs, pour la plupart PDG-hommes d’affaires, d’en devenir propriétaires tout puissant et de rendre minoritaires les parts de l’association sportive.

Dès lors, le Rugby va quitter brutalement et précipitamment son modèle de financement classique (SSSL), pour adopter celui des grandes ligues de football pro européennes, le modèle dit SATI (sponsors, actionnaires, télévisions, international). 

La FFR va déléguer la gestion du rugby pro à une ligue nationale, la LNR, pour ne plus s’occuper que du Rugby amateur et des diverses équipes de France.

Ce modèle SATI traduit les effets cumulés de la professionnalisme du rugby, de l’internationalisation de ses enjeux sportifs et de l’exposition télévisuelle. Les règles de gouvernance des clubs sont désormais définies par des actionnaires qui attendent logiquement un retour sur investissement (éventuels dividendes, mais surtout augmentation de la notoriété et des parts de marché pour leur société). La régulation des finances d’un club a désormais une dimension plus nationale, voire internationale, que locale. La proportion de joueurs provenant d’autres pays dans le championnat français symbolise bien cette internationalisation capitaliste.

Ce modèle SATI entraine le bouleversement des chiffres d’affaires des clubs sur deux points :

  • leur volume : il a été multiplié par 8 en entre 1995 et 2011 et continue à croitre chaque année.
  • leur structure : quand 90 % des ressources des clubs venait des spectateurs et des subventions publiques avant 1960, c’est désormais 65 % du budget des clubs qui provient des sponsors-actionnaires internationaux et des recettes TV (Canal plus). 

Le Rugby est devenu à la fois télé et sponsor-dépendant.Toutefois, les 97 millions d’euros par an que débourse Canal plus pour retransmettre le Top 14 et la Pro D2 au cours des saisons 2015 à 2018 n’ont rien à voir avec les 749 millions qu’il accorde tous les ans aux ligues 1 et 2 de football.

Rugby, argent et résultats sportifs des clubs 

La proportion de clubs obtenant des résultats sportifs correspondant à leur budget varie nettement selon les niveaux de championnats et les poules auxquels ils appartiennent. La PRO D2, les poules 1 et 2 de la fédérale 1 restent indécises, comme, mais à un niveau moindre la poule 2 de fédérale 1. Dans la poule 4, les gros budgets se battent entre eux, laissant les autres clubs lutter pour ne pas descendre, comme en TOP 14 et dans la poule 3 de la fédérale 1.

Proportion de clubs ayant des résultats sportifs qui correspondent à leur budget

  • TOP 14 : 78 %
  • PRO D2 : 50 %
  • Poule 1 de la fédérale 1 : 63,5 %
  • Poule 2 de la fédérale 1 : 63,5 %
  • Poule 3 de la fédérale 1 : 72,5 %
  • Poule 4 de la fédérale 1 : 82 %

TOP 14 et PRO D2

En ligue 1, championnat de football de première division, les quatre plus gros budgets qui sont tous supérieurs à 100 millions, trustent les quatres premières places du championnat (PSG : 540 millions, Lyon : 240 millions, Monaco : 170 millions et OM : 120 millions). Le titre de champion de France se jouera entre eux et les bonnes (Amiens, Troyes) ou mauvaises (Lille, Saint Etienne, Metz) surprises sont rares et surtout ne bousculent pas la hiérarchie du haut de tableau. Le sentiment que tout se joue par avance prévaut et la glorieuse incertitude du sport a disparu au bout des 38 journées de matchs. 

TOP 14

Le rugby professionnel ne brasse les mêmes sommes d’argent, mais comme au foot, les plus gros budgets se retrouvent régulièrement dans les six premiers à se disputer le bouclier de brennus. La financiarisation du rugby a considérablement augmenté l’influence de l’argent sur les résultats sportifs des clubs français. Le CAC 14 est devenu un championnat de grandes métropoles et de gros mécènes. D’ailleurs au bout de 17 journées de championnat, 71 % des clubs ont un classement sportif qui correspond à celui de leur budget. Seuls le Stade Français et l’ASM ont des résultats sportifs très en deça de leurs prétentions financières. A l’opposé, Castres est le seul club à avoir des résultats qui dépassent largement un budget modeste à l’échelle du TOP 14.

