L’avenir de Rugby français repose sur l’excellence de ses demis de mêlées et ses demis d’ouverture

Par Frédéric Bonnet

 

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Baptiste Serin demi de mêlée de l’UBB. La nouvelle génération.
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Christian Cauvy, demi d’ouverture du grand RCT des années 80-90.
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Jerome Gallion, demi de mêlée du grand RCT des années 80-9

Le Rugby français délaisse depuis de nombreuses années les joueurs qu’elle a longuement et difficilement formé dans ses centres de formation. Ses clubs, professionnels et semi-amateurs, choisissent très majoritairement de recruter entre autre des piliers, des deuxièmes lignes, des troisièmes lignes, des trois quarts centres et des ailiers à l’étranger. Toutefois, la LNR daigne encore donner sa chance à la filière française pour quatre types de joueurs : les arrières, les demi de mêlée, les talonneurs et dans une moindre mesure les demis d’ouverture.

Le séminaire des entraîneurs organisé par Tech XV du 18 au 21 décembre 2016 à Villard de Lans a abordé la notion de la formation des joueurs dits leaders de jeu. Dans une équipe, ceux-ci sont en général les demis de mêlées et d’ouverture. Ils forment la charnière indispensable à toute équipe de rugby. C’est bien sur ces joueurs que le Rugby français doit continuer de s’appuyer pour retrouver son lustre. 

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Définition de la notion de leader de jeu

Les leaders de jeu d’une équipe sont généralement les joueurs qui de par leur place sur le terrain, sont les mieux placés pour tout à la fois intervenir sur le plan stratégique, avant le match et tactique, en cours de match.

Ces joueurs doivent à la fois partager avec leurs équipiers le projet de jeu des entraineurs et prendre les bonnes décisions en cours de match dans une démarche toujours collective. En somme, ils doivent être responsables et autonomes, et avoir acquis la confiance de leurs entraineurs et de leurs coéquipiers.

Ils sont

  • le relai entre les entraineurs et leur équipe,
  • le garant du projet de jeu de l’équipe créé par les entraineurs et leurs joueurs,
  • mais aussi ceux qui peuvent décider de s’en éloigner si le cours du match le demande,
  • ceux qui orientent et transforment le jeu de tous leurs équipiers par leur vision du jeu et leurs qualités techniques.

En France, les leaders de jeu sont les joueurs de la charnière. : les demis de mêlée et les demis d’ouverture.

Bien entendu, on pourrait inclure dans cette catégorie les troisièmes centre, les trois quarts centre (No 12) ou les arrières, voire en Nouvelle Zélande les quinze joueurs tant ils ont atteint un niveau d’excellence en terme de polyvalence.

Les leaders de jeu ne doivent pas être confondus avec les leaders de combats ou de touches, qui souvent des avants.

Un peu d’histoire

A l’origine, le Football-Rugby consistait en une immense mêlée, nommée scrum (enchevêtrement) qui regroupait la majorité des belligérants. Quand en 1876, le nombre de joueur passa à 15, le jeu se structura et on décida de placer un joueur en arrière (fullback) pour récupérer la balle.

Rapidement, les tactiques s’affinant, on créa un deuxième poste spécifique entre les 13 avants (forwards) et l’arrière : le demi de mêlée (half way back), charnière entre les deux mondes.

L’invention en 1978 à Cardiff d’un deuxième demi plus libre et moins proche de la mêlée, le demi d’ouverture (flyhalf), associé désormais au demi de mêlée (scrum half) a rapidement suivi.

La charnière à deux joueurs était née. Un joueur qui commande et oriente ses avants, l’autre qui ouvre le jeu vers des lignes arrières dont le nombre va progressivement monter à 5 (les deux centres, inventés par les gallois, placés à trois quart du chemin entre les avants et l’arrière, puis les ailiers).

