rugby XV de France

Le crépuscule du rugby français

Pour une refondation du modèle rugbystique français

Par Frédéric Bonnet

Ou comment sauver le XV de France de l’effondrement et par conséquent le rugby français.

Faire cause commune

Le rugby français est malade. Pour soigner une maladie, le célèbre médecin Hippocrate pronait la recherche de la cause des causes.

Autrement dit, pour soigner le mal du rugby français, inutile de s’attaquer aux conséquences (dopage, blessures, chute du XV de France, chute du nombre de licenciés, disparition du double projet rugby-études, raréfaction du nombre de joueurs éligibles au XV de France titulaires en clubs, absurdité financière du championnat fédéral, disparition des clubs formateurs, contestation perpétuelle des arbitres par les joueurs, nullité du jeu pratiqué par les clubs du TOP 14, perte de personnalité des joueurs et du jeu des clubs …), inutile aussi de s’en prendre aux causes diverses et multifactorielles. Pour un problème réglé, dix autres surgissent.

Il faut s’attaquer à la cause déterminante, la mère des causes, celle qui détermine toutes les autres : la néolibéralisation du jeu de Rugby, sa financiarisation, son modèle structurel qui repose sur le binome Canal plus et la Ligue Nationale de Rugby.

Puisque les gouvernants successifs du rugby français n’ont fait que l’enfoncer depuis qu’ils ont ouvert la boite de Pandore du professionnalisme, il faut faire désormais cause commune.

Puisque les intérêts particuliers de 30 clubs professionnels et d’une dizaine de prétendants l’ont systématiquement emportés sur ceux de la grande masse anonyme de bénévoles et de joueurs qui font vivre, par passion, le rugby français, il faut leur enlever leur pouvoir.

Puisque le rugby est un bien commun à partager équitablement, il faut fédérer toutes les diversités et les idées dans un projet fédéral commun : une nouvelle fédération.

Le constat est clair, accablant et de plus en plus partagé, même par les plus récalcitrants à vouloir réformer le CAC 14. Il faut dire que la déliquescence du XV de France commence à entacher l’ensemble du rugby français, y compris donc la LNR. Les abonnés-rugby de Canal Plus vieillissent et sont de moins en moins nombreux, l’attractivité de la valeur rugby décroit à mesure que les joueurs se footballisent, les affluences stagnent ou refluent, bref la côte du rugby spectacle baisse. Il est temps d’agir. Question : comment et pour aller où ?

A l’image de la société française toute entière, deux tendances ou volontés politiques s’affrontent ou vont s’affronter :

– les réformistes, proches de la politique ultra libérale, verticale et autoritaire du gouvernement actuel, qui pousseront à rabattre quelques cartes pour mieux asseoir le rugby business, défendre les intérêts et les avoirs de la LNR.

– les révolutionnaires, qui voudront changer le jeu de carte en s’appuyant sur les idées et les compétences de la centaine de milliers de licenciés de la FFR, en ajoutant de l’horizontalité à la gouvernance du rugby français. La refondation du rugby français ne peut s’entendre sans que l’initiative soit redonnée aux citoyens du rugby.

Donner la possibilité à tous les intervenants du jeu de Rugby français d’exprimer leur point de vue est un préalable indispensable.

Dans le cas contraire, il y a fort à parier que sans un soulèvement ovale à priori improbable, la pensée réformiste l’emporte. Les dérives contemporaines du rugby français ne feront que s’aggraver. Au mieux, la chute sera un peu plus lente et le XV de France stagnera en deuxième division internationale.

L’effondrement du XV de France, symptome de la faillite du modèle rugbystique français

Les résultats calamiteux du XV de France sont le symbole de la décrépitude du rugby français. Le TOP 14 de la LNR n’est que l’arbre qui cache la forêt clairsemée du rugby français. Alors, il est remps de donner la parole au peuple ovale. Celui qui connait le rugby pour le pratiquer, l’avoir pratiqué, l’organiser, l’aimer et le promouvoir semaines après semaines.

