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Les compléments alimentaires protéines : un leurre qui cache la prise d’anabolisants

Par frédéric Bonnet

Merci à mon ami Sètois de la garrigues, qui se reconnaitra.

 

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Personne ne l’a relevé, mais parmi les restrictions de World Rugby à la candidature de la France pour l’organisation de la Coupe du Monde de Rugby 2023, figurait la trop grande judiciarisation du dopage en France. En clair, laissez les joueurs se doper tranquillement, l’important c’est le spectacle. 

Il y a une concordance de plus en plus frappante entre la mode de la médecine anti-âge et la prise de compléments alimentaires. Rien de plus logique puisque dans les deux cas  le but est de dépasser les limites physiologiques. Dans les années 80, les entreprises commercialisant les stéroïdes anabolisants utilisaient les stars du cinéma (Stallone, Schwarzenegger ou Van Damme) pour faire la pub de leurs produits.

Rien n’a changé 40 ans après, sauf que ce sont désormais les joueurs de rugby bodybuildés qui font la promotion de compléments alimentaires. Or, même si ces produits ne sont toujours pas considérés comme illégaux, ils posent plusieurs types de problèmes.

Les compléments alimentaires et les différentes boissons d’efforts sont devenus très à la mode ces dernières années : pour lutter contre le cancer, pour mieux bronzer, pour éviter la chutes des cheveux, pour lutter contre la fatigue…Selon les publicités ces produits sauraient tout faire ! De fait, la prise de ces produits concerne la société toute entière. Sur 40 0000 allégations nutritionnelles recensées par l’Agence Européenne de sécurité des aliments, 99,5 % seraient une tromperie commerciale : donner des ailes, énergie explosive, densité musculaire…

En fait, la prise de compléments alimentaires protéinés est souvent un leurre pour dissimuler la prise d’anabolisants stéroidiens ou non. On sait en effet que ceux-ci n’ont d’effets (prise de masse musculaire de 10 Kg en quelques mois) qu’ à 3 conditions :

  • apport calorique suffisant,
  • supplémentation en protéine,
  • et bien entendu travail physique intense en parallèle.

Selon une étude de l’antenne médicale de prévention du dopage du Languedoc Roussillon, en 2006 le marché mondial des compléments alimentaires représentait 200 milliards de dollars. En 2009, 15 % des hommes et 28 % des femmes en consommeraient au moins trois jours par semaine, depuis plus d’un an.

De plus en plus, on retrouve une convergence entre les marchés de la drogue et du dopage. Une des entreprises des USA les plus connue, et rentable, qui commercialise actuellement des compléments alimentaires a commencé son essor en fabriquant (dans un laboratoire clandestin au Mexique) et en exportant des stéroïdes anabolisants partout dans le monde.

Ces produits peuvent comprendre des sels minéraux, des vitamines, des micro-nutriments, des extraits d’herbes ou d’organes et enfin des produits d’origine synthétiques divers. Les besoins naturels en divers nutriments sont normalement couverts par une alimentation équilibrée.

Il n’a jamais été démontré un quelconque besoin accru en micro-nutriments proportionnellement à la dépense énergétique. Les sociétés commercialisant les différents produits sur le marché font références à de pseudo-études scientifiques.

De fait, on ne peut vouloir prendre du poids sans perdre de vitesse, une alimentation bien équilibrée selon les périodes de la saison pour couvrir les besoins spécifiques des joueurs est suffisante

Premier problème : Ils ont de nombreux effets indésirables.

Entre décembre 2008 et octobre 2015, 282 signalements d’effets indésirables par des médecins, des pharmaciens ou des diététiciens ont été reçus par l’ Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES). Les effets les plus fréquents étaient des troubles hépatiques, cardiovasculaires (tachycardie, arythmie, AVC), des troubles gastro-intestinaux, des allergies ou des maladies neurologiques et psychiatriques (troubles anxieux et troubles de l’humeur).