L’âge des joueurs de la charnière évoluant dans le Top 14 jusqu’en fédérale 1 dans la poule élite

 

Effectif total

Dont joueurs formés en France

Année de naissance médiane de tout l’effectif

Age médian des joueurs formés en France

Age médian des joueurs étrangers

Du Top 14 à la poule élite de fédérale 1

233

171

(74 %)

1990

(26 ans)

1991

(25 ans)

1987

(29 ans)

Top 14

85

54

(64 %)

1988

(28 ans)

1989

(27 ans)

1986

(30 ans)

Pro D2

91

72

(80 %)

1991

(25 ans)

1992

(24 ans)

1987

(29 ans)

Elite de la fédérale 1

57

45

(79 %)

1991

(25 ans)

1991

(25 ans)

1989

(27 ans)

La proportion de joueurs formés en France jouant à la charnière est plutôt importante. Plus en tout cas qu’à d’autres postes. Ces joueurs sont en général plus jeunes que ceux recrutés à l’étranger. Ces derniers débarquent en France en général en fin de carrière pour des raisons financières, surtout en Top 14. Plus les joueurs français jouent à haut niveau plus leur âge médian augmente pour arriver à 27 ans en Top 14. L’âge de la maturité ?

Pas forcément, l’étoile montante du rugby français, Antoine Dupont a 20 ans, Baptiste Serin, a 22 ans, Plisson, Bézy et Doussain 25 ans. Toutefois, Lopez a 27 ans, Parra et Machenaud ont 28 ans, Tillous-Borde 31 ans, Tales 32 ans et Trin Dhuc 30 ans. Lors de la dernière coupe du monde, Michalak avait 33-34 ans.

D’ailleurs, l’âge médian des joueurs de la charnière formés en France est le même que celui des principaux internationaux des grandes nations du rugby : 27 ans.

Comme en France avec Serin, quelques joueurs se distinguent par leur précocité : Pollard en Afrique du Sud (22 ans) ou Ford en Angleterre (23 ans). Mais la plupart de nos jeunes joueurs sont envoyés faire leurs armes en Pro D2 ou en fédérale 1.

Alors, force de l’expérience, excellence de la formation ou dons naturels ? Les trois combinés certainement. Espérons que les clubs professionnels continuent de donner leur chance à ces joueurs en leur permettant d’avoir un temps de jeu conséquent au plus haut niveau. Espérons aussi que notre formation des leaders de jeu continue d’être à la pointe.

Un nouvel outil de formation des leaders de jeu

L’idée novatrice de Jeremy Argusa, étudiant chercheur, et d’Olivier Nier, directeur de l’IFER, est d’utiliser un « serious game », en d’autres termes un jeu vidéo de formation, pour proposer aux joueurs des situations problèmes de jeu dans lesquelles ils devront prendre une cascade de décision.

Ce procédé permet dans un premier temps de mettre de la distance avec les situations réelles stressantes et de décontextualiser les problématiques.

Toutefois, très rapidement et en fonction de l’évolution du joueur, le but est de créer un environnement de match, un contexte le plus réaliste possible en insérant des contraintes et une dimension psychologique (prise de décision sous pression).

L’objectif de cette formation est bien d’ inscrire les joueuses et les joueurs dans une une démarche réflexive, pour qu’ils prennent conscience du sens de leurs apprentissages. En somme, se poser en permanence la question : pourquoi je fais telle action, à tel moment et avec qui.

Années de naissance des joueurs de la charnière du Top 14 jusqu’en fédérale 1 de la poule élite

 

1979

37 ans

1980

36 ans

1981

35 ans

1982

34 ans

1983

33 ans

1984

32 ans

1985

31 ans

TOP 14

0

1

Péjoine (Brive)

1

James (La Rochelle)

5

Durand et Michalak (LOU), Carter (Racing), Giteau (RCT), January (La Rochelle)

4

Dupuy (SF), Seron (CO), McAlister (ST), Mc Leod (FCG)

4

Audy (UBB), Tales (Racing), Steyn.M (SF), Potgieter (LOU)

11

Beauxis (UBB), Melé (FCG), Wisniewski (FCG), Tomas (Pau), Tillous-B (RCT), Figuerola (LOU), Fernandez (AB), Slade (Pau), Bosman (SF), Moa (Pau), Flood (ST)

Pro D2

1

0

0

1

4

4

5

Elite fédérale 1

0

0

1

0

3

1

2

Total

1

1

2

6

11

9

18

 