Clubs Budget en millions d’Euros Classement et points après 15 journées  
ASM 30,5 10° et 31 points – 16 points / au 1er
Toulouse 29,9 6° et 38 points  – 8 points / au 2°
Stade Français 28 11° et 27 points – 15 points / au 3°
Toulon 27 5° et 38 points  
MHR 26 1° et 47 points  + 9 points / au 5°
LOU 25,5 7° et 37 points  
La Rochelle 24,5 2° et 46 points + 9 points / au 7°
Racing 24 3° et 46 points  + 9 points / au 8°
UBB 24 8° et 37 points  
Pau 23,2 9° et 35 points  
Castres 21,7 3° et 42 points + 15 points / au 11°
Brive 17,4 12° et 24 points  
Oyonnax 15 14° et 14 points  
Agen 13,8 13° et 23 points  + 9 points / au 14°
Moyenne

23,6

écart : x 2,2

  78 % des clubs ont des résultats sportifs qui correspondent à leur budget.

x En 2010-2011, on retrouvait déjà des résultats sportifs très prévisibles (71%). Pour un budget moyen de 16 millions (soit 7,6 millions de moins qu’en 2017), les quatre derniers budgets du TOP 14 trustaient les dernières places (le 11° budget Brive a fini 12°, le 12°Agen 10°,  le 13° Bourgoin 14° et donc relégation et le 14° La Rochelle 13° et relégation aussi). Par contre Castres 10° budget avait fini à la 3° place et le BO 8° budget à la 5°.

En 2001-2002 avec un budget moyen de 5 millions par club, les sept premiers budgets avaient participé aux phases finales, à part Castres (4° budget) remplacée par l’USAP (9° budget).

Si l’on analyse les 16 clubs qui participaient aux phases finales en 1971, on se rend compte que 11 d’entre eux (69%) sont désormais en pro D2 ou en fédérale (Mont de Marsan, l’USAP, Narbonne, Béziers, Dax, Dijon, Tarbes, Bagnères, Bègles, Bourg et Beaumont), cette proportion était de 50 %) seulement en 1995, date du début du professionnalisme (Biarritz, Béziers, l’USAP, Grenoble, Narbonne, Dax, Colombiers et Bourgoin finaliste cette année là).

Exit donc les clubs de rugby des villes moyennes ou des villages, exit les clubs formateurs, la formation de jeunes joueurs n’est plus un enjeu majeur pour la pénalisation d’un club : la recherche de mécènes et de sponsors si.

PRO D2

L’écart entre les budgets des clubs Pro D2 est beaucoup plus important qu’en TOP 14, mais les résultats des clubs sont moins prévisibles (50 %). Mont de Marsan et Montauban, voire Massy obtiennent des résultats sportifs bien supérieurs à la puissance de leur budget, au contraire de Bayonne et de Nevers, de Biarritz voire de Grenoble et de Narbonne. Les raisons sont multiples : difficulté d’assimilation d’une descente ou au contraire d’une montée, difficulté pour faire l’amalgame entre joueurs venant de différents horizons ou au contraire recrutement ciblé et judicieux de joueurs à l’état d’esprit irréprochables et qui adhèrent tous à un objectif commun et investissement fort et prépondérant sur la formation locale ou régionale.

Clubs Budget en millions d’Euros Classement et points après 20 journées  
Grenoble 13,41 4° et 57 points  – 11 points / au 1 er
Bayonne 11,78 8° et 44 points – 21 points / au 2°
Biarritz 10,57 5° et 55 points  – 9 points / au 3°
USAP 10,29 3° et 64 points  
Nevers 10,14 11° et 38 points  – 17 points / au 5°
Béziers 6,82 7° et 48 points  
Colomiers 6,66 6° et 51 points  
Mt de Marsan 6,59 2° et 65 points  + 21 points / au 8°
Montauban 5,82 1er et 64 points  + 26 points / au 9°
Vannes 5,71 10° et 41 points  
Angoulème 5,69 9° et 42 points  
Narbonne 5,52 15° et 29 points  – 9 points / au 12°
Aurillac 5,18 12° et 38 points  
Dax 4,5 14° et 35 points  
Carcassonne 4,21 16° et 27 points  
Massy 4,04 13° et 37 points + 10 points / au 16°
Moyenne

7,31

écart : x 3,31

 

57 % des clubs ont des résultats sportifs qui correspondent à leur budget. 

