Le nombre de rugbymen recrutés à l’étranger en top 14, pro d2 et fédérale 1

Par Frédéric Bonnet

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La vitrine du rugby français : le top 14.

Comme je l’ai montré dans un article précédemment publié sur ce site (Les clubs du top 14 font-ils jouer les rugbymen qu’ils forment ?), nos jeunes joueurs formés en France ont beaucoup de mal à se trouver une place au « paradis » du top 14. A l’instar du championnat anglais de football, le top 14 est le plus riche des championnats de rugby de la planète, engraissé artificiellement par les sommes faramineuses des droits télévisuels de canal plus et par des mécènes devenus présidents-entrepreneurs. Il attire donc les meilleurs rugbymen du monde entier, venus à la fois pour les salaires proposés, mais aussi pour l’intérêt sportif proprement dit de notre compétition.  Les présidents impatients d’avoir des résultats à courte échéance et leurs entraîneurs rendus trop frileux sous la pression, prennent de moins en moins le risque de faire jouer les jeunes joueurs formés en France. Les joueurs espoirs ne peuvent pas s’aguerrir, comme autrefois, auprès de leurs aînés et au bout du compte c’est bien l’équipe de France qui en pâtit, comme d’ailleurs l’ équipe d’Angleterre de football. Les mêmes maux entraînent les mêmes effets. A plus ou moins long terme, la bulle financière, comme toute bulle, éclatera et les jeunes rugbymen retrouveront la place qu’ils méritent. En attendant, à minima, la LNR et la FFR pourraient laisser une place à nos jeunes rugbymen en pro d2, voire en fédérale 1. Ce n’est malheureusement pas le cas.

A ce stade, il faut préciser qu’il n’est nulle question dans cet article de prôner un nationalisme à la vue étriquée, nous parlons bien de jeunes joueurs formés en France de l’école de rugby, en passant par les pôles espoirs, jusqu’aux équipes espoirs. Il n’est donc pas question de nationalité. Par ailleurs, il n’est pas non plus question d’occulter l’ apport majeur en terme rugbystique et culturel, que peuvent apporter les joueurs étrangers dans nos clubs.

Le nombre de joueurs non formés en France de la fédérale 1 au top 14

Étonnement, le nombre brut de joueurs recrutés à l’étranger est similaire entre les trois divisions : 229 en fédérale 1, 224 en pro d2 et 234 en top 14, soit un total de 687 rugbymen. Toutefois, la moyenne par club est largement supérieure en top 14 (17,8 joueurs) et en pro d2 (13,8 joueurs), par rapport à la fédérale 1 (5,4 joueurs).

Le nombre moyen de joueurs non formés en France par poste

Les clubs choisissent très majoritairement de recruter des piliers et des troisièmes lignes à l’étranger (3,6 et 3,5 joueurs par club en top 14), ainsi que les trois quarts centres et les deuxième ligne (2,8 et 2,7 par club en top 14). A l’opposé, il semble que les présidents se tournent vers la filière française pour trois postes : arrières, demi de mêlée et talonneur (0,5 et 0,7 par club).

Focus sur la fédérale 1

Concernant les huit clubs qui peuvent postuler à une montée en pro d2 (Massy, Soyaux-Angoulème, Vannes, Nevers, Auch, Aubenas, Bourg en bresse et Romans), la moyenne de joueurs par club est de 7,8, environ deux fois moins qu’en pro d2 ou top 14. Toutefois, l’écart est sensible entre Nevers ou Massy (12 joueurs chacuns) et le « bon élève » Bourg en bresse (1 joueur).

Pour les autres, parmis les clubs toujours en course pour une qualification en phase finale de fédérale 1, Langon et Tyrosse (0 joueur) ou Oloron (1 joueur) sont les derniers bastions de résistance qui se tournent uniquement vers la formation française régionale. C’est aussi le cas de Lombez-Samatan, Anglet, Graulhet, Lavaur, Mauleon ou Agde, mais, à priori, ces clubs se battent plus pour ne pas descendre en fédérale 2.

Focus sur la pro d2

Bourgoin-Jallieu, par tradition ou par la force des choses, continue à miser sur la formation, de même que Montauban. A l’opposé, le LOU (21 joueurs), écurie « près top 14 », et le PARC ( 22 joueurs) fraîchement promu, se sont tournés vers l’étranger, avec des fortunes diverses…

Focus sur le top 14

Tous les clubs de top 14 pourraient quasiment aligner une équipe entière de joueurs recrutés à l’étranger, sauf Toulouse (14 joueurs). L’ASM n’est pas très loin avec « seulement » 15 joueurs. Mais l’écart avec les « mauvais élèves » que sont Agen et Montpellier (22 joueurs comme le PARC) ou Toulon et Grenoble (21 joueurs) est moins grand qu’en prod 2 (16 en pro d2, 8 en top 14).

