Les blessures des rugbymen : le cas particulier des joueurs semi-professionnels

Par Frédéric Bonnet

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La blessure au genou, une hécatombe pour nos joueurs.

Les règles du rugby international évoluent dans le sens du « tout spectacle » au détriment de l’esprit du jeu de rugby (solidarité, combat collectif, courage, respect et amateurisme) et surtout de la santé des joueurs. Les blessures des joueurs sont le fléau le plus alarmant du rugby. A la veille de la reprise du championnat de France de Fédérale 1, qu’en est-il des risques spécifiques encourus par les joueurs semi-professionnels ?

Généralités sur les blessures des rugbymen 

Les blessures ont provoqué le doublement des cas d’abandon du rugby en seulement 8 ans. Sur l’ensemble d’une saison plus d’un tiers des effectifs de clubs du top 14 jusqu’à la fédérale 1 sont blessés.

Selon une étude de l’observatoire FFR-LNR, qui portait sur le nombre de blessures de rugbymen pro en 3 ans, de la saison 2012/2013 à la saison 2014/2015, l’augmentation des sorties définitives d’un match pour cause de blessure a augmenté de 40% en 3 ans.

Le baromètre de la santé de l’institut national de la prévention et de l’éducation pour la santé a évalué que le rugby représente 6 % des accidents de sport avec recours au soin, loin derrière le foot.

L’INVS a calculé que 43 % des accidents sportifs provient de la pratique de sports collectifs. Parmi ceux ci, le foot et ses très nombreux licenciés, représente la grande majorité des blessures (70 %), le basket 10 %, le rugby seulement 9 %, le hand 7 % et le volley 3 %.

Pour autant dans un pays comme la Nouvelle Zélande, où le nombre de licenciés de rugby est supérieur à celui des footballeurs, le taux d’incidence des blessures des rugbymen 2,8 blessures par joueur par saison et 130 blessures pour 1000 h de match est beaucoup plus élevé que celui des footballeurs 1,8 blessure par joueur par saison et 48 blessures pour 1000 h de match, selon une étude datant de 2001.

De la coupe du monde 1987 à celle de 2011, le temps de jeu des joueurs dans un match est passé de 21,12 minutes à 37,35 minutes et il devrait atteindre les 50 minutes en 2019. Les phases de conquête collective du ballon ont régressé fortement : de 40 à 30 touches par match en moyenne et de 44 à 14 mêlées.

Au contraire, le nombre de rucks, ou mêlées ouvertes, et de placages ont explosé : de 57 à 134 pour les rucks et de 160 à 282 pour les placages.

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Jean Pierre Rives, troisième ligne emblématique du Stade toulousain et du Quinze de France.

La blessure typique des années 70-80 : les saignements abondants et spectaculaires de Jean Pierre Rives
Ce changement radical dans la nature et l’esprit du jeu entraine une évolution des blessures des rugbymen, qui rappelle celle des footballeurs américains.

Rappelons qu’en 1993, la durée de vie moyenne d’un joueur de NFL était de 55 ans. L’attirail censé les protéger, casques, protège épaule etc., est aussi efficace que du Mercurochrome sur une jambe en bois.

Revue épidémiologique des traumatismes liés à la pratique du rugby de 1995 à 2008

Selon les études épidémiologiques, en moyenne, le nombre de blessures ayant entrainé une sortie du définitive du match et un arrêt lors du match suivant varie de 16 à 74 pour 1000 heures de match (soit 12,5 matchs).

De manière générale, le taux d’incidence des blessures est plus élevé pendant un match qu’à l’entrainement.

Le plus surprenant est que la survenue de blessure est plus fréquente chez les semi pro (fédérale 1 par exemple), que chez les pro. Par contre, elles sont naturellement plus fréquentes chez les pros que chez les amateurs (l’intensité des matchs et le gabarit des joueurs étant moindre chez les amateurs).

Les semi pros, au statut intermédiaire, seraient moins bien accompagnés et préparés que les pros, alors même que l’intensité des chocs serait assez proche de celle des professionnels.

Les semi pros se blessent plus en première mi-temps et en deuxième partie de saison, tandis que l’on ne retrouve pas de différence chez les pros selon la période de la saison.

En général, les blessures proviennent d’une phase de placage et ce sont les joueurs plaqués qui se blessent le plus : les lésions musculaires sont les plus fréquentes ; chez les pros et les amateurs on retrouve plus de trauma à la tête et au cou

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; chez les semi pros des traumas aux membres inférieurs.

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Toutes ces différences significatives sont un atout non négligeable pour affiner les campagnes de prévention des blessures des rugbymen.

Le cas particulier de la fédérale 1 (joueurs semi pros)

Une étude prospective a évalué les accidents traumatiques des joueurs semi pros du championnat de France de fédérale 1 pendant la saison 2005-2006 (F.Pillard). Comme chez les pros ces dernières années, les blessures les plus fréquentes étaient des traumas du genou (entorses latérales du genou), des traumas de la cheville (ligament latéral externe) et des traumas musculaires (membres inférieurs).

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Les joueurs les plus touchés étaient les piliers, les troisièmes lignes ailes et les trois quarts.

Seules 16 % de ces blessures faisaient suite à un jeu irrégulier ou une brutalité. Une preuve supplémentaire que ce sont bien les règles du rugby qu’il faut changer, afin de diminuer le nombre et la gravité des blessures.

Pire, 22 % des joueurs ont repris le match blessés !

Les blessures étaient majoritairement dues à des phases de ruck et de placages.

Enfin, le nombre de blessures ayant entrainé :

  • un arrêt d’au moins 8 jours était de 42,1 pour 1000 h de match.
  • et un arrêt d’au moins 1 mois de 30,2 pour 1000 h de match. 

Conclusion

Les blessures des rugbymen sont un des fléaux du rugby moderne. Cette plaie ne concerne malheureusement pas que les joueurs très médiatiques du Top 14. Au contraire, les joueurs semi-professionnels de la fédérale 1, voire de la fédérale 2, sont les plus touchés.

Encadrement médical moins pointu, préparation physique plus aléatoire, encadrement des joueurs plus lâche, déséquilibre flagrant entre le niveau des équipes, mais intensité des matchs de plus en plus importante, tous les ingrédients d’une aggravation de la situation sont présents.  

Il existe pourtant quelques solutions : 

  • structurelles, avec la réforme des championnats fédéraux
  • médicales, en tenant compte des spécificités des blessures des joueurs semi-pro. Etre plus vigilant en première mi-temps et en deuxième partie de saison, mieux préparer les joueurs occupant un poste à risque (piliers, troisième ligne aile et trois quarts), particulièrement au niveau des membres inférieurs (chevilles et genoux).

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Une réflexion sur “Les blessures des rugbymen : le cas particulier des joueurs semi-professionnels

  1. Tres bonne analyse on peut rajouté l’hygiene de vie les soins de recupérations abscente chez les amateurs la durée de leur trajet énorme en F1 les testes médicaux pompes à fric et incohérent la qualité de la bouf l’eau polué .Le nombre affolant de pupalgie !? Les pros qui joue àmateur pr le chomage !? Ect..il y du taf …voila bonne continuation.

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