Selon le docteur Victor Navarro, titulaire de la chair d’hépatologie du Centre Médical Einstein à Philadelphie, ces produits seraient responsables de 20 % des effets indésirables hépatiques (DILIN) induits par des médicaments.

Ces produits qui se présentent sous forme de gélules, pastilles, gouttes … ne sont malheureusement pas des médicaments. Malheureusement, car s’ils le devenaient le contrôle de leur prescription et de leur dangerosité serait assuré plus efficacement.

Les substances les plus souvent incriminées sont celles censées augmenter la masse musculaire comme la créatine (voir plus bas), les protéines de lait (lactosérum et caséines), la DHEA (Déhydroépiandrostérone) et celles dites « brûleurs de graisse » comme la choline et la L-carnitine, sans oublier les stimulants comme la caféine ou les amphétamines.

Deuxième problème : leur contenu, leur efficacité et leur nocivité ne sont pas testés par la FDA (Food and Drugs Administration) ou l’ANSES.

En clair, entre les substances indiquées sur la notice et la réalité des produits présents, il y a souvent un monde. Des analyses effectuées sur 203 produits différents et commercialisés légalement dans le monde, chez 1268 patients de 2003 à 2016 par le NCNPR (National Center for Natural products Research) de l’Université du Mississippi, révèlent que 80 % des produits utilisés pour prendre de la masse musculaire (dont 50 % d’entre eux contenaient  des stéroïdes anabolisants) et 72 % de ceux pris pour perdre du poids sont frelatés. Rappelons aussi que selon le CIO en 2005, 15 % des compléments contennaient des substances dopantes non mentionnées sur la notice.

Le risque de prendre une substance potentiellement toxique ou illégale ou les deux est donc très élevé. A ce jour, l’efficacité de la législation française à propos de certains produits recommandés (la norme AFNOR NF V 94-001 est censée garantir la qualité, la composition et l’absence de contamination de ces produits) est loin d’être prouvée. Elle ne protège les joueurs que dans la mesure où ils ont toujours été systématiquement blanchis après l’avoir brandi au nez de leurs juges, même si le produit contenait une substance dopante.

Ce n’est pas le cas des produits que l’on peut se procurer sur internet ou dans certains pays étrangers. Dans tous les cas, l’alternative à la prise de ces produits très couteux reste une alimentation variée et équilibrée.

Quelques rappels : Les apports en une seule vitamine entraine des déséquilibres, c’est les cas aussi pour les sels minéraux (douleurs digestives pour le magnesium, infarctus du myocarde et cancers pour le fer par exemple), certaines plantes sont toxiques à doses élevées particulièrement les phytooestrogènes qui entraient des cancers des testicules, de la prostate notamment, la vitamine A ou rétinol est nocive en cas de grossesse, la Vitamine D peut entrainer des cancers du sein, le Gingko, le fer, le calcium, le Millepertuis, le magnésium entraîner des interactions dangereuses avec certains médicaments, la levure de riz rouge entraine des douleurs musculaires violentes et des atteintes hépatiques, la p-synéphrine entraine des hépatites, des hyperphosphorémies, des insuffisances rénales, des tachycardies, des syndromes anxieux…

Anecdote sportive : selon les études, 44 à 100 % des sportifs en consommeraient régulièrement. Une étude réalisée de 2001 à 2002 sur 634 compléments alimentaires venant de 13 pays différents montre que 15 % d’entre eux contient des stéroïdes anabolisants.

Cette année, un joueur de football de Liverpool n’a pu être sélectionné en équipe de France pour participer à la coupe d’Europe pour avoir été contrôlé positif à l’higénamine (ou norcoclaurine), un bêtastimulant brûleur de graisse, après avoir ingéré des compléments alimentaires. Dans le passé, Diego Maradona avait été condamné pour les mêmes faits à15 mois fermes et 15400 euros d’amende. Il faut savoir que ces brûleurs de graisses sont surtout utilisés pour leur effet stimulant améliorant le temps de réaction, la vitesse de démarrage, la lecture du jeu, la vista et la détente verticale.