Bilan

Pour un jeune joueur formé en France, ses chances d’être recruté par un club est très variable selon le poste qu’il occupe:

  • pour un pilier ou un deuxième ligne l’horizon commence à se boucher dès la fédérale 1 (1,3 et 1,25 joueurs recrutés à l’étranger par club), surtout dans un club visant la montée en pro d2.

 

  • Pour les troisièmes lignes et les ouvreurs, il y a encore des places en pro d2, mais cela devient plus difficile pour les centres et les ailiers, qui doivent de plus en plus se tourner vers la fédérale 1.

 

  • Pour un arrière, un demi de mêlée ou un talonneur, il est toujours largement possible de jouer dans un club de top 14.

 

En extrapolant à l’équipe de France, on risque dans un avenir proche d’avoir quelques problèmes pour trouver des successeurs à messieurs Mas et Papé.

 

Annexe 1 : Le nombre de joueurs non formés en France de la fédérale 1 au top 14 par postes et moyennes par club en dessous

Num du poste

1 et 3

2

4 et 5

6, 7 et 8

9

10

12 et 13

11 et 14

15

Totaux

F 1

53

1,3

17

0,4

50

1,2

35

0,8

9

0,2

13

0,3

24

0,6

19

0,4

8

0,2

229

5,4

Pro d2

46

2,8

17

1,1

36

2,2

37

2,3

9

0,6

14

0,8

31

1,9

27

1,7

7

0,4

224

13,8

Top 14

51

3,6

10

0,7

39

2,7

49

3,5

11

0,7

21

1,5

26

1,8

40

2,8

7

0,5

234

17,8

Totaux

150

2,1

44

0,6

125

1,8

121

1,7

29

0,4

48

0,7

81

1,1

86

1,2

22

0,3

687

9,9

 

Annexe 2 : Le nombre de joueurs recrutés à l’étranger par clubs en top 14

Clubs

Nombre de joueurs recrutés à l’etranger

Toulouse

14

ASM

15

Brive

16

La rochelle

16

Stade français

16

UBB

17

Castres

17

Oyonnax

18

Racing

19

Pau

20

Toulon

21

Grenoble

21

Agen

22

Montpellier

22

Total

234

17,8 par club en moyenne

 

Annexe 3 : Le nombre de joueurs recrutés à l’étranger par club en pro d2

Clubs

Nombre de joueurs recrutés à l’étranger

Bourgoin Jallieu

6

Montauban

8

Dax

10

USAP

11

Colomiers

12

Mont de marsan

13

Beziers

13

Aurillac

14

Biarritz

14

Carcassonne

14

Albi

15

Tarbes

16

Bayonne

17

Narbonne

18

LOU

21

PARC

22

Total

224

13,8 par club en moyenne

 

Annexe 4 : Le nombre de joueurs recrutés à l’étranger par club en fédérale 1

Clubs

Nombre de joueurs recrutés à l’étranger

Clubs

Nombre de joueurs recrutés à l’étranger

Massy

12

Auch

6

Nevers

12

Bergerac

6

Rouen

11

Lille

5

Macon

10

Castanet

4

Chambery

10

Saint nazaire

4

Chalon

9

Bobigny

4

Libourne

9

Valence d’agen

3

Limoges

9

Blagnac

3

Aubenas

9

Tulle

3

Grasse

9

Agde

2

Vienne

9

Anglet

2

Strasbourg

8

Graulhet

1

ROC

8

Lavaur

1

Saint médard en jalles

8

Mauléon

1

Soyaux Angoulème

8

Oloron

1

Cognac

7

Bourg en bresse

1

Rodez

7

Tyrosse

0

Vannes

7

Langon

0

Romans

7

Lombez samatan

0

La seyne

6

Total

229

Bagnères

6

Moyenne par club

5,4

27 réflexions sur “Le nombre de rugbymen recrutés à l’étranger en top 14, pro d2 et fédérale 1

  1. Super intéressant

    On pourrait réfléchir aux mesures incitatives possibles pour les jeunes joueurs talentueux français en F1 (couleurs de licence) et ProD2 (prêts)

    1. tout a fait d’accord mais ils faut que les dirigeants du rugby Français se sortent les doigts du … impérativement .Avec mes amis nous ne n’achetons plus de places dans les stades pour suivre un pauvre XV de France qui prend raclée sur raclée , tout cela parce les joueurs ne peuvent plus jouer en club à cause du nombre d’étranger . c’est vraiment le plus beau sport du monde qui se casse la figure en France . RVEILLEZ VOUS BON SANG

  2. Cette excellente analyse factuelle démontre que le rugby français courre à la catastrophe s’il ne redresse pas la barre! On ne fait plus confiance aux jeunes dans « le meilleur championnat du monde » . On est en train de faire comme les anglais avaient fait en foot avec un championnat de bon niveau et une équipe de France nulle. Il est temps de redresser la barre en imposant aux clubs du Top 14, de ne pas jouer avec plus de 3 « étrangers » par feuille de match!