Dans tous les clubs professionnels, les joueurs passent leur temps à s’entraîner, à se préparer ou à récupérer de leurs efforts physiques. Ils disposent tous d’une salle de musculation, d’un staff médical et sportif complet et sont très bien payés pour ne penser et vivre que de rugby. Ce n’est pas le cas de tous les clubs de fédérale 1. Les 11 clubs de la poule 1 peuvent prétendre à accéder théoriquement au monde professionnel. C’est une sorte de PRO D3, qui porte du point de vue financier le nombre de clubs professionnels à 41.  

Le cas particulier du championnat fédéral 

On retrouve dans le rugby semi-amateur et amateur les mêmes défauts que dans le rugby pro, mais à une échelle moindre en valeur absolue. Les salaires et différents avantages financiers sont souvent non déclarés, certaines recettes (buvette…) sont minorées pour permettre une rémunération occulte et surtout les gestionnaires des clubs amateurs sont souvent dépassés par la complexité de la gestion d’un club de Rugby. Ces trésoriers souvent bénévoles sont, soit inconscients de l’importance de la tenue de comptes précis par méconnaissance ou simple manque d’intérêt de la réglementation fiscale, soit subissent les errements de présidents inconséquents et peut être trop orgueilleux. Combien de clubs s’acquittent scrupuleusement de la TVA sur leurs ventes, sur leur billetterie et sur leurs factures de sponsoring ?

Le statut des joueurs amateurs des championnats fédéraux se rapproche de celui des joueurs entre 1960 à 1995. La plupart d’entre eux sont payés et bénéficient de contrat spécifiques « semi-amateurs » en fédérale 1. Des contrats qui doivent être simplement enregistrés par la FFR s’ils sont en dessous de 1000 euros mensuels ou homologués par la même FFR s’ils dépassent cette somme. Dans tous les cas, ils doivent payer des charges sociales plus ou moins importantes à l’URSSAF.

Les joueurs de beaucoup de clubs de fédérale 1 des poules 2 à 4 (19 sur 33, soit 57 %) ne s’entraînent que le soir de 6 à 9 heures trois par semaine car ils sont pluriactifs et exercent une activité professionnelle ou étudiante. La plupart de ces clubs ne disposent pas de salle de musculation ou de préparation physique. Ces clubs qui disposent de moins de 1 million de budget rencontrent des concurrents (quatre dans la poule 2, quatre dans la poule 3 et six dans la poule 4) qui travaillent dans les mêmes conditions optimales que les clubs de la poule 1, dite d’accession à la PRO D2. Peut-on alors parler d’équité sportive?

Depuis trois ans, 3 clubs sont montés en pro D2 (Nevers, Soyaux-Angoulème et Vannes), 3 sont descendus sportivement ou non (Bourgoin, Tarbes et Albi), mais surtout NEUF ont été rétrogradés, voire ont disparu pour des raisons économiques. Ils avaient tous des budgets supérieurs à 1 million : Lille, Périgueux, Bobigny; Montluçon, Chalon, St Nazaire, Auch et Libourne. Le cas de Bergerac est un peu différent, puisqu’il est vite remonté en fédérale 1

Le cahier des charges pour monter en Pro D2 est-il si complexe à appréhender? Ou certains clubs trichent-ils sciemment ?

Car tous les ans en milieu ou en fin d’exercice, les résultats sont faussés et l’équité sportive galvaudée. Il faut dire que miser sur sa propre formation ou sur un réel projet d’émancipation des joueurs demande beaucoup d’efforts et de matière grise. Ces clubs, la grande majorités de ceux figurant en fédérale 1, devraient être récompensés en priorité par la FFR.

Quelle motivation va pousser Chambéry, ROVAL, Bourgoin, Aubenas, Limoges et Strasbourg à jouer le jeu puisqu’ on leur supprime le droit de participer aux phases finales ? Que vont devenir ces clubs ? Dans les autres poules combien de clubs ayant un budget supérieur à 1 million seront-ils rétrogradés administrativement ?

