Les produits dopants qui améliorent la respiration, la récupération et qui limitent le stress

Par Frédéric Bonnet

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Les différents produits dopants qui améliorent la respiration, la récupération et qui diminuent le stress : modes d’utilisation, principaux produits, effets recherchés par les sportifs, effets indésirables et anecdotes sportives.

Ceux qui améliorent la respiration et l’oxygénation

Ces molécules sont venues « révolutionner » les anciennes techniques utilisées pour améliorer l’oxygénation des muscles : caissons hypnotiques ou séjours à haute altitude (innovation de la RDA en 1979).

EPO ou érythropoïétine et CERA

Cette hormone peptique naturelle (fabriquée par les reins) ou synthétique (Eprex, Recormon, Affimax ou CERA) est utilisée dans le traitement des anémies. L’EPO stimule la fabrication d’hémoglobine et des globules rouges et améliore le transport d’oxygène.

Il est surtout utilisé pour augmenter l’endurance. La durée de vie des dernières molécules permet une injection mensuelle.

Cette molécule fut découverte en 1950 et utilisée pour la première fois comme substance dopante en 1987.

Ses effets indésirables sont des poussées hypertensives, des douleurs osseusesdes thromboses vasculaires, des convulsions, des polyglobulie et des œdèmes au point d’injection.

Anecdote sportive : C.Basson cycliste de l’équipe Festina et équipier de R.Virenque refusa de suivre le protocole de dopage à l’EPO de son équipe. Pour fabriquer plus de globule rouge, il utilisait la technique de la chambre d’hypoxie (raréfaction de l’oxygène, qui par effet rebond, stimule la production des globules rouges).

Concernant les rugbymen Sud africains champions du monde en 1995, le nombre anormal de joueurs atteints de maladies rares si jeunes (Tinus Linee et Joost Van der Westhuizen atteints de maladie de Charcot, Andre Venter souffrant de myélite transverse et Ruben Kruger mort en 2010 d’un cancer du cerveau) pose la question du dopage.

Le capitaine emblématique de cette équipe, François Pienaar, raconte dans son autobiographie la prise régulière de pilules et de piqures de vitamines B12 (cobalamine). Or les cures de vitamines B12 accompagnaient quasi systématiquement la prise d’EPO, indétectable en 1995, pour en accentuer ses effets.

Les PFC ou perfluorocarbones

Ce sont des produits composés d’atomes de fluor, de carbone et d’hydrogène. Ils sont obtenus par voie synthétique contrairement à l’érythropoïétine.

Ils ont la propriété de dissoudre de grandes quantités de gaz, donc l’oxygène. Ils augmentent donc l’apport d’oxygène vers le cerveau, les différents tissus et les muscles. Il ne modifie pas l’hématocrite.

Nous ne disposons pas encore d’assez de recul pour évaluer tous les effets indésirables des PFC : fièvre, diarrhées, toxicité rénale, hépatique (foie) et pulmonaire, embolies et thromboses.

Anecdote sportive : l’affaire Festina permettra de découvrir du perfluorooctyl dans le sang d’un cycliste. Un autre cycliste de l’équipe suisse post swiss team serait mort en 1998 d’insuffisance rénale et hépatique à cause des PFC.

Les auto transfusions sanguines de « purée » globulaire

La technique consiste à prélever un mois avant la compétition 1 litre environ du sang d’un joueur et de conserver ce sang jusqu’à la compétition. Le joueur poursuit son entrainement en diminuant son intensité et a le temps de reconstituer son capital de globules rouges.

Les transfusion ou auto transfusions de poches de sang prélevées posent le problème des risques de contamination par le HIV, mais entrainent aussi des réactions allergiques, des atteintes rénales et des chocs métaboliques.

Ce procédé fut mis au point en 1970 par le Suédois B Ekblom.

Anecdote cinéphile : dans le film Mad Max : fury road, les War boys, sortes de soldats suicidaires à la botte de leur dictateur, se dopent en se transfusant le sang d’esclaves appelés Globulars, illustrant parfaitement ce qui se pratiquait dans les années 90 sur le Tour de France.

Ceux qui limitent le stress et les tremblements

Les benzodiazépines (BZD) et autres « tranquillisants » ou « somnifères »

Les benzodiazépines sont des substances qui possèdent toutes des propriétés anxiolytiques (diminution de l’anxiété, Xanax), hypnotiques (sédation, Rohypnol), myorelaxantes (Myolastan, retiré du marché en France depuis 2013) et anticonvulsivantes (Valium).

Elles pourraient être détournés de leur usage pour lutter contre les tremblements ou pour pallier aux troubles du sommeil liés au stress de la compétition.

Toutes les BZD provoquent aussi des amnésies antérogrades (on ne se souvient pas de ce que l’on a fait) et un syndrome de soumission : c’est ce qui en a fait à un moment la drogue des violeurs. Ces molécules ont remplacé les barbituriques, qui avaient des effets indésirables trop importants.

L’inconvénient majeur de ces médicaments est la dépendance et la tolérance qu’ils entrainent. On peut citer aussi le risque de sédation trop importante, les amnésies et les convulsions en cas de surdosage.