Dans le même genre, un produit fait fureur dans certains vestiaires avant les matchs : le boosterJack3D. Il faut dire qu’en plus des substances habituelles, le »no1 des vasodilatateurs » du marché américain des compléments alimentaires contient de la créatine, de la caféine à forte dose et surtout de la DMAA ou geranamine (1,3-diméthylamylamine) un psycho stimulant proche de éphedrine.

Cas particulier 1 : la créatine

C’est un acide aminé naturel présent dans les fibres musculaires et le cerveau, qui joue un rôle essentiel dans l’apport d’énergie aux cellules musculaires et dans la contraction musculaire. Elle est présente dans l’alimentation protéinée (viande, poissons), mais elle est aussi fabriquée par le foie à partir d’autres acides aminés. Pour être active, elle doit être phosphorylée au niveau du muscle : elle constitue alors une source énergétique musculaire pour répondre aux efforts intenses et brefs. Elle fut utilisée dans les années 90 dans les milieux culturistes suite à des publications scientifiques. Elle est prise par voie orale ou en injection. A 20 ou 30 g de créatine par jour pendant une ou plusieurs semaines, soit 10 fois la quantité utile et nécessaire pour le corps, on estime que cela revient à manger 4 à 5 kg de viande par jour ! Du fait de son utilisation récente, on manque encore de recul concernant ses effets à long terme. mais de nombreuses études ont montré l’inefficacité d’une supplémentation en créatine, tant sur la puissance maximale développée que sur les sensations de fatigue musculaire ou la récupération.

Par contre ses effets indésirables pour le corps commencent à être mieux connus :

déchirures musculaires
rétention d’eau
problèmes rénaux majorés par les injections (néphropathie, insuffisance rénale)
problèmes cardiaques
irritations gastriques et diarrhées

Anecdote sportive : alors que je travaillais dans un service de pharmacovigilance (service qui collecte les témoignages d’effets indésirables des médicaments et d’autres substances), je reçu le coup de téléphone du médecin d’un club de rugby de première division française. Il voulait savoir si la créatine pouvait entrainer des diarrhées, la moitié de son équipe ayant été affecté en plein match de ce désagrément digestif…

Les athlètes de l’Antiquité tentaient d’augmenter leur force physique en consommant différents types de viande selon leur sport : les sauteurs de la chèvre, les pugilistes du taureau, les lutteurs du porc gras…

Cas particulier 2 : la caféine et ses apparentés

C’est un alcaloïde qui appartient à la famille des xanthines. Dans le café, la caféine est trois fois plus concentrée que dans le thé. A petites doses, la caféine améliore les perceptions sensorielles et a une action stimulante.

Elle produit aussi une vasodilatation des coronaires qui améliore le fonctionnement du coeur et elle épargne l’utilisation du glycogène à l’effort, ce qui entraine une plus grande utilisation des graisses circulantes.

A fortes doses par contre, la caféine provoque des palpitations, voire des tachycardies, des tremblements, des angoisses et des insomnies.

Pour les contrôles antidopage, le seuil de concentration urinaire en caféine a été fixé en 1986 à 12 microgramme par millilitre : ce qui équivaut à l’absorption de 8 litres de café par jour ! Ces concentrations évoquent donc plutôt des injections de caféine, donc une « forme » de dopage.

Parmi les autres molécules stimulantes proches de la caféine, on trouve l’oxymétazoline (autorisée à usage local), l’amineptine, l’amiphénazole, le carphédon, la fencamphamine, le mésocarbe, le pentétrazole, le pipradol ou la terbutaline.