Il existe une très grande différence entre les poules du point de vue de la structure et du volume des budgets. 

  • La poule 1 se rapproche du modèle économique SATI en vigueur dans le Rugby Pro. Sa position intermédiaire dans la hiérarchie rugbystique fait que les résultats des clubs semblent assez imprévisibles. Il faut dire que les gros budgets tels Albi et surtout Tarbes ont du mal à digérer leur rétrogradation, que Rouen ou Aubenas peinent dans cette phase de transition. Au contraire, Chambéry profite de sa magnifique dernière saison pour caracoler en tête. Ca, c’était avant la 11 ème journée. Nous savons désormais qui seront les cinq qualifiés pour l’accession à la PRO D2 : le PARC, Albi, Tarbes, Bourg et Rouen. L’enjeu sportif ne réside plus que dans l’ordre du classement.
  • La poule 3, la plus vertueuse du point de vue budgétaire, est plutôt imprévisible du point de vue sportif. Donc intéressante. Saint Sulpice sur Lèze et Trélissac se débrouillent magnifiquement, tandis que Graulhet (illustre club formateur, qui peine budgétairement), Rodez (digestion toujours difficile des restrictions budgétaires) et Bergerac (montée de fédérale 2) ont plus de mal. Blagnac et Lavaur sont logiquement en tête. Mais des clubs historiquement importants se distinguent aussi : Bagnères et Valence d’Agen. Castanet résiste à l’ombre de ses prestigieux clubs toulousains voisins, mais le superbe club de Lombez-Samatan a bien du mal (un peu comme Hendaye).
  • La poule 2 est la plus équilibrée sportivement malgré des budgets allant de 0,58 à 1,8 millions. Anglet, Oloron et le SMRC réussissent des prouesses sportives en se basant sur l’identité locale, l’expérience de quelques joueurs et la formation. C’est aussi le cas de Tyrosse, Saint Jean de Luz, Bagnères et de Valence d’Agen. L’entente Cognac/St J d’Angely part avec une longueur d’avance du point de vue budgétaire, comme Nantes (grande métropole, mais aussi club formateur) ou Niort (qui bénéficie de l’aide non négligeable du voisin rochelais, mais a très bien digérée sa montée de fédérale2).C’est beaucoup plus dur pour le Bassin d’Arcachon et surtout Langon, l’amalgame a du mal à prendre. Il semble que la fédérale 1 devienne un championnat trop dur pour de magnifiques clubs formateurs comme Hendaye. Et c’est bien regrettable.
  • Enfin, la poule 4 qui rassemble le plus grand nombre de clubs millionnaires se révèle logiquement la moins surprenante. Seule l’ASVEL présente des résultats sportifs supérieurs à la logique financière. Les gros budgets sont logiquement leaders : Mâcon, Nimes, Vienne, Carqueiranne-Hyères et La Seyne (quoique pour les deux clubs varois les résultats soient un peu en-deça des espérances de début de saison).  Dijon part avec pas mal de retard (pénalités financières), mais peut encore largement se qualifier, tandis que le championnat pour la descente se révèle passionnant entre Suresnes (club formateur parisien), Céret (club qui regroupe plus de joueurs catalans qu’à l’USAP), Agde (héritière de l’âme biterroise) et Grasse (les parfumeurs du haut Nice).

Ainsi, dans les poules 2 à 4 aussi, certains clubs sont-ils plus méritants que d’autres du point vue financier. Ceux qui ne trichent pas et ne rentrent pas dans le travail dissimulé. Ceux qui sont au clair du point de vue social et juridique. L’avenir prochain nous réserve peut-être quelques surprises, avec des bouleversements et des répercussions sur l’identité des clubs qualifiables ou non. Car pour qu’il y ait équité sportive, il faut bien que chaque club suive le même règlement.

