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L’Histoire du XV de France en XIII ACTES

Par Frédéric Bonnet

A raconter aux futurs capés du XV de France

 

 

De tout temps, l’identité rugbystique de la France a été représentée par le XV de France : son maillot bleu, son emblème le coq, ses héros, ses rituels, ses mythes et ses récits d’aventures. Que l’on suive ses exploits dans le tournoi des cinq nations via le transistor ou sur un poste de télévision lors des coupes du monde, les « bleus » ont toujours conservé une dimension sacrée que ce soit pour les joueurs ou les spectateurs. A chaque époque, le style de jeu du XV de France reflétait une manière d’exprimer une culture et une éducation.

Avant l’arrivée du professionnalisme, être sélectionné en équipe de France représentait l’apogée d’une carrière sportive. Ce n’est plus le cas depuis que le TOP 14 et la coupe d’Europe absorbent la quasi totalité de la lumière médiatique du jeu de Rugby.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que notre rugby n’a toujours pas digéré sa financiarisation effrénée. La LNR et les clubs professionnels écrasent le XV de France et le relègue peu à peu à la seconde division du niveau international.

Les bleus partent systématiquement avec un gros temps de retard face aux nations qui ont choisi un autre modèle rugbystique. Et ce pour une raison simple : les fédérations de rugby de la Nouvelle Zélande, de l’Irlande, du pays de Galles et de l’Ecosse sont les employeurs des joueurs qui jouent dans les clubs de leur pays. Leur compétition phare (la ligue celte ou le Super Rugby pour l’hémisphère sud) est donc organisée au service de leurs équipes nationales. Le style de jeu qui y est proposé semaines après semaines répond donc aux normes en vigueur dans les matchs internationaux : vitesse et gros volume de jeu. Les joueurs all blacks, gallois, irlandais ou écossais sont à la fois titulaires dans leur club et bénéficient d’un aménagement de leur calendrier sportif.

Il y a maintenant 20 ans, la France a décidé de faire l’inverse. Le pouvoir a été donné aux clubs. Les joueurs travaillent pour eux dans un championnat certes lucratif, mais où le jeu est globalement cadenassé. Beaucoup d’équipes jouent pour ne pas perdre, ne font pas jouer les jeunes qu’ils forment et font systématiquement appel à certains postes à des joueurs non éligibles au XV de France.

On a le XV de France que l’on mérite. 

Certes, mais ce n’est pas une excuse ou une fatalité. Il est plus que temps de revenir sur la fabuleuse Histoire du XV de France pour donner quelques idées aux potentiels réformateurs du modèle rugbystique français. Car, l’ignorance ne peut que conforter le CAC 14 et laisser les « bleus » à l’abandon dans leur prison dorée de « Marcatraz ». 

 

 

A chaque époque, le XV de France a eu ses exploits, ses héros et ses récits mythologiques fondateurs. Seule la connaissance de cette Histoire du rugby français permettra aux joueurs contemporains de se forger leur propre Histoire de leur XV de France.

Or, une des carences les plus criante du XV de France contemporain réside dans l’absence de transmission du savoir indispensable pour faire le lien entre les générations, pour assurer une continuité entre les équipes et une cohérence au rugby français.

Depuis sa naissance en 1906, le XV de France a pourtant disputé 759 matchs pour un ratio de 54 % de victoires (411 victoires, 315 défaites et 33 matchs nuls). De quoi nourrir une légende riche et féconde, seule à même de redonner confiance et fierté aux nouveaux coqs. 

Le pourcentage de victoires est toutefois très variables, selon que les bleus affrontent les meilleures nations du rugby international ou des nations dites mineures. La Nouvelle Zélande est par exemple notre adversaire le plus redoutable. Plus de cent ans après notre première confrontation, chaque victoire contre les All Blacks demeure un exploit.  

Classement des nations en fonction du ratio de victoires du XV de France

  • Nouvelle Zélande-12 V/1N/49 D : 19,3 % de victoires.
  • Afrique du Sud-11V/6N/27 D : 25% de victoires.
  • Angleterre-40V/7N/57D : 38,4% de victoires.
  • Australie-19V/2N/27D : 39,6% de victoires.
  • Pays de Galles-44V/3N/50D : 45,3% de victoires.
  • Ecosse-54V/3N/36D : 58% de victoires.
  • Irlande-56V/7N/34 D : 57,7 % de victoires.
  • Argentine-36V/1N/15D : 69,2% de victoires.
  • Roumanie-41V/2N/8D : 80,3% de victoires.
  • Italie-39V/0N/3D : 92,8% de victoires.

Le parcours du XV de France n’a pas été un long fleuve tranquille, mais grosso modo on peut affirmer que de 1906 à 2002, les bleus n’ont fait que progresser pour arriver à rivaliser dans un premier temps avec les britanniques, puis avec les nations de l’hémisphère Sud.