On peut résumer l’histoire des bleus en XIII ACTES. Depuis 2008, le pourcentage de victoires du XV de France ne fait que chuter pour atteindre sous l’ère Brunel un niveau équivalent à celui des années 1919-1930 : 26 %. Incriminer les joueurs ou le sélectionneur est démagogique et malhonnête intellectuellement. CES RESULTATS NE SONT QUE LES CONSEQUENCES LOGIQUES DU MODELE RUGBYSTIQUE BICEPHALE FRANCAIS. Changer les hommes, sans changer le modèle, c’est reproduire éternellement les mêmes inepties.

Pour rappel :

Pourcentage de victoires du XV de France en XIII actes : Montée en puissance

ACTE I 1906-14 ACTE II 1919-30 ACTE III 1932-39 ACTE IV 1945-50 ACTE V 1951-58 ACTE VI 1959-70
NaissanceProgressionExclusionRenouveauPoursuiteGrand Chelem
3,6 %26 %76,2%*53,8 %61,2 %55,9 %

* le XV de France ne joue que contre des nations mineures

Pourcentage de victoires du XV de France en XIII actes : Lente dégringolade

ACTE VII 1971-1980 ACTE VIII 1981-1989 ACTE IX 1990-01 ACTE X 2002-07 ACTE XI 2008-11 ACTE XII 2012-15 ACTE XIII 2016-
Barbarians Fouroux entraineur Maintien du haut niveau Apogée Chute   DéclinEffond-rement
53,2%61 %62,4 %63,9 %55 %48,2% 30,5 %

Quand va-t-on enfin reconstruire le modèle rugbystique français ?

Revenir à un amateurisme, même marron, seul garant de l’esprit du jeu de Rugby est peut être utopique. S’inspirer et adapter les solutions trouvées par les nations phares du rugby mondial est tout de même plus facilement envisageable. f

Les problèmes du XV de France sont la résultante inéluctable de la mise en place il y a plus de 20 ans du modèle bicéphale de gouvernance du rugby français. Ce modèle entériné par la ministre des sports de l’époque Mme Buffet comprend deux entités aux intérêts divergents voire opposés. La LNR immensément plus riche que la FFR a progressivement pris le pouvoir. Seul le gouvernement a le pouvoir non pas de rebattre les cartes du jeu, mais de changer les règles du jeu.

Des mesures urgentes pour sauver le xv de France sont vitales. Des mesures qui sont comme de petites victoires amenant à un grand dessein : redonner du sens au jeu de Rugby.
1 Continuation du projet de retour du rugby dans les écoles primaires en passant par une forme de rugby adaptée (toucher 2 secondes, jeu au contact…), développement du rugby universitaire via le rugby à 5 ou à 7.


2 Repositionnement de la FFR et de la DTN à la tête du rugby français. La FFR doit être la seule à employer les joueurs de rugby. Les clubs ne devraient que les faire jouer et les entraîner comme en Nouvelle Zélande ou en Irlande.


3 Diminution drastique (3 par feuille de match) du nombre de joueurs non éligibles au xv de France en top 14, pro D2, fédérale (la règlementation européenne et les accords de Cotonou peuvent être contournés juridiquement grace au concept de joueur formé localement du Conseil d’Etat du 8 amrs 2012 ).


4 Remise en cause de la délégation (tous les quatre ans) de la LNR faite par la FFR. Les intérêts du xv de France et du rugby en général sont plus importants que les intérêts particuliers des clubs.


5 Continuation du projet de la FFR de déploiement de conseillers techniques de rugby pour harmoniser, sans uniformiser, la formation française.


6 Instauration d’une continuité entre les différents sélectionneurs du xv de France.


7 Obligation du Double Projet chez tous les joueurs. Rugby plus boulot ou études.

Au delà de ces mesures , c’est d’un projet global qu’a besoin le rugby français. Un projet qui inverse la tendance : remettre le XV de France au centre, les clubs n’étant là que pour le servir. Vaste chantier.

Renaissance ou comment le refonder ?

