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Les blessures récurrentes du rugby professionnel

Par Frédéric Bonnet

 

Les blessures récurrentes engendrées par le rugby pro inquiètent. La fracture ouverte de la malléole de Camille Lopez avait choqué tous les amoureux du rugby. Les commotions cérébrales à répétition font parler d’elles à longueur de journées. Certains joueurs comme Darly Domvo passent plus de temps à se soigner qu’à jouer au rugby. Est-il normal qu’une personne se blesser aussi souvent en pratiquant son métier ? Non, bien entendu. Combien sont-ils chaque journée à ne pas pouvoir jouer à cause d’une blessure subie à l’entrainement ou en cours de match ? Beaucoup trop. 

En moyenne, depuis le début du championnat de première division à chaque journée 71 joueurs au minimum ne figuraient pas sur la feuille de match de leur équipe à cause d’une blessure. Si l’on part du principe que l’effectif moyen d’une équipe du TOP 14 est d’une quarantaine de joueurs susceptibles d’être titulaires, ce nombre représente plus de un joueur sur 10. 

Il est par ailleurs certainement sous estimé, car il ne recense pas les joueurs qui jouent blessés sous perfusion de corticoïdes ou d’autres substances antidouleur. Sans compter que l’identité de ces joueurs varie d’une journée sur l’autre et qu’au final sur les six premières journées du TOP 14, le nombre total de joueurs ayant manqué un match pour cause de blessure est bien plus élevé.

Le CAC 14 use et blesse ses joueurs. Avant de commencer les tests internationaux d’automne, l’équipe de France avait déjà perdu avant la tournée d’automne Lopez (5 mois d’arrêt), Camara (2 mois d’arrêt), Baille, Chouly,  Iturria,  Ollivon et  Nakaitaci. D’autres sont à pleine en phase de reprise ou nouvellement blessés : Dulin, Fofana, Vahaamahina, Goujon, Ouedrago, Lamerat, Lambey, Guillamon, Ben Arous.

Après le premier match du tournoi des six nations du nouveau sélectionneur Jacques Brunel, la barque des blessés du  XV de France est déjà pleine : Parra, Dulin, Tolofua, Jelonch et Chat avant même d’avoir joué ; Jalibert, Dupont, Gourdon après le match.

Etre apte à jouer devient le principal critère de sélection du XV de France.

 Journée 1  Journée 2  Journée 3  Journée 4  Journée 5  Journée 6  Moyenne
 78  64  65  72  79  69  71
 14 % des joueurs  11,4 % des joueurs 11,6 % des joueurs   12,8 % des joueurs 14,1 % des joueurs   12,3 % des joueurs 12,7 % des joueurs 

Le plus étonnant reste finalement les 78 joueurs blessés avant la première journée : signe de la férocité des entrainements de pré-saison et de l’intensité des matchs amicaux.

Clubs

Journée

1

Journée

2

Journée

3

Journée

4

Journée

5

Journée

6

Moyenne
Toulon 7 13 7 8 9 12 9,33
Toulouse 6 6 7 12 9 4 7,33
Montpellier 9 7 10 7 6 3 7
Brive 10 9 4 4 6 6 6,5
UBB 6 6 4 5 6 8 5,83
ASM 8 3 6 7 7 4 5,8
Agen 5 5 4 3 6 5 4,66
La Rochelle 3 3 12 5 1 3 4,5
Oyonnax 4 0 2 4 8 8 4,33
Castres 6 5 2 4 2 2 3,5
Stade Français 6 1 1 6 4 3 3,5
Racing 4 4 3 3 3 2 3,16
LOU 3 2 2 0 6 5 3
Pau 1 0 4 1 4 4 2,33

Tous les clubs ne sont pas égaux du point de vue du nombre de joueurs blessés : style de jeu, méthodes d’entrainement et de préparation physique, protection des joueurs blessés, manque de chance ?

Bien entendu, il serait intéressant de connaitre la gravité de ces blessures et la durée moyenne des arrêts qu’elles engendrent. Il est toutefois à lui seul alarmant. Tous les grenelles de la santé possibles et imaginables pourront être envisagés. Ils ne seront qu’un pansement sur une jambe de bois. Tant que l’on ne changera pas le modèle rugbystique professionnel pour revenir au jeu de Rugby éducatif, amateur, ludique, émancipateur socialement et individuellement, le rugby professionnel blessera ses joueurs inéluctablement. 

2 Commentaires

  1. Suis sans voix face à ce constat.
    Créons avec Puc et grandes écoles un championnat ou coupe universitaire qui remete le rugby amateur au cœur de l’éducatif et ses valeurs de base

  2. Merci pour cette  »étude » très intéressante.
    Pour côtoyer régulièrement des joueurs pros et espoirs d’un club de TOP 14, je me demande si, au delà des raisons d’intensité physique qui sont indéniables, l’hygiène alimentaire voire de vie tout court, n’aurait pas un rôle dans ce désastre.
    Il me paraît assez étonnant de constater le peu voire l’absence de règles diététiques élémentaires. Or de nombreuses études ont déjà montré l’impact d’une mauvaise diététique sur l’organisme a fortiori pour un sportif de haut niveau.

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