Surtout, le jeu des français étaient bien identifié, voire redouté : soit pour la rugosité de son pack d’avant guerre, soit pour le French flair du jeu à la Lourdaise de Jean Prat, soit pour la force et la technique des avants du Docteur Pack, Lucien Mias, soit pour la solidarité sans faille des « chelemars » de Jacques Fouroux en 1977 ou encore pour le jeu en blocks de l’ère Laporte.

Depuis 2011, date de sa dernière finale perdue de Coupe du Monde en Nouvelle Zélande, voire 2010, date de son dernier Grand Chelem ou plus vraisemblablement depuis 2008, les résultats du XV de France ne font que dégringoler passant des 55 % de victoires de l’ère Lièvremont, aux 48,2 % de la période Saint André aux 30,4 % du duo Novès-puis-Brunel.

Pire, qui pourrait actuellement préciser le style de jeu et la personnalité du XV de France ? Personne. Une dégringolade en XIII actes.

Pourcentage de victoires du XV de France en XIII actes : Montée en puissance

ACTE I

 

1906-1914

ACTE II

 

1919-1930

ACTE III

 

1932-1939

ACTE IV

 

1945-1950

ACTE V

1951-1958

ACTE VI

1959-1970

Naissance Progression Exclusion Renouveau Poursuite Grand Chelem
3,6 % 26 % 76,2%* 53,8 % 61,2 % 55,9 %

* le XV de France ne joue que contre des nations mineures

Pourcentage de victoires du XV de France en XIII actes : Lente dégringolade

ACTE VII

 

1971-1980

ACTE VIII

 

1981-1989

ACTE IX

 

1990-01

ACTE X

 

2002-07

ACTE XI

2008-11

ACTE XII

2012-15

ACTE XIII

2016-…

Barbarians Fouroux

entraineur

Maintien

du haut niveau

Apogée  

Chute

 

Déclin Effondrement 
53,2% 61 % 62,4 % 63,9 % 55 % 48,2%  32,4 %

 

ACTE I / Naissance du XV de France : des symboles et une première victoire

Les années 1906-1914 ont posés les bases de l’identité du XV de France. Cette période fut difficile sportivement avec une seule victoire pour 28 matchs disputés (ratio de 3,6%), mais essentielle pour établir l’âme du XV tricolore.

Le premier match officiel du XV de France USFSA (Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques, ancêtre de la FFR fondée en 1919) eut lieu le 1er janvier 1906, il y a donc 112 ans. Devant les 3000 spectateurs réunis au Parc des Princes, les premiers internationaux français du premier capitaine Henri Amand (la sélection comptait un anglais-William Crichton, et un américain-Allan Muhr) perdirent contre l’équipe mythique des Néo-Zélandais, les Originals, 10 essais à 2, soit 38 à 8. Un score qui rappelle celui de 2015 contre encore les All Blacks…

Pourtant, il y avait bien eu dès 1893 les premières sélections françaises USFSA comprenant majoritairement des joueurs du RCF et du Stade Français pour jouer des matchs contre le Civil Service Athletic anglais, le Richmond FC, Edinburgh etc. Mais, ces matchs n’avaient pas de statuts officiels.

  • Le maillot : Le XV de France n’inaugure sa tenue officielle tricolore que le 22 mars 1906. Ce maillot bleu roi, sa culotte blanche et ses chaussettes rouges sont restés inchangés jusque dans les années 2000. Comme pour le maillot All Black, le maillot bleu avait une dimension sacrée. Petit à petit malheureusement, les aléas du marketing ont amené la FFR à le faire évoluer et à le marchandiser en essayant de mettre en avant des stars (Chabal ou Michalak). Une starification illusoire et antinomyque avec les valeurs du jeu de rugby.
  • Justement en Nouvelle Zélande, il n’y a pas de nom à l’arrière des maillots noirs. Juste un numéro. Le maillot noir est plus grand que celui qui le porte. Chaque All Black doit honorer son poste et son numéro avant de le transmettre à quelqu’un d’autre. Et ainsi de suite. Le sens de la transmission et de la continuité de l’esprit du jeu et de l’équipe nationale.
  • Depuis que le rugby est devenu professionnel, qui enseigne l’histoire du jeu aux internationnaux français ? Certainement pas leurs employeurs, les clubs. Dans ce domaine, la Nouvelle zélande a encore un temps d’avance. Les clubs ne sont pas les employeurs de leurs joueurs. C’est la New Zeland Rugby Union qui les paye ; et cela change tout.

 

  • Son écusson, adopté en 1911 grâce à son capitaine Marcel Communeau, le coq gaulois symbole de fierté et de combat et les paroles du pilier toulonnais Aldo Gruarin en 1960 faisant appel à ses coéquipiers : »C’est un coq que l’on porte sur la vitrine, pas une pintade ! Alors chantez ! »

  • Cette écusson est synonyme aussi de première victoire internationale des bleus contre l’Ecosse le 2 janvier 1911 sur le score de 16 à 15.

