Le Rugby des cafés et des bistrots

Par Frédéric Bonnet

 

Alors que le jeu de Rugby anglais est frappé au coin du classicisme et appartient tout entier à l’aristocratie estudiantine, aux publics schools et aux grandes universités prestigieuses, son héritier et rival français siège au sens propre et figuré beaucoup plus modestement dans des cafés, des bistrots, des bars, des brasseries, voire des hôtels : des lieux bien plus populaires. Enfin siégeaient, car depuis 1995-1996 et l’arrivée du professionnalisme, les clubs de rugby pro appartiennent désormais à des consortium plus difficilement localisables. Il n’en reste pas moins que les clubs français demeurent la cellule vivante du rugby français. Chacun des 1885 clubs français représente un modèle réduit de la société qui l’a inventé. Avec le stade, le lieu  de rencontre de cette mini-société ovale est le café : une spécificité française.

Le café d’Etigny à Auch
Le Grand café des Coustous à Bagnères

Une des façons d’apprécier l’inscription d’un club de rugby dans une commune consiste à identifier deux lieux spécifiques. Il y a en premier  le stade et sa pelouse. Une des raisons pour lesquelles le ballon ovale s’est développé dans le collège de Rugby, c’est qu’il possédait un terrain assez grand pour accueillir deux équipes : le fameux Bigside. Le stade fait figure de cathédrale laïque du jeu de Rugby.

Aussi important que le stade, il y a le siège du club. C’est à la fois sa domiciliation et un lieu de rencontre des dirigeants, du personnel bénévole, des entraineurs-éducateurs, des joueurs, voire des spectateurs du club. La liste des clubs de rugby français dont le siège est situé dans un débit de boisson est plus que fournie. Elle dit bien la spécificité de l’esprit du rugby français. Sans parler du fait que lorsque le rugby était encore amateur de nombreux joueurs ou ex joueurs tenaient de fameux cafés ou restaurants (Herrero à Toulon, Fournet à Clermont-Ferrand, les Soro qui tenaient le café du Midi et le Central à Romans, le Terminus tenu par Henri Haget à Biarritz …).

Le Grand café de la Rade à Toulon

Bien entendu, l’origine de la création des clubs français est très variée, allant de régiments militaires à de grands industriels passionnés, de collèges ou de lycées landais à des clubs universitaires des grandes métropoles. Mais, ces cafés ont souvent été le lieu où ces clubs ont été pensés et imaginés. Ils abritent désormais les réunions administratives, servent de point de rendez vous et constituent la première étape de toutes les troisièmes mi-temps. 

Café le Richelieu à Marmande

La structure de la population du rugby est le produit de l’histoire de la discipline. Protestant et aristocratique en Angleterre, le rugby est majoritairement Occitan, républicain et laïc en France. Sociologiquement, le rugby rassemble plus d’artisans et de commerçants, d’agriculteurs et d’employés, moins d’ouvriers et de professions intermédiaires, mais autant de cadres supérieurs que la population générale. Le différentiel entre le nombre de cadres supérieurs et le nombre d’ouvriers pratiquant le rugby en France, montre que ce sport est ouvert à toutes les couches sociales, contrairement au golf, à la voile, au ski, au tennis ou à la natation, beaucoup plus élitistes.

Le café de la Poste à Lourdes

Tout ce beau monde si représentatif de la population communale se retrouvait donc jusque dans les années 90 au siège du club : le café dit « des sports ». Une spécificité qui a peu à peu disparu dans les clubs professionnels du CAC 14 qui sont progressivement passés aux clubs House à l’anglaise, puis aux réceptions d’après match à la fois guindées, élitistes, factices et « m’as-tu vu ».

Narbonne : café le Terminus

Mais n’oublions pas les 1885 autres clubs. Ceux-là font perdurer la tradition de réelle convivialité rugbystique, soit dans des cafés, soit dans des salles dédiées dans le stade. On leur a royalement accordé un abonnement Canal plus pour bercer leurs troisièmes mi-temps du doux commentaire des journalistes…C’était, il est vrai, une urgence pour les clubs amateurs français. 