 

Poule 1 (dite d’accession à la PRO D2) de la fédérale 1, puis poules 2, 3 et 4 en 2017-2018

Clubs poule 1 Budget en millions d’euros Classement et points après 10 journées   

Albi

5,5 3° et 29 points – 7 points / au Ier

PARC

4,5 1 er et 36 points  
Tarbes 3,6 7° et 19 points – 10 points / au 3°

ROVAL

3,2 5° et 26 points  

Rouen

3 9° et 17 points – 9 points / au 5°

Bourg

2,7 4° et 26 points  

Aubenas

2,2 11° et 13 points – 6 points / au 7°

Bourgoin

2,1 6° et 23 ponits  

Strasbourg

2 8° et 19 points  

Chambéry

2 2° et 31 points + 14 points / 2° budget

Limoges

1,8 10° et 17 points  
Moyennes

2,96

écart X 3,05

 

63,5 % des clubs ont des résultats sportifs qui correspondent à leur budget.Poule 2 de la fédérale 1 2017-2018

Clubs poule 2 Budget en millions d’euros Classement et points après 10 journées    

Cognac/St J d’Angely

1,8 4° et 29 points   

Nantes

1,2 1er et 31 points  

Bassin d’Arcachon

1,1 9° et  16 points – 14 points / au 3°

Niort

1 3° et 30 points  

Saint J de Luz

0,75 6° et 28 points  

Tyrosse

0,75 5° et 29 points  

Langon

0,7 10° et 15 point – 12 points / au 7°

Anglet

0,67 2° et 30 points + 8 points / au 8°

Oloron

0,62 7° et 27 points  

Saint Médard en Jalles 

0,6 8° et 22 points + 7 points / au 10°

Hendaye

0,58 11° et 1 point  
Moyenne

0,88

écart : x 3,1

0,21 63,5 % des clubs ont des résultats sportifs qui correspondent à leur budget.

 

Clubs poule 3

Budget en millions d’euros

Classement et points après 10 journées     

Rodez

 1,3  14° et 28 points  – 10 points / au 1er

 Blagnac

1,2 1 et et 38 points   

 Valence d’Agen

1 5° et 27 points   

 Lavaur

0,9 2° et  32 points  

 Bergerac

0,72  9° et 25 points – 6 points / au 6° 

 Bagnères

0,7  6° et 25 points  

 Trélissac

0,65 3° et 30 points  + 6 points / au 7° 

 Graulhet

0,6  10° et 8 points  – 14 points / au 8° 

Castanet

0,53  7° et 24 points   

 Lombez Samatan

0,44  11° et 5 points   

Saint Sulpice/Lèze

0,4 8° et 22 points + 17 points/ au 11°
Médiane

0,77

écart : x 3,25

  72,5 % des clubs ont des résultats sportifs qui correspondent à leur budget.
Clubs poule 4

Budget en millions d’euros 

Classement et points après 10 journées      
Macon

1,6

2° et 31 points  
Dijon

1,55

7° et 19 points mais points de pénalités en début de saison (problèmes budgétaires!)  
Nîmes

1,4

1et et 33 points  
Vienne

1,3

4° et 27 points  
La Seyne

1,2

6° et 23 points  
Hyères Carqueiranne

1,1

3° et 29 points + 6 points / au 6°
ASVEL

0,8

5° et 26 points + 7 points / au 7°
Grasse

0,8x

10° et 15 points  
Suresne

0,72

11° et 15 points  
Agde

0,65

9° et 17 points  
Céret

0,56

8° et 19 points  
Moyenne

1

écart : x 2,85

  82 % des clubs ont des résultats sportifs qui correspondent à leur budget

Perspectives d’avenir

Le rugby français est un sport de clubs, pas de franchises, plus d’université, ni de provinces ou de régions. Sa gouvernance est depuis les années 2000 bicéphale : la LNR pour les clubs pro et la FFR pour les autres. Cette organisation délétère et absurde provoque une scission de fait entre deux rugbys qui n’ont plus grand chose en commun. La FFR ne peut pas compter sur un secteur professionnel, la LNR, qui ne gère plus qu’une industrie du divertissement et des entreprises de spectacles. Séparons ces deux mondes, comme le rugby à XV  amateur avait enfanté jadis le rugby à XIII professionnel.

Côté professionnel : LNR

Le TOP 11  division à 11 clubs, qui pourrait s’apparenter au super rugby de l’hémisphère sud et qui regrouperait les clubs les plus riches à plus de 20 millions de budget et ne comporterait qu’une descente : ASM, Toulouse, Toulon, Stade Français, MHR, LOU, La Rochelle, Racing, UBB, Pau et Castres.  