  3. Bonjour, Pierre
    Excellent article sur la la prédominance du choix de l’étranger plutôt que de la jeune recrue. Le choix du joueur étranger se fait aussi parce qu’il est opérationnel et expérimenté au poste choisi , le temps de la patience est terminé on a besoin aussi maintenant de joueur capable non seulement de d’attirer les foules et les sponsors mais aussi de pouvoir tirer vers le haut une équipe mais ce choix est pernicieux au détriment de jeunes joueurs de qualité qui finissent par s’expatrier.
    En tout cas vous avez mon soutien.
    J’aimerais vous inviter à rejoindre mon groupe facebook https://www.facebook.com/groups/leclubdessupportersdutopquatorze/ voius y etes le bienvenu.
    Rugbystiquement votre et bonnes fêtes
    Thierry

  4. Merci , beau travail … édifiant aussi . Envoye le stp a la FFR en recommande´ … adresse 7 cité d
    Antin … c’est l’ancienne adresse et je crois qu’ils n’ont pas « bougé » depuis . Ça dort encore 😊. Amicalement . Jpe

  5. Super boulot !
    les masques tombent , c’ est un championnat international auquel on assiste dans les trois premieres divisions , la ou c’ est grave docteur c’ est la fédérale !
    Ainci des clubs comme Tyrosse et Langon féraillent face a des pros ! quelle équité ! sans parler des budgets !
    Oui je crois que l’ on tue le rugby !
    La fédé , la ligue ? ils en ont rien a cirer … y qu ‘ a voir les changements depuis la branlée de la coupe du monde ….. mais la soupe continue a être bonne jusqu’ a quand ?

  6. Bravo à vous, père d’un pilier gauche -droite espoir d’un club qui joue en poule 1( 11 feuilles de match sur 13). Pour votre information, il touche en argent pour sa dernière année espoir, après une réussite scolaire BAC BTS (en alternance) , pas de travail difficile de trouver un travail où tu ne travailles que le matin, les après-midi entraînements et le weekend match. Les contrats sont pour les étrangers …. Son employeur est pôle emplois pour 395 euros par mois, il vit dans un foyer jeune travailleur depuis 3 ans (12 M2).
    Les primes de match sont de 50 euros par match gagné qui lui sont déduits du tarif de sa licence qu’il n’a pu payer.
    Je lui ai laissé faire son rêve, mais à quel prix ?

    1. Et pourtant le mot espoir devrait signifier quelque chose. La richesse de ce rugby actuel ne va qu’à une minorité de joueurs : c’est le principe du capitalisme non redistributeur.

  7. re- bonjour ,
    Suite à notre entretien ce jour dans les tribunes de Musard , aussitôt rentré je suis branché sur votre site . Recherche efficace et plein feu sur le problème récurent des joueurs étrangers qui joue en France . A mon avis 2 vitesses : la première celle du Pro D2 et du Top 14 (qu’il faudra réduire à 10 / 12 clubs maxi pour le top 14 et 14 clubs pour la pro D2 ) Rugby spectacle à gros budgets et joué que par des joueurs professionnels étrangers ou pas . La deuxième vitesse est celle du milieu Fédéral avec des joueurs sortis des clubs et des filières des Equipes de France de jeunes pour composer le Quinze de France avec des joueurs de 18 à 23/25 ans maxi sous contrat fédéral payés par la Fédération . Au terme des 23/25 ans ou si place en Pro , les joueurs pourraient casser leur contrat .
    Il faut re-valoriser les championnats Fédéraux (3,2,1) pour re-hausser les niveaux et avoir des équipes nationales de qualité composées par nos jeunes français qui se sentiraient redevables envers l’institution .
    Oui çà semble utopique mais je veux y croire .

    1. Très bonne idée qu’à déjà évoqué l’entraîneur de romans M.Nier. Est ce que je peux vous citer si je fais un article de synthèse des réactions des lecteurs.