1986

30 ans

1987

29 ans

1988

28 ans

1989

27 ans

1990

26 ans

1991

25 ans

1992

24 ans

3

Trinh Duc (RCT),

Urdapiletta (CO), Kockott (CO)

2

Paillaugue (MHR), Steyn.F (MHR)

10

Dumora (CO), Marques (ST), Parra (ASM), Lacrampe (Brive), Rouet (AB), Machenaud (Racing), Pélisssié (RCT), Lagarde (AB), Harris (LOU), Genia(SF)

9

Saubusse (AB), Radovaljevic (ASM), Lopez (ASM), Bezy       (Brive), Bernard (RCT), Botica (MHR), Taylor (Pau), Catrakilis (MHR), Madigan (UBB)

6

Bosch (FCG), Bales (La Rochelle), Iribaren (Brive), Holmes (La Rochelle), White (MHR), Duplessis (AB)

5

Hart (Racing), Plisson (SF), Bezy (ST), Doussain (ST), Lesgourgues (UBB)

7

Lebail (La Rochelle), Chauveau (Racing), Daguin (SF), Escande (RCT), Ugalde (Brive), Laranjeira (Brive), Goosen (Racing)

7

8

4

3

7

7

13

2

5

4

3

6

6

4

12

15

18

15

19

18

24

 

1993

23 ans

1994

22 ans

1995

21 ans

1996

20 ans

1997

19 ans

1998

18 ans

0

7

Saseras (FCG), Serin (UBB), Daubagna (Pau), Fajardo (Pau), Hickey (UBB), Fernandez (ASM), Wright (MHR)

3

Sanga (ASM), Cassang (ASM, Meret (UBB)

3

Dupont (CO), Lobzhanidze (Brive), Belleau (RCT)

3

Fuertes (La Rochelle), Couilloud (LOU), Retières La Rochelle)

1

Coville (SF)

11

10

4

2

0

0

4

3

6

4

3

0

15

20

13

9

6

1

 

Années de naissance des joueurs de la charnière internationaux depuis 2016

1980

36 ans

1982

34 ans

1983

33 ans

1984

32 ans

1985

31 ans

1986

30 ans

1987

29 ans

1

Reddan

3

Carter, Giteau, Michalak

1

Wigglesworth

2

Tales, Steyn.M

4

Tillous-B, Slade, Laidlaw, Sexton

2

Trin Dhuc, Kockott

4

Steyn.F, Care, ascarate, Priestland

1988

28 ans

1989

27 ans

1990

26 ans

1991

25 ans

1992

24 ans

1993

23 ans

1994

22 ans

9

Parra, Machenaud, Genia, Gonzalez, Cooper, Sanchez, Landajo, Smith.A, Granton

12

Lopez.C, Madigan, Catrakilis, Young, Williams.L, Biggar, Murray, Paige, Cubelli, Cruden, Foley, Phipps

5

Gori, Davies.G, Kerr-Barlow, Moyano, Jantjes

8

Plisson, Bezy, Doussain, Weir, DeKlerk, Barrett, Farrell, Palazzoni

4

Goosen, Russell, Perenara, Canna

3

Allan, Ford, Hidalgo

2

Serin

Pollard

Le Rugby français a tout intérêt à s’appuyer dans un premier temps sur ses forces plutôt que de vouloir toujours singer ses grands frères anglo saxons européens ou de l’hémisphère Sud. Plutôt que de tout miser sur la surpuissance et le défi physique, il devrait réapprendre à jouer intelligemment et intuitivement. Il doit donc s’appuyer sur les joueurs qui forment la charnière de toute équipe de Rugby : les N°9 et 10. A ces deux postes, l’Ovalie dispose d’un réservoir de joueurs talentueux exceptionnel. Au Rugby français de les préserver, de toujours mieux les former et de les installer durablement à des places de titulaires dans notre championnat professionnel. 

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Une réflexion sur “L’avenir de Rugby français repose sur l’excellence de ses demis de mêlées et ses demis d’ouverture

  1. Oui le rugby Français dont force doit reposer en grande partie sur sa paire de demis . Devant ùn jeux lourd et plutôt lent, les demis dans le genre Lopez, Serin, Dupont, déstabilisent et seul à même de désorganiser la meilleure défense.

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