L’Histoire symbolique des poteaux de rugby en H

Par Frédéric Bonnet

Il suffit d’observer des enfants organiser un matcH de rugby dans une cour d’école ou sur un terrain vague pour comprendre que la condition sine qua non à toute partie passe obligatoirement par la recherche d’un ou de deux buts. Ce but, ou cette cage, représente la seule preuve de validation que l’essai a bien été transformé et donc de désigner un éventuel gagnant. Mais d’où vient que le but des terrains de rugby ait pris progressivement cette forme en H ?

La phéninde et l’Harpastum : des jeux sans cage

La pratique des jeux de balles de forme ovoïde remonte aux spartiates qui pratiquaient en Grèce, à Alexandrie et en Sicile un jeu d’équipe autour et à propos d’une balle nommé la Phéninde. Les romains n’ont fait que l’adapter pour créer leur propos jeu appelé l’Harpastum. Les récits de l’Antiquité racontent comment dans les garnisons romaines, du temps de César jusqu’à Ausone, de Rome jusqu’à Saintes ou Narbonne, les citoyens et les militaires jouaient au jeu, qui préfigure le mieux notre rugby.

Le terrain était un vaste rectangle où les joueurs pouvaient se ceinturer ou se jeter au sol pour conquérir une balle petite et dure, qu’il fallait jeter de l’autre coté d’une ligne défendue par l’équipe adverse. A cette époque, il n’y avait pas encore de notion de cage ou de but.

Bien avant l’apport décisif de Thomas Arnold, principal du collège de la cité de Rugby, dans la construction de notre jeu à quinze au XIXè siècle, les jeunes français pratiquaient deux jeux héritiers de l’Harpastum romain : la soule et la barrette.

L’invention des cages : la barrette 

L »invention de ce jeu  semble remonter à la Révolution. Elle se jouait sur une esplanade délimitée par des lignes de touche et de but. On trouvait au milieu des lignes de but, des poteaux écartés de 3 mètres et hauts de 4 mètres, reliés par une corde à 3 mètres de hauteur.

L’enjeu consistait à envoyer ou à porter la barrette (ballon de forme ovale, vessie de caoutchouc enrobée d’une gaine de cuir) au dessus de la corde ou derrière la ligne, soit en la frappant du pied, soit en la portant avec les mains. C’était très exactement l’ancêtre du rugby dit « à toucher » ou du rugby à 5, une version moins violente et plus douce du rugby.

Un rugby que l’on peut plus facilement pratiquer dans les établissements scolaires ou à l’entrainement pour éviter les blessures. La barette était pratiquée en Occitanie dans le Midi de la France, de l’Aquitaine jusqu’au Languedoc, de l’Océan Atlantique jusqu’à la Méditerranée, en poussant jusqu’en Isère le long du Rhône.

Sous cousin la soule appelée aussi sole ou choule en Auvergne, mallader ou mollat dans le Finistère ou le Morbihan, pelote ou éteuf en Normandie, ce jeu se développa sous Louis VII. La pratique de ce jeu était liée à la notion de fécondité, au carnaval et au mardi gras.

Il se jouait entre groupes appartenant à des villages voisins. Il consistait à ramener le ballon en cuir, bourré de son, et pesant 4 kilogrammes (contre les 450 g du ballon de rugby) dans son village.

Tous les coups étaient permis, jusqu’à tuer un adversaire ; ce jeu était une version populaire hyper violente et anarchique du rugby.

La création des poteaux de Football-Rugby en forme de H 

En Angleterre, les étudiants pratiquaient majoritairement le football et utilisaient des cages classiques rectangulaires avec plus barre transversale plus ou moins longue et haute.

Le Football-Rugby, comme dans toutes les belles histoires humaines amenées à perdurer dans le temps,  nait d’une légende. Celle du geste transgressif d’un certain William Webb Ellis, élève modèle du collège de la ville de Rugby, au cours d’un match de Football en novembre 1823. Dans un acte d’improvisation et en dehors du cadre légal, cet élève décida sur un coup de tête de se saisir à pleines mains du ballon et de courir à grandes enjambées vers le but adverse. Il plonge alors derrière la ligne d’embut adverse et réclame un point pour son équipe. On raconte que le professeur-arbitre releva ce manquement à la règle manifeste en félicitant ironiquement son jeune élève en s’exclamant « good try, traduction bien essayé ». 

