Par Frédéric Bonnet pour

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L’équipe espoir de l’UBB championne de France 2015-2016

Le monde du rugby français s’auto-congratule régulièrement en déclarant posséder avec le Top 14 le meilleur championnat du monde de Rugby. Mais qu’en est-il de sa formation de jeunes espoirs du rugbymen ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que leur avenir est largement obscurci par le recrutement exagéré de joueurs non formés en France. Tous les week ends, la grande majorité des jeunes rugbymen formés en France observe depuis les tribunes son équipe jouer. Quel gâchis !

Avant toute chose, il faut préciser que cet article n’est en rien un appel à la fermeture des frontières et au nationalisme. Le multiculturalisme est une chance.   Mais la commercialisation et l’exploitation des hommes est une infamie. 

Ce qui est indigne, c’est de sur payer et de parquer dans des résidences de luxe des joueurs et de les couper de la vie de la cité pour laquelle ils jouent. C’est aussi d’arracher de leur famille et de traiter indignement des jeunes pour leur faire miroiter une carrière professionnelle. Une forme d’esclavagisme moderne.

Organisation du championnat français de rugby Espoir-Reichel

Le championnat de France espoirs de rugby est né avec le professionnalisme et a remplacé les matchs des équipes réserves ou de nationale B. Sauf qu’il s’adresse aux joueurs de moins de 22 ans. Depuis sa création en 1994, sa formule a beaucoup évolué pour aboutir à la création de trois poules : la poule 1 dite Elite de 14 clubs et deux poules de 8 clubs chacune.

Ce championnat suit les règles du top 14 : des points bonus jusqu’aux phases finales. Les clubs ayant remportés le plus de titres sont : l’ASM (5 titres), le Stade Toulousain (3 titres), l’USAP (2 titres) et Montpellier (2 titres). Ces 10 dernières années, les auvergnats ont été champions 5 fois, preuve de l’excellence de leur formation. L’UBB, vainqueur l’année dernière de l’ASM en finale, est le dernier champion en titre. 

Le parcours d’excellence d’un jeune espoir du rugby

Avant d’arriver dans un des 30 centres de formation français, un jeune joueur de rugby doit en passer par un véritable parcours du combattant.

Inscrit dans une école de rugby, il doit, dès l’âge de 14-15 ans, être repéré par un cadre technique de la FFR lors de tournois départementaux.
S’il a la chance d’être repéré (et le talent bien entendu), il doit tenter le concours d’entrée dans un des 10 pôles espoirs disséminés sur le territoire français (Talence, Bayonne, Toulouse, Ussel, Tours, Paris, Dijon, Villefranche sur Saône, Béziers et Hyères).

S’il loupe cette première porte d’entrée, il peut quand même passer l’examen d’entrée en pré-filière rugby, en quatrième, en candidat libre.

Une fois installé dans un de ces pôles d’excellence, il devra s’accrocher pour y rester sur le plan sportif et scolaire.
Ensuite, il doit être sélectionné en équipe de France (- de 20 ans, -de 19 ans,- de 18 ans, – de 17 ans, – de 16 ans).
Puis, être recruté dans un des 30 centres de formation des clubs professionnels français.

Enfin seulement, il pourra intégrer un club professionnel du top 14 et de la pro D2, à moins que ceux ci ne préfèrent embaucher un joueur à l’étranger…
Un constat s’impose : il y a beaucoup de candidats et peu d’élus.

Pendant longtemps et pour combler un soit-disant déficit physique des rugbymen français sur leurs homologues anglo-saxons, les cadres techniques français ont privilégié les jeunes joueurs pour leur potentiel physique, au détriment de leurs autres qualités rugbystiques.

La fédération semble avoir changé son fusil d’épaule : elle recherche et sélectionne les joueurs qui possèdent une sorte de super pouvoir, un talent où il excelle et se distingue spécialement (force mentale, puissance, aisance gestuelle, détente, vision du jeu, jeu au pied…) allié à la qualité indispensable à tous les postes du rugby moderne : la vitesse

Le devenir des joueurs espoirs qui sortent de leur centre de formation

La grande nouveauté cette année vient certainement de l’augmentation importante du nombre de rugbymen espoirs, formés en France, qui ont été recrutés par des clubs français (de la fédérale 1 au Top 14) : 164 en 2016, contre 138 en 2015, soit plus 26.

Mais à y regarder de plus près, la situation de nos jeunes espoirs n’est pas si rose. La promotion interne de joueurs espoirs de leur centre de formation vers l’équipe première de leur club reste malheureusement exceptionnelle (Galletier au MHR, Serin ou Tauleigne à l’UBB, Baille, Marchand ou Aldhegheri à Toulouse, Sanconnie à Brive, Dupont à Castres, Iturria à l’ASM, Jammes à Grenoble, Roudil à La Rochelle, Daubagna à Pau, Chat au Racing, Gabrillagues et De Giovanni au Stade français ou Fresia au RCT).