Le Grand café à Céret

La liste des cafés est longue et les noms évoquent des souvenirs qui créent l’histoire du rugby autant que les noms de joueurs.

Le café place d’Armes à Orthez

Agen : café Continental ; Angoulême : café Wagram ; Anglet : bar la Bécasse ; Annecy : bar de l’étape ; Arcachon : bar Noël ; Albi : café de la Poste, lices georges Pompidou ; Auch : café d’Etigny ; Aurillac : hôtel de l’Univers, place de la Gare ; Avignon : bar du centre ;

Café des Américains à Graulhet

Bagnères : café des Coustous ; Beaumont : café le Club, rue de la Résistance et café du sport ; Bédarrides : café de l’Ouvrez ; Bègles : le CAB avait acheté un café place du 14 juillet pour en faire son siège, les joueurs eux se retrouvaient plus tard au café le Radis, au Chiopot ou au Bougnat  Bergerac : café le Tortoni, rue des Carmes ; Besançon : bar Eden ; Béziers : café le Mondial, rue Solférino; Blagnac : café Gouin ; Bordeaux (SBUC) : brasserie La Pizza ; Bourgoin-Jallieu : café des Sports, place des Halles 

Le café Le moderne à Tarbes

Cahors : café de Bordeaux, place De Gaulle ; Captieux : café le Commercial ; Carcassonne : café Lapasset et café des Négociants ; Carmaux :  le Mille-Club, avenue de Neckarsulm ; Castelnaudary : café le Français ; Castelsarrasin : café Serres, place de la Liberté ; Castres : café Coll, boulevard Dr Aribat et café Continental, le CO est né sur le comptoir du café Holmière  ; Cavaillon : brasserie Topin ; Céret : Grand café ; Chambéry : le Chapon fin et café de Paris ; Chateaurenard : bar les Glycines et café Henri IV ; Cognac : brasserie du Coq d’or ; Colomiers : bar Atlantic ; Condom : café des sports 

Les joueurs de Graulhet au café

Decazeville : café de France; Figeac : café de la Terrasse ; Fleurance : café du Centre et bar du Capitole ; Foix : bar du Capitole ; Fumel : ancien lycée de Fumel et café de Paris

Gaillac : café des Sports, place de la Libération ; Grignols : le PTT ;  Gujan Mestras : hôtel des Pyrénées ; Graulhet : café des Américains ; Hyères : café de l’Univers.

Café du Congo à Mimizan

Issoire : café du Globe ; Langon : café le Modern ; Lannemezan : café des sports ; ; La Rochelle : stade Deflandre, mais les joueurs se retrouvaient au café le Concorde sur le port ; La Seyne : bar tabac le Régence ; Lavelanet : café du Théâtre, rue Jean Jaurès ; Libourne : café du Nord ; Limoges : Olympique bar ; Lombez Samatan : café de la Poste à Samatan ; Lourdes : café de la Poste, place du Marcadal 

Café Lapasset à Carcassonne

Mâcon : café de Paris ; Marmande : café Richelieu, boulevard Gambetta ; Mazamet : hôtel des Comtes d’Hautpoul, avenue Charles Sabatié ; Mens : café des sports ; Millau : bar le Club ; Mimizan : café du Congo ; Montauban : café de l’Industrie, rue Mary-Lafon ; Montélimar : café de l’Ardèche ; Montchanin : hôtel des négociants ;

Café de l’industrie à Montauban

Narbonne : hôtel Terminus, avenue Pierre Sémard et café Montmorency ; Nice : café le Rugby ; Nimes : bar le parisien ; Niort : café le Paris ; 

Café de l’Union à Ussel

Orthez : café Place d’Armes ; Oyonnax : café de France, rue Anatole France et le café du stade Charles Mathon tenu par Roger Sainvoirin ; Pamiers : café de la Halle ; Pau : café le Champagne, place Royale ; Périgueux : la Rotonde, rue Gambetta ; Perpignan : brasserie de la Loge, place de la Loge ; Peyrehorade : bar des AMIS ; Pézenas : café Vacassy, en 1968 deux cafés s’affrontaient dans un combat fraternel : le café Poveda et café Glacier ; Pierrelatte : café du Siècle ; Poitiers : brasserie du Rock Franc ; Quillan : brasserie le Palace, place de la République