Il n’y avait plu qu’à transformer l’essai en bottant le ballon au dessus de la barre transversale des cages de football du terrain nommé Bigside du collège de Rugby. A chaque règle sa ou ses transgressions possibles. Les parties mettant en jeu la plupart du temps plus d’une centaine d’élèves, les équipes prirent l’Habitude de placer des joueurs assis et debout sur la barre transversale pour essayer de contrer la transformation. 

THomas Arnold, directeur du collège et grand codificateur avec ses élèves du jeu pratiqué à Rugby, puis dans toute l’Angleterre fut obligé d’interdire cette pratique. Il n’était donc plus autorisé de contrer le ballon percHé sur la barre transversale.

Restait un problème majeur : la multiplication des litiges entre adversaire pour savoir si le ballon était bien passé entre les deux barres verticales. La solution de prolonger vers le Haut ces deux barres tout en gardant celle transversale fut donc retenue. Les célèbres poteaux en H étaient nés.

Les élèves du collège de Rugby devinrent des disciples colportant à travers l’Angleterre, puis l’Empire britannique et toute l’Europe les règles du jeu de Rugby. Toutefois, tous les collèges anglo-saxons ne disposaient pas du magnifique terrain de Bigside.

A Eton, le terrain courait le long d’un mur de 120 yards, sur 6 yards de large, et d’un fossé. Les deux extrémités du mur servaient de buts.

A Charterhouse, les élèves jouaient dans un cloitre de 70 yards de long, pour 12 pieds de large, et une porte située à chaque extrémité servait de but.

A Winchester, le terrain de 80 yards était entouré de cordes, un élève figurait le but en tenant ses jambes écartées (une blouse entourait ses jambes). Le ballon passé entre ses jambes ou au dessus de sa tête valait 2 points.

A Westminster, le terrain mesurait 20 yards et deux arbres servaient de but.

A chaque collège britannique correspondait un maillot, une « cap » et des poteaux de rugby différents.

Les poteaux en H : tout un symbole

Selon Daniel Herrero, rugbyman toulonnais puis niçois, entraineur cHarismatique du grand Rugby club toulonnais (RCT), puis du fameux Paris université club (PUC,) professeur d’EPS, chantre et poète des beautés du Rugby et de l’Humanité en général, le Rugby à XV se serait développé dans les îles britanniques au XIXe siècle, puis dans le Sud Ouest de la France, sous l’impulsion des Francs-Maçons. Ceux-ci, auraient vu dans ce jeu un moyen efficace d’éduquer la jeunesse aux valeurs maçonniques. 

De fait, les liens entre le Rugby et la Franc-Maçonnerie sont nombreux : une symbolique commune, des rugbymen Francs-Maçons à foison… Mieux, si l’on se penche sur l’Histoire de la naissance du Rugby, on se rend compte que ce sont des Francs-Maçons qui ont créé, pensé, inventé, codifié, légiféré, pérennisé, puis diffusé le Rugby. Une Histoire d’Hommes et de symboles qui s’est écrite en quatre temps. Un jeu éducatif qui a été conçu et estampillé symboliquement par des « frères » Francs-Maçons au XIXe siècle. 

Les poteaux en forme de H d’un terrain de Rugby représentent les deux colonnes de JacHin et Boaz (la Force et la Stabilité) des loges maçonniques, soit l’entrée dans le temple de Salomon. 

Les constructeurs du Moyen Age ont édifié les façades des catHédrales sur la forme de la lettre H, pour ces temples à la gloire de l’esprit divin. Le H des vieux Hellènes était l’initiale de Hélios, le soleil, l’astre dispensateur de la lumière au plan spirituel et profane. Le h minuscule évoque Hélios et l’Horloge naturelle qu’il représente, donc à la notion du temps, (Chronos) de l’Horaire et des Heures.

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