Le nombre de joueurs recrutés en Top 14 ou en Pro D2 est encore insuffisant et a encore diminué (- 3). En fait, la majorité des espoirs a été recrutée par des clubs de fédérale 1 (plus 33).

Mouvements de joueurs espoirs dans les clubs du Top 14, de la Pro D2 et de fédérale 1

Fédérale 1 Pro D2  Top 14
78 en 2016 / 45 en 2015 64 en 2016 / 67 en 2015 23 en 2016 / 26 en 2015
47,5 % en 2016 / 32,6 % en 2015 38,4 % en 2016 / 48,5 % en 2015 14,1 % en 2016 / 18,8 % en 2015

dont pour la Pro D2 : Cotet et Raynaud à Oyonnax, Devergie, Ishenko et Ramos à Colomiers, Caire, Singer et Bastien à Biarritz, Paiva et Lainault à Carcassonne, Blanc, Feltrin et Gaillard à Albi, Riva à S-Angoulème, Estorges à Montauban et Courcoul à Narbonne.

dont pour le Top 14 : Lespinasse à bayonne, Labouteley à l’UBB, Septar à l’ASM, Javaux à castres, Retières et Priso à La Rochelle, Castets à Toulouse, Dupichot et Pesenti à Pau, Coville au Stade français.

Le cas particulier du champion de France 2015-2016, l’UBB

Sur les 41 joueurs de l’effectif, 16 ont quitté cette année le centre de formation.

Top 14

3, soit 18,7 %

Pro D2

6, soit 37,4 %

Fédérale 1

5, soit 31,2 %

Fédérale 2

2, soit 12,7 %

 

Cazeaux formé à Dax à l’UBB (deuxième ligne) temps de jeu 545 min. 

Lespinasse formé à Montauban à Bayonne (troisième ligne) temps de jeu 16 min.

Tauleigne formé au CSBJ à l’UBB (No 8) temps de jeu 372 min.

 

 

Feltrin formé à Ste Foy la grande à Albi (talonneur) temps de jeu 31 min.

Païva formé à Floirac à Carcassonne (pilier) temps de jeu 281 min.

Lainault formé à Tours à Carcassonne (deuxième ligne) temps de jeu 192 min.

Chambord formé au CAB à Biarritz (talonneur) temps de jeu 113 min en Pro D2 et 83 min en Top 14

Blanc formé à Pessac à Albi (ailier) temps de jeu 80 min.

Riva formé à Auch à Angoulème (centre) temps de jeu 521 min

Durango formé à Madrid au PARC (pilier) temps de jeu 0 min.

Hernandez formé au CAB au SMRC-St Médard en Jalles (pilier) temps de jeu 275 min.

Nicolas formé à St Médard en Jalles à Rouen (No9) temps de jeu 276 min.

Bouet formé au Bouscat à Langon (deuxième ligne) temps de jeu 0 min car blessé.

Minguillon formé à Salles à Langon (arrière) temps de jeu 239 min.

 

 

Perrier formé au CAB au SBAR-Arcachon (ailier)

 

Durand formé eau CAB au SBAR-Arcachon (No10)

Bilan

Même l’élite des joueurs formés dans les principaux centres de formation français ont du mal à se frayer un chemin dans le rugby professionnel. Près de la moitié d’entre eux partent jouer en Fédérale 1. Ce qui n’est pas une honte en soit.

On peut montrer du doigt la qualité de la formation qui a certainement trop longtemps privilégié les gros gabarits au détriments d’autres qualités rugbystiques. On peut penser que mettre plus de moyen dans la formation de notre jeunesse serait bénéfique.

Ce serait oublier le principal. En recrutant massivement des joueurs à l’étranger, on prive nos éducateurs dévoués et compétents de l’outil principal de toute pédagogie rugbystique : l’expérience du plus haut niveau et la confrontation dans des matchs de Top 14 ou de Pro D2 avec des partenaires et des adversaires séniors de l’équipe première.

Il est impossible de s’aguerrir et de progresser en ne jouant que dans le championnat espoir. Au final, c’est bien l’équipe de France de rugby qui en pâtit. Alors, profitons de l’expérience de nos cousins rugbymen de l’hémisphère Sud, tout en l’adaptant. Laissons une place privilégiée à notre jeunesse rugbystique.  

Remettons les jeunes rugbymen formés en France au coeur de l’Ovalie. 

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