En s’inspirant des autres modèles sportifs contemporains et en les adaptant à la grande spécificité de l’Ovalie française : un rugby de clubs. Bref, trouver une quatrième voie entre :

  • le richissime système américain ultralibéral de clubs franchisés et de ligues fermées (pas des descentes ni de montées). Un système qui met les clubs-marques au coeur avec toutefois des ajustements quasi « soviétiques » : droit de grève des joueurs (lock out), sport universitaire très développé, salary cap draconien et luxury tax en cas de fraude ou système de redistribution des talents et des richesses (draft). Là, où c’est l’argent qui fait la loi en Europe pour attirer les stars, la draft (conscription sur tirage au sort des meilleurs joueurs universitaires, championnat en fait professionnel des meilleurs espoirs) joue ce rôle aux USA.
  • le système pyramidal étatique en France et provincial (landers) en Allemagne, avec à la base les clubs amateurs et en haut l’élite professionnelle. Proches de ces systèmes, les modèles Néo Zélandais et irlandais sont particulièrement interessants. Leurs fédérations sont les employeurs des meilleurs joueurs, pas les clubs. Ces clubs vivent sous perfusion de la fédération néo-zélandaise, qui surfe, elle sur la notoriété quasi mythologique de ses All-Blacks. Les ligues de championnat professionnel d’hémisphère sud (Super rugby) ou d’Europe (Ligue celte) en Europe sont fermées. Elles regroupent des équipes de plusieurs nations (Nouvelle Zélande, Australie, Afrique du Sud, Argentine et Japon au Sud ; Irlande, Ecosse, Pays de Galles, Italie et deux équipes d’Afrique du Sud en Europe). Toutefois, chacun de ses pays possède un championnat national, qui regroupe soit des clubs, soit des provinces comme en Nouvelle Zélande (Mitre 10 cup, anciennement nommé NPC). Un championnat interne qui mêle joueurs professionnels et jeunes espoirs en devenir.
  • le système anglais, le plus proche du modèle français puisque les clubs y sont désormais prédominants. Sauf, qu’à la différence de la FFR, la RFU (Rugby football Union) croule sous les licenciés et est bien plus riche que sa ligue professionnelle qui gère la Gallagher premiership. La RFU propriétaire de Twickenham, un stade qui lui rapporte gros, peut dicter sa volonté aux clubs pros, à coup de milliers de livres. Elle est devenue l’employeur prioritaire et principal des internationaux anglais.

La France du rugby n’a au fond pas à porter son regard si loin. La réussite du modèle rugbystique des joueuses de rugby françaises plaide en sa faveur. Les joueuses sont payées par la fédération, beaucoup moins d’ailleurs que les garçons. Elles suivent pour la plupart un double projet (rugby et formation ou emploi extra-sportif) et l’effort financier et structurel porte globalement sur les équipes de France (à 7, à XV et chez les jeunes). Les femmes sont certainement l’avenir du rugby français. En espérant qu’elles ne suivent pas les dérives du rugby pratiqué par les hommes.

5 Commentaires

  1. Pour l’EDF, je verrais bien, une cellule technique, qui analyserait, tout ce qui entoure un match !
    Pour connaître le succès et la gloire dans toutes les batailles, il faut toujours avoir en tête cinq éléments : la doctrine, le temps, l’espace, le commandement, la discipline.
     La doctrine : Il faut avoir une « unité de pensée » et s’y tenir.
     Le temps : Il faut savoir agir au bon moment.
     L’espace : Il faut bien choisir le terrain.
     Le commandement : Il faut faire preuve de respect, d’amour et d’empathie envers les hommes qui nous accompagnent.
     La discipline : Maîtriser la stratégie, savoir qui fait quoi, connaître tous les choix qui s’offrent à nous.

    Car pour moi ce n’est pas au sélectionneur de faire cette préparation, ensuite à lui de faire son choix sur les problèmes et les solutions que cette cellule, peut lui apporter et faire travailler son équipe, selon le schéma de jeu qui aura choisi au final. (Je lui conseille, aussi de lire le livre de la guerre du Général Sun Tsu, un livre sur l ‘art de la guerre, ainsi que celle rédigée par Machiavel).
    Les points faibles et les points forts de l’adversaire, les points faibles et les points forts des joueurs, que nous allons leurs opposer.
    Je ne comprends pas, pourquoi un sélectionneur, va te sélectionner, un joueur sur ses qualités en clubs et qui va l’utiliser, d’une façon différente, c’est aberrant…
    EX : On prend un joueur comme Atonio, +/-145 Kg, si tu lui donne la balle à l’arrêt je doute, que malgré sa puissance il puisse parcourir de la distance, avec l’opposition qu’il va rencontrer en face de lui, par contre si il est lancé, c’est même avec 3 mecs sur le dos 5 mètres de gagné, et ça c’est une question de logique.
    Etablir une (voir plusieurs) STRATEGIE (S) de jeu qui s’appuierait sur les faiblesses, mais aussi les points forts de l’adversaire, il faut toujours considérer qu’un point fort peut être une faiblesse non avouée.
    Il nous faut aussi réinventer le jeu de rugby, prendre plaisir à inventer des combinaisons, laisser libre cours à l’initiative de jeu, la rigueur n’empêche pas la créativité et l’initiative personnelle!