Le PRO8 sorte de championnat de réserve pour des clubs susceptibles d’aller en TOP 11 avec des budgets de plus de 10 millions : Brive, Oyonnax, Agen, Grenoble, Bayonne, Biarritz, USAP, Nevers. Avec des phases finales et deux descentes.

Côté amateur ou semi-professionnel : la FFR

La première division avec LE bouclier de brennus et deux poules de 8 clubs qui auraientt tous un budget supérieur à 3 millions (et 4 descentes) : Béziers, Colomiers, Mt de Marsan, Montauban, Vannes, Angoulême, Narbonne, Aurillac, Dax, Carcassonne, Massy, Albi, PARC, Tarbes, ROVAL et Rouen.

La deuxième division avec deux poules de 10 clubs dont le budget devrait dépasser 1 million d’euros (et 6 descentes): Aubenas, Bourgoin, Strasbourg, Bourg, Chambéry, Limoges, Cognac, Mâcon, Dijon, Nimes, Nantes, RCBA, Niort, Rodez, Blaganc, Valence d’Agent, Vienne, La Seyne, RCHH et Lavaur.

La troisième division et ses 48 clubs regroupant tous les clubs restant de la fédérale 1 (St J de Luz, Tyrosse, Langon,, Anglet, Oloron, St Médard en J, Hendaye, Bergerac, Bagnères, Trélissac, Castanet, Graulhet, Lombez, St Sulpice, Grasse, ASVEL, Suresne, Agde, Céret) et les meilleurs clubs de fédérale 2 et bien entendu La Voulte, Lourdes, Périgueux, Beaumont, Avignon, Bègles en damiers, Romans en damiers, Valence, Boucau, Mazamet, Montchanin, Le Creusot, Tuule, Thuir et Auch, qui auront des « wild cards » à vie.

Depuis le début de sa professionnalisation en 1996, le jeu de Rugby perd peu à peu sa dimension éducative et se transforme progressivement en spectacle. Le Racing avec son nouveau cirque Arena truc machin préfigure le futur proche du rugby business. ce club n’est plus qu’une vaste entreprise de divertissement.

Le show est avant et après le match, un écran géant fait office de distraction permanente pendant le match. Après les 15 premières minutes de jeu, temps d’attention moyen d’un public de plus en plus décérébré mais de plus en plus connecté, les spectateurs ne regarde les joueurs que quand ils se blessent ou pour siffler l’arbitre.  

Le rugby suit ainsi avec quelques années de retard et quelques millions en moins (budget moyen de 23,6 en TOP 14 et 87,1 millions pour la ligue 1) l’évolution du football européen et donc l’industrie du sport américain.

Les associations à but non lucratif ne seront bientôt plus cantonnées que dans le rugby semi-amateur et amateur, seules à même de faire perdurer la glorieuse incertitude du sport si elles cessent de copier les clubs pro. Les fonds de pension vont massivement investir dans les grands clubs des grandes métropoles et la création de ligues européennes, voire internationales semble inéluctable pour raviver l’enjeu sportif des championnats.

Qu’est ce qui pourrait stopper la machine infernale ?

RIEN, à moins qu’un défaut de paiement généralisé stoppe net les transferts et les achats de joueurs. A moins aussi d’une généralisation de l’arrêt du paiements des salaire des joueurs par banqueroute des clubs. A moins enfin que les états deviennent moins tolérants vis à vis des finances des clubs en exigeant des clubs qu’ils payent leurs arrivés d’imposte de cotisations sociales. A moins enfin que l’on sépare enfin en deux le rugby : dôté ‘un clé rugby marchand de l’autre le jeu de rugby tel qu’il avait été inventé, codifié et propagé au XIX è siècle par les élèves du professeur Thomas Arnold.

 

Une réflexion sur “L’argent tue la glorieuse incertitude du rugby

  1. Effectivement, le Top 14 n’est qu’une entreprise de spectacle dirigée par les télévisions.
    Quand aux spectateurs de plus en plus branchés : Dans les années 80, à Lescure (pour le foot), le speaker à la mi-temps annonçait les scores sur les autres stades; aujourd’hui on trouve dans les tribunes, des spectateurs qui regardent… le multiplex de Canal + sur leur portable…

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