  8. Très bon article.
    Je propose donc de passer du top 14 au top21 sans matchs aller retour. Avec 2 descentes, cela engendrerait un « ventre mou » plus large et moins de frilosité pour faire jouer des jeunes dont la présence sur les feuilles de match serait valorisée financièrement.
    Plus de championnat espoir mais une intégration dans les championnats fédéraux pour les équipes réserve… Comme dans les autres sports en somme!!!
    Et pleins d’autres propositions pour laisser de la place à nos jeunes, comme l’instauration de provinces en coupe d’Europe par exemple.
    A vos idées!!!

  9. Superbe analyse et très réaliste mais vous touchez trop du doigt les intérêts personnels et financiers de beaucoup trop de monde. Le rugby français est mort oui pour les étrangers mais que 5 par feuille de match

  10. Belle article mais tout de même, quand j observe les derniers sélectionnés en FranceA, ben arous, jedrasiak, camara, danty, fickou, la branche n est pas encore pourri , la formation va payer

  11. Les stars étrangères du top 14 amène l’argent des droits télé de Canal plus , argent réparti entre le top 14 et la ProD2. On peut se demander alors à quoi servent des étrangers au niveau moyen en ProD2…. La réglementation ne devrait-elle pas être beaucoup plus stricte en proD2 qui se nourri déjà de l’argent amené par les droits télés ?

  12. Bonjour je suis d’accord avec vous sur le nombre de joueurs étrangers, il est énorme. Nous sommes plusieurs éducateurs, entraineurs à passer du temps sur les terrains, afin de faire évoluer les futurs joueurs à un niveau plus haut. Certains jeunes sont déjà vigilants sur le fait de cette recrudescence des joueurs étrangers. N’est il pas temps de changer, peut être les idées anciennes (je ne parle pas des dirigeants de la fédé ou de la ligue), et de revoir les calendriers? Ou de faire comme en Nouvelle Zélande, un championnat ou les provinces ne risquent pas de descendre, et ainsi limiter le nombre de joueurs étrangers? Créer une division inférieur pour les clubs moins dotés? Peut être que cela permettrait de dépenser moins d’argent pour les clubs? De mettre en valeur aussi les entraineurs ou éducateurs formés?

  13. Deux solutions peuvent permettre de faire jouer des jeunes français .
    Tout d’abord instaurer un championnat top 14 avec des descentes SEULEMENT tous les 3 ans. (Plus de spectacle et plus de jeu).Cela permettrait aux clubs d’avoir moins de pression, plus de sérénité et de pouvoir intégrer et préparer des jeunes joueurs sans trancher dans l’urgence de recruter des étrangers
    Deuxième proposition : pourquoi ne pas engager une équipe de France des -20 ans appelée Marcoussis ou autre dans le championnat Pro D2.
    Cette équipe se maintiendrait quoiqu’il arrive à ce niveau et ca permettrait d’une part de former et d’endurcir ces jeunes dans un championnat dur et de les préparer à jouer plus haut. Les clubs de top 14 pourraient puiser alors dans ce réservoir au lieu de recruter des joueurs étrangers.
    Philippe BERNADET
    philippebernadet@orange.fr

  14. il s’agit même du sport éducatif en général qui est mal On tyrouve du fric pour des exotiques mais rien pour les écoles de rugby Un ancien ministre qui veut être président de la FFR qu’a -t-il fait pour développer la pratique sportive ? supprimer des postes c’est tout; alors n’attendons pas de miracles et le parcours sera déclinant

  15. Analyse Révélatrice;
    Combien de chances de jouer en stop 14 Pro D2 ou F1 possède un pilier Droit de 20 ans issu d’un centre d formation ?
    Compte tenu des places libérées par les retraités et celles occupéees par les étrangers le pourcentage de chances doit être dérisoire.
    Ces jeunes joueurs sont ils prévenus de celà ? ce serait indécent de les laisser rêver
    à une carrierre professionelle.
    Comme nous avons 577 députés à l’assemblée nationale ils auraient plus de chance d’essayer une carrière politique.

  16. et voici pourquoi la France ne sera jamais championne du monde et ne fera jamais plus de Grand Chelem !!! c est une honte pour nos jeunes joueurs .A BAS LE FRIC

    youl

  17. Cet article montre bien que le rugby français court à sa perte. A quelque niveau que ce soit Top 14 ou même fédérale 1,2 et 3 les postes sont occupés par des étrangers. Les britanniques qui sont beaucoup plus pragmatiques que nous l’ont bien compris en limitant le nombre d’étrangers dans chaque club et on voit que les résultats sont probants. En France on continue dans une course éffrénée à l’embauche d’étranger et les résultats sont tout à fait probants, puisque lors de chaque confrontation internationale nous ne cessons de régresser, puisque nos jeunes ne peuvent plus prouver leur valeur en jouant régulièrement.

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