                                      Café des sports à Mens

 

Riscle : hôtel de la Paix ; Rodez : Grand café ; Rumilly : Grand café des 4 colonnes  ; Saint Claude : bar du Club, boulevard de la République ; Saint Girons : café de l’Union, place Roosevelt ;  Sainte Foy la Grande : café du Casino ; Saint Lary : café Central ; Saint Médard en Jalles : café le Marigny ; Saint Sever : hôtel Lauqué ; Sarlat : café Pérusin ; Sorgues : hôtel Central ; Souillac : café Crouzet ; 

Café du Théâtre à Tulle

Tarbes : café le Moderne, place de Verdun ; Thuir : hôtel du Commerce ; Toulon  : café le Grand café de la Rade, le RCT est né dans une brasserie le Coq Hardi ; Toulouse : le Grand hôtel ; Tulle : café du Théâtre, place de la Poste ; Tyrosse : restaurant Caprais, café des chasseurs et café Beneyx ; Ussel : café de l’Union.

Le Grand Hotel de Toulouse

Valence d’Agen : café de Paris Vic Bigorre : brasserie des Allées ; Vic Fezensac : café Divan ; Vichy : café Albert 1er, rue Ravy-Breton ; Vienne : Grand café Glacier ; Villeneuve sur Lot : café le Globe ; Voiron : café le Commerce.

Hotel de l’Univers à Aurillac

Pour d’autres clubs, leur histoire n’est pas passée par un bar.  Mais la diversité des locations de leurs sièges rajoute encore une louche d’originalité au jeu de Rugby.

Aire sur Adour : la mairie ; Arras : le stade des PTT ; Bayonne : garage de la Nive ; Bègles : stade Delphin-Musard-Moga, impasse Musard, club omnisports CAB ; Biarritz : parc des sports Aguilera ; Boucau : stade de Picquesarry ; Bourg en Bresse : maison des sociétés ; Brive : parc municipal des sports ; Dax : stade Municipal ; Dijon : palais des sports ; Grenoble : anneau de vitesse ; Hagetmau : Villa Bachele ; Hendaye : ancienne mairie ; Istres : maison du sportif ; La Teste : stade municipal ; La Voulte : stade Battendier Lukowiak ; Le Creusot : maison du club ; Lyon OU : stade Vuillermet ; Montferrand : usine Michelin, club omnisports ASM ; Mont de Marsan : stade municipal ; Mérignac : club-house du Jard ; Montélimar : maison des sociétés ; Montpellier : club House ; Oloron : stade Saint Pée ; Rieumes : maison du Rugby ; Romans : stade Guillermoz et café des négociants; Saint Jean de Luz : Pavillon bleu ; Salles : foyer des jeunes ; Stade clermontois : maison du stade ; Valence : stade Municipal ; Villefranche : ancienne sous préfecture.

4 réflexions sur “Le Rugby des cafés et des bistrots

  1. Biarritz avait son siege en centre ville rue garderes et son cafe Le Terminus tenu par Henri Haget avant d ’emigrer à Aguilera

  2. Encore chez beaucoup de clubs sportifs de villages , grosses bourgades et villes également et même à haut niveau de pratique , il y a souvent un bar ( tenu par un ancien joueur , par un sponsor ….) qui fait référence dans la troisième mi-temps ,et qui devient un passage obligé dans la soirée , chez qui la fête peut se poursuivre prenant ainsi le relais du foyer/club house du stade .

  3. Toujours autant de plaisir à te lire. Gentil petit tour en France avec des photos en noir et blanc. Je me permets de mentionner le club-house du Pré Fleuri, à Nevers. A une autre époque que les moins de vingt ans ne connaîtront pas forcément…Théâtre de tant de moments mémorables. Le bonjour à l’incontournable « citoyen Nivernais »…

  4. Le « Commercial » à Captieux ou
    « Chez PTT » à Grignols
    2 troquets ou les 3ème mi-temps portaient bien leur nom !!!!

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