  2. Voici les propositions intéressantes du vaste chantier de réformes nécessaire pour notre institution fédérale . En plus j’y ajouterais une longue période de formation spécifique commune de plusieurs saisons pour tous nos jeunes rugbymen durant leur pratique à effectif réduit pendant leur passage en École de Rugby sur un travail principal de motricité , renforcement musculaire , déplacements , appuis , crochets , vélocité , appréciations des différentes courses . Le But de cette période de formation est d’apprendre à ÉVITER et de donner du sens au jeu en rendant les joueurs avides de jeu de mouvements pour marquer des essais . D’abord c’est cette priorité qui est l’enseignement de la vitesse dans le jeu de mouvement qui doit être mis en évidence . Puis viendra plus tard viendra l’apprentissage naturel de : comment s’opposer à ce jeu de mouvement ? ( introduction de placages ,voire des rucks ) . Nos jeunes rugbymen seront en situation de s’opposer plus facilement , plus logiquement car l’action défensive fera parti intégrante du jeu de mouvement . Les jeunes enfants aiment marquer les essais mais ont du mal à s’opposer parce qu’il ne sont pas en confiance et les acquis mettent beaucoup plus de temps à ce mettre en place . Il faut éviter de faire des séances ou des ateliers spécifiques au placage chez les jeunes enfants en attendant légitimement qu’ils prennent d’abord confiance en eux .
    Cette formation pour tous nos jeunes rugbymen pourrait durer jusqu’en U10 afin de bien les préparer à passer le cap des catégories supérieures en effectif complet et surtout d’ appréhender avec plus de sérénité les exigences de jeu que l’on connait.

  3. Aujourd hui la LNR et certains Presidents de clubs sont a la base des problèmes de l EDF. LNR et FFR ont des objectifs contraires. La LNR défend le barnum Top14 générateur de recettes merchandising et billetterie Certains presidents veulent le Brennus tout de suite a grand renfort de pre retraités sudistes pour une rentabilité quasi immediate de la mise de fonds et eclairer le nom de leur groupe. De l autre cote la FFR prend ce qui elle peut et dépouille plus les clubs qui pour une raison ou une autre jouent Francais. Evidemment belle aubaine pendant le tournoi pour les clubs sans ou peu d
    internationaux. Cependant au vu de la prestation des joueurs lors de Angleterre France on avait le sentiment que la preparation en club n elevait pas suffisamment le niveau athletique de nos joueurs. Pourquoi? Et si nos coachs en clubs n etaient pas suffisamment exigeants ou n avaient pas toutes les capacites pour elever encore le niveau. Pourquoi n y a t il pas un droit de regard de la FFR sur ce point et sur le programme de formation et recyclage des coachs. Pourquoi n y a t il pas un label pour les clubs qui collaborent vraiment a la preparation des joueurs de l EDF..Certes il faut de l argent il faut des clubs mais pas uniquement l EDF est la vitrine du rugby en France qui donnera ou pas envie d aller en Ecole ee Rugby.

  4. Je suis partagé entre gagner coûte que coûte ou perdre et ainsi pouvoir mettre un coup de balai dans tous ce directoire…..

  5. Analyse très interessante. Quel travail. On suivra avec interet, pour les petits clubs amateurs comme le notre en honneur au Nord de l’Adour, même de la Garonne, même de la Seine , même de la Somme
    Le soutien des instances est très leger voire inexistant dans nos contrées polaires des Hauts de France.

    Francis Palmer, past president Iris Club Lillois et feu LMR 350 licenciés 25 dirigeants au comité directeur et 40 bénévoles.

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