Anecdotes sportives : 

Jacques Anquetil, coureur cycliste, a déclaré, en 1967 au journal miroir du cyclisme, préférer se faire une piqure de caféine plutôt que de boire trois tasses de café, qui lui feraient mal au foie…

Selon le quotidien Sport Bild, en 2016, un tube de Guronsan (un tube contient 15 comprimés, chaque comprimé contient 50 mg de caféine) aurait été retrouvé dans le vestiaire des bleus après leur demi finale contre l’Allemagne lors de l’Euro en France. Ce médicament antifatigue n’est pas interdit, mais figure sur une liste de surveillance pour apprécier son mésusage.

Cas particulier 3 :

L’higénamine ou norclaurine (HIC) fait partie des composants des plantes comme la Tinospora crispa qui poussent dans les forêts tropicales ou mixtes à feuilles caduques en Asie et en Afrique. On la retrouve dans des compléments alimentaires * développés et commercialisés comme « brûleurs de graisses ».

Elle agit sur les récepteurs bêta adrénergiques et stimule le système cardia-respiratoire, le système nerveux central et augmente la masse musculaire.

Elle est utilisée à forte dose par le monde sportif pour son action d’augmentation de la lipolyse (brûleur de graisse) et de la thermogenèse. On en retrouve alors dans les urines en cas de contrôle antidopage.

Toutefois, la vrai raison de son utilisation chez les sportifs est tout autre : elle est surtout utilisée pour son effet stimulant, améliorant le temps de réaction, la vitesse de démarrage, la lecture du jeu, la vista et la détente verticale. En gros, toutes les prises d’information sont accélérées.

Attention, cette substance a des effets indésirables : tremblements, hypokaliémie, tachycardie, troubles du rythme cardiaque, ruptures tendineuses et musculaires.

L’higenamine n’est pas une nouvelle venue dans le marché international des molécules dopantes. Déjà en 1994, Diego Maradona avait été lourdement sanctionné avec 15 mois de prison, 15 400 euros d’amende et une exclusion de la coupe du monde de football après un contrôle antidopage positif à un brûleur de graisse à base d’ephedrine.

La lutte contre le mésusage de cette substance régresse ! L’année dernière un footballeur français et un marcheur chinois (qui remportera ensuite le titre olympique de marche sur 20 km à Rio) ont été condamné à une suspension provisoire de 30 jours pour les mêmes raisons ! 

Les sportifs devraient se tenir au courant en permanence des risques qu’ils prennent en ingérant diverses substances pour améliorer leurs performances sportives. En effet en 2017, l’higenamine apparait citée dans le groupe des bêta 2-agonistes interdits en compétition et à l’entrainement : Fénoterol, formoterol, higénamine, indacaterol, olodaterol, procaterol, reproterol, salbutamol, terbutaline et vilanterol.

La lutte contre le dopage dans le Rugby ne passera que par la prévention et l’information des sportifs et par la sensibilisation de leurs entraineurs, éducateurs et préparateurs physiques. 

Les victimes du dopage sont toujours à moyen terme les joueurs. Tout simplement parcequ’ils détruisent leur santé avant même l’âge de 40 ans. 

* On retrouve cette substance notamment dans un produit dénommé « dyno ». Mais attention, il y a des substances apparentées dans d’autres produits commercialisés.

  

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3 Commentaires

  1. La norme AFNOR ne protège pas malheureusement les sportifs qui cherchent des compléments sans substances dopantes. Elle est dite « auto déclarative », ce qui permet à une marque de pouvoir s’auto labelliser clean sans avoir été certifié par un organisme tiers et indépendant comme pour le bio. Triste réalité qui permet à des loups de rentrer dans la bergerie. Il existe un organisme français tiers et indépendant qui propose un label de confiance mais également le statut antidopage de tous les médicaments vendus légalement en France. Plus d’excuses pour ceux qui se font prendre. On peut donc auto vérifier ce que l’on ingère pour se soigner ou se complémenter.

  2. Cafés , 1 ou 2 Guronsan et Saintol sur les manches des maillots : c’était le « coup de pieds aux fesses » pour le match du dimanche aprés midi !!!. Surement moins nocif que ces produits cités ci-dessus mais sur le principe c’était pareil !!!

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