Le rôle primordial des entraîneurs et des préparateurs physiques dans la lutte contre le dopage

Par Frédéric Bonnet

Cet article est un hommage à tous les entraîneurs-éducateurs et éducateurs-entraînants du rugby. Des séries régionales au Top 14, en passant par les équipes de France, le rugby féminin, le rugby à 7 et à 5, le rugby fauteuil ou la Fédérale 1, mon championnat préféré, ils sont le présent et l’avenir du rugby. Ils ont la lourde et magnifique tâche de transmettre leur idée et leur amour du rugby.

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Une étude menée par Goulet,C et ses collaborateurs en 2010 (Predictors of the use of performance-enhancing substances by young athletes) a démontré que les entraîneurs exercent une influence déterminante dans la décision des jeunes athlètes de consommer ou non des substances dopantes. 

Cette étude montre l’urgence et la nécessité de former les entraîneurs à ce sujet, trop souvent tabou, pour qu’ils puissent intervenir de façon préventive et constructive auprès de leurs joueurs.

La nature même de la fonction d’entraîneur leur confère un statut particulier. Ils jouent le rôle de maître, de guide et d’éducateur. Leur travail façonne, non seulement des rugbymen, mais aussi et surtout des hommes complets aptes à vivre heureux dans la société. Cette spécificité pèse de manière fondamentale sur l’attitude des joueurs vis à vis du dopage. Leurs collègues avec lesquels ils travaillent en symbiose, les préparateurs physiques, apportent la caution médicale et scientifique nécessaire à la lutte contre le dopage.

 

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Régis Sonnes ex entraineur exemplaire des avants de l’UBB parti pour une nouvelle aventure dans un club de rugby en Irlande.
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Alexis Dejardin préparateur physique d’athlètes de haut niveau (100 m) et de clubs de rugby (Tulle, Brive, Toulon, Béziers, Bayonne, école de rugby de Toulon).

L’importance des entraineurs et des préparateurs physiques est telle qu’ il a été prouvé que lorsqu’ils s’abstiennent de toute forme d’expression à propos du dopage, ils laissent supposer à leurs joueurs qu’ils sont favorables à l’utilisation des produits dopants. 

L’efficacité du discours des entraîneurs sera d’autant plus importante qu’ils  :

– seront persuadés personnellement du poids de leur influence dans la lutte contre le dopage.

– seront convaincus d’être soutenus par leur fédération à ce sujet (ici la FFR).

– seront sûrs de leur connaissance au sujet du dopage (et donc des effets délétères des produits dopants sur la santé des joueurs).

– auront l’impression d’être en cohérence avec l’ensemble des entraîneurs de rugby en France (effet de groupe).

Les entraîneurs auront ainsi plusieurs possibilités d’intervention :

– discussion avec les joueurs à propos des impacts du dopage.

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Eric Mercadier, entraineur et éducateur, à Blagnac en Fédérale 1.

– suggestion d’autres options que le dopage (nutrition, entraînement).

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Arnaud Vercruysse entraîneur de Rodez en Fédérale 1.

– discussion avec les joueurs sur les raisons qui les poussent à se doper.

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Benjamin Bagate entraîneur de Saint Jean d’Angely en Fédérale 1.

– simple remarque négative à propos du dopage s’ils sentent le joueur « fragile » à ce sujet ou s’ils le prennent sur le fait.

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Manu Boutet entraîneur du club de La Seyne en Fédérale1.

Les stratégies d’information et de formation des entraineurs peuvent être résumées dans ce cas concret : 

« Le jour d’un match de phases finales, un entraîneur de rugby surprend dans le vestiaire un de ses joueurs en train d’ingurgiter un produit dopant stimulant (sorte de « bonbon » acheté sur internet comprenant des amphétamines qui enlève la sensation de fatigue et de douleur et de la caféine). 

L’entraîneur a deux choix : 

– choix 1 : il intervient et l’on sait que son message sera écouté par le joueur et aura une efficacité au moins à court terme. 

– choix 2 : il n’intervient pas ».

Dans ce second cas de figure, il est important de connaître les motivations de l’entraîneur pour pouvoir intervenir efficacement auprès de lui.