Anecdote sportive : en 2009, la prise de BZD fut recherchée chez 29 coureurs d’une équipe cycliste du ProTour. Un seul coureur testé fut négatif ! les autres avaient pris du zolpidem (Stilnox), du bromazépam (Lexomil), de la zopiclone (Imovane), du tétrazépam (Myolastan), du diazépam (Valium) ou de l’aminoflunitrazépam (Rohypnol).

Les béta bloquants

Ces médicaments (Avlocardyl, acébutolol, propanolol et tous les autres -lols !) sont utilisés en cardiologie pour réguler et ralentir le rythme cardiaque et diminuer la tension artérielle.

Leurs effets anti-émotionnels et anti stress peuvent intéresser certains sportifs. Ces médicaments ne sont interdits que dans certains sports (aéronautique, boules…), pas en rugby.

Attention, contre indication en cas d’asthme ou de diabète ! Les effets indésirables sont nombreux : hypotension, hypoglycémie, insomnies, troubles de l’humeur, troubles cardiaques...

L’alcool éthylique

Produit de consommation très répandu en France, c’est un puissant énivrant qui fut fréquemment utilisé par les sportifs dans des cocktails de stimulants alcooliques jusqu’au milieu du vingtième siècle.

Paradoxalement à faible dose, l’alcool est utilisé dans les spécialités sportives de précision (escrime, pentathlon) pour ses propriétés relaxantes.

Anecdote sportive : c’est bien l’ingestion de cognac, ajoutée à la chaleur (insolation), à l’intensité de l’effort physique et à la prise de Maxiton (amphétamine), qui ont engendré la mort par collapsus du cycliste Tom Simpson sur les pentes du mont Ventoux lors du Tour de France 1967.

Ceux qui améliorent la récupération

Le meldonium ou Mildronat

Ce médicament, non commercialisé en France, vient d’être considéré comme un produit dopant depuis le 1 janvier 2016. C’est un analogue d’une substance que l’on retrouve dans chaque cellule humaine (gamma butyrobétaïne).

C’est un anti ischémique qui pourrait lutter contre les maladies cardiaques et les angines de poitrine.

Il améliore la circulation cérébrale, la récupération après effort et les performances des sportifs. Il permettrait une meilleure résistance au stress et de rétablir plus rapidement les réserve énergétiques.

Produit miracle ? Effets indésirables peu connus ?

On cite notamment : tachycardies, hype et hyper tension artérielle, problèmes digestifs et agitation psychique.

Anecdote sportive : les quatre athlètes (deux éthiopiens, une Ukrainienne et une russe), les six lutteurs géorgiens, les deux biathlètes ukrainiens, les quatre judokas russes, les trois nageurs russes, la patineuse artistique russe, les deux rugbymen russes à 7, les deux patineurs de vitesse russes, le cycliste russe, la demi fondeuse suédoise, la patineuse artistique russe, le boxeur russe, le gymnaste russe, le volleyeur russe, le marathonien éthiopien et la tenniswoman russe ont été « piégés » par l’interdiction en janvier 2016 de la prise de meldonium. Moralité, quand on se dope, il faut se tenir au courant de l’actualité !

La thérapie génique

La thérapie génétique est le remplacement d’un gène défectueux par un gène normal et fonctionnel ou d’introduction dans une cellule d’un matériel génétique.

Ce gène sera à l’origine de la production d’une protéine manquante ou défectueuse. Aux Etats unis des équipes ont utilisé ce procédé pour renforcer les tendons de bodybuilders.

La thérapie génique pourrait aussi être utilisée à des fins de dopage pour stimuler la production d’hormone par le corps (hormone de croissance par exemple), pour renforcer des tissus tendineux ou des os ou effectuer une sélection génétique.

Toutefois, les équipes de recherche qui travaillent pour guérir des patients se cassent encore les dents sur des problèmes techniques : leur utilisation sur des sportifs leurs feraient courir des risques considérables (contamination par de l’ADN souillé, des virus utilisés pour le transfert des gènes souillés).

A ce jour, seuls deux médicaments ont surmonté les obstacles du développement clinique : Le Gencidine qui est utilisé pour lutter contre des cancers et le Glybera qui est indiqué en cas de déficit familial en lipoprotéine lipases.

Le détournement de la thérapie génique à des fins de dopage présentent différents risques : choc viral, risque immunogène (anémie chez des primates ayant reçu le gène de l’EPO), risques mutagènes (leucémies par exemple).

Anecdote sportive : en 2006, un entraîneur d’athlétisme allemand a été soupçonné d’appliquer le dopage génétique. Ses mails révélaient, qu’il cherchait à se procurer du Repoxygen, un produit non encore commercialisé et en cours d’essais cliniques. Ce médicament ancrerait le gène de l’EPO dans les cellules des muscles, ce qui augmenterait la production d’EPO.

La publication d’une liste de 214 gènes liés à la performance sportive chez l’homme pourrait amener dans un avenir proche à la sélection de jeunes athlètes selon leur patrimoine génétique. Devenir plus grand, plus fort et aller plus vite tous les sportifs en rêvent.

6 réflexions sur “Les produits dopants qui améliorent la respiration, la récupération et qui limitent le stress

  1. De toutes façons le dopage aura toujours un temps d’avance sur les labo de dépistage car les formations professionnelle disposent de plus de moyens financiers que les labo d’où le décalage !!! Mais veut-on vraiment rattraper ce décalage ? Il y a tellement d’enjeu financier!!!!!

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