Croyance ou motivation 1 : « ce que font les joueurs en dehors du terrain ne concerne pas les entraineurs.

Croyance ou motivation 2 : le match est trop important pour déstabiliser le joueur. Voire pire, cela pourrait l’inciter à abandonner le rugby.

Croyance ou motivation 3 : la parole d’un entraîneur au sujet du dopage est de toute façon inefficace. 

Dans tous les cas, la formation et l’information des entraîneurs permettra de lutter contre ces fausses croyances.

Conclusion 

Dans la lutte contre le dopage, les entraîneurs ont une place centrale et stratégique.

La nécessité de leur formation et leur sensibilisation à ce sujet est donc un enjeu primordial.

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Olivier Nier, ancien entraineur de Oyonnax, Romans, du PARC…Il est désormais à la tête de l’IFER (qui dépend du syndicat Tech 15), institut de formation des entraîneurs et des préparateurs physiques.

Mais ils doivent se sentir soutenus par toutes les instances du rugby qui les entourent. La FFR qui doit soutenir la formation et ce rôle des entraineurs, la DTN et le syndicat des entraineurs Tech 15. 

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La FFr et son président Pierre Camou, qui prend le sujet du dopage à coeur.
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Alain Gaillard entraîneur charismatique qui aurait pu « mourir » sur la pelouse avec ses joueurs. Actuellement, il est président du syndicat des entraîneurs de rugby et des préparateurs physiques, Tech 15.

Le monde du rugby se doit de prendre en compte le fléau du dopage. Les entraineurs, mais aussi les préparateurs physiques et le staff médical, sont le centre névralgique de cette lutte.

Le schéma d’action nationale pourrait être le suivant :

 

Au centre du dispositif en orange les joueurs de Rugby. En rouge tous les encadrants rugbystiques des joueurs. En vert leur formation sur la lutte contre le dopage à distance (Mooks et journées de rencontres), en bleu le livret de recueil des différentes formes de dopage et en jaune le site internet dédié à la lutte contre le dopage.

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7 réflexions sur “Le rôle primordial des entraîneurs et des préparateurs physiques dans la lutte contre le dopage

  1. Tout le monde se souvient de son premier maître…de son premier éducateur… de celui qui fut l’exemple, le conseiller, celui à qui on s’identifie et qu’on écoute parce qu’il est juste et bon! Le pouvoir de la sagesse qui fait grandir tous et chacun ….

  2. Ce sujet sensible doit être aborder assez tôt , surement pendant la formation du jeune rugbyman en école de rugby . Cette question générale sur la « Santé et Hygiène  » concerne aussi « l’hygiène corporelle » en école de rugby où les éducateurs doivent encourager les enfants à la douche après l’entrainement ou le tournoi , à mettre des vêtements de rechange et à proposer un goûter équilibré . Il faut insister sur les bienfaits d’un bon équilibre alimentaire, à la fois sur sa santé générale et sur son développement physique en particulier .
    Puis par la suite , dans les catégories jeunes , il deviendra logique de parler des risques du dopage tant sur le plan éthique que sur celui des méfaits sur sa propre santé .
    Mais a t’on vraiment le temps matériel pour le faire dans les clubs ?

    1. Bonjour merci pour ton commentaire. Mais tu as vu selon l’étude c’est plus un positionnement et des remarques assez courtes à propos du dopage qui sont demandées aux entraîneurs éducateurs.

  3. Ne pas tricher !!! Vaste programme n’est ce pas ? Prendre soin de son corps , respecter l’autre , partenaire , adversaire , arbitre et educateur … tout cela peut il résister a l’envie, le besoin de plus en plus exprimer de dominer , vaincre … tant que nous mettrons la competition en amont de la compétitivité cela me semblera un doux rêve … jeu axé sur le plus fort , le faible oublié sur le bord de la touche puis avec l’avancée de l’âge, utilisation de la motivation pour l’intimidation, licences « trafiquees » etc …. de ces pratiques « courantes » favorisentsont des orientations, des justifications a l’utilisation de produits … et en effet je ne remercierai jamais assez mon club formateur et les éducateurs de nous avoir donné les bases du respect … alors oui les éducateurs ont quelques pouvoirs , les entraîneurs bien moins …

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