 

 

 

 

 

 

 

 

La première guerre mondiale  mis fin à la progression des tricolores.

ACTE II / Progression et première victoire à l’extérieur : 1919-1930

Le XV de France repart quasiment de zéro en 1919, mais parvient à s’imposer 13 fois sur 50 matchs, un ratio de 26 %, encore modeste, mais qui augmente.

  • Elle remporte son premier succès à l’extérieur à Dublin contre l’Irlande le 3 avril 1920 sous le commandement de son capitaine Philippe Struxiano (15 à 7).

  • Avec son nouveau capitaine Adolphe Jauréguy, elle gagne pour la première fois contre l’Angleterre le 2 avril 1927 (3-0)
  • et contre le Pays de Galles le 9 avril 1928 (8-3).

 

 

 

 

 

 

 

Le XV de France a donc enfin réussi à gagner au moins une fois contre ses 4 concurrents européens.

C’est pourtant une période ternie par une première vague de violence menant à l’exclusion du rugby des Jeux Olympiques après la calamiteuse finale de 1924 contre les USA. Une finale entachée de nombreux coups venant des joueurs, mais aussi des spectateurs français. Ceux sont les américains qui remportèrent la médaille d’or : 17 à 3.

ACTE III / Exclusion : Soupçons de professionnalisme, violences et exclusion du tournoi : 1932-1939

Après le match France-Galles du tournoi de 1930 aussi brutal sur le terrain que dans les tribunes et suite à des cas de paiement et de recrutement inter-clubs de joueurs en France, les tricolores sont exclus du tournoi jusqu’au début de la seconde guerre mondiale.

La France n’affrontera pendant cette période que des nations mineures : Italie, Roumanie et Allemagne. Logiquement, le pourcentage de victoires des bleus atteint des sommets plus jamais atteints par la suite : 76,2 %.

ACTE IV / Renaissance ou renouveau de l’après guerre : 1945-1950

Le XV de France repart à nouveau quasiment de zéro en 1945, mais parvient à s’imposer 14 fois pour 26 matchs, un ratio de 53,8% de victoires. La France commence à devenir une nation importante du rugby international.

  • Première victoire contre le Pays de Galles à Swansea en 1948, 11 à 3, avec Robert Soro, surnommé le lion de Swansea, en héros charismatique.

  • Première victoire contre l’Australie à Colombes, toujours en 1948.

ACTE V / Poursuite de la progression : 1951-1958

Les succès s’enchaînent et les tricolores s’imposent 30 fois pour 49 matchs, un ratio de 61,2% de victoires. Le XV de France est désormais une nation importante du rugby international.

  • Première victoire contre l’Angleterre à Twickenham en 1951, encore 11 à 3, avec Guy Basquet, en figure de proue.

  • Première victoire aussi contre les All Blacks le 27 février 1954, grâce au jeu à la lourdaise du capitaine Jean Prat, Mister Rugby.

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  • Première victoire contre les Springboks le 16 aout 1958 à l’Ellis Park de Johannesburg, sous la conduite du Docteur Pack, Lucien Mias (9-5).

La France est à nouveau menacée d’exclusion du tournoi. Les Britanniques la soupçonnent encore de professionnalisme (recrutements illicites, intéressements, primes de matchs…). Une liste de joueurs jugés coupables, dont Jean Dauger, Robert Soro ou Maurice Siman sont « blacklistés ». Pour autant la fronde des clubs l’emporte et le championnat n’est pas réformé. Un signe annonciateur de la future LNR des années 2000.

ACTE VI / Premier Grand Chelem  : 1959-1970

Les succès perdurent. Le XV de France s’impose 52 fois pour 93 matchs, un ratio de 55,9 % de victoires. Le XV de France reste une nation importante du rugby international. 

  • Première victoire dans le tournoi des 5 nations sous la direction de Lucien Mias en 1959.
  • Premier Grand Chelem français en 1968, avec le tarbo-toulonnais Christian Carrère au capitanat (Spanghero.W, Dauga, Maso, Villepreux…).
  • Suivi de 11 matchs sans victoire à partir de mai 1968 (un nul et dix défaites).

ACTE VII / Les Barbarians français : 1971-1980

Les années Fouroux-joueur sont dans la lignée des années précédentes avec 41 fois pour 77 matchs, un ratio de 53,2 % de victoires

Le XV de France joue souvent les premiers rôles, derrière toutefois les Gallois de Barry John, Gareth Edwards, JPR Williams, Gerald Davies et John Taylor, nation dominatrice du rugby européen à cette époque.

  • Débuts difficiles entre 1971 et 1972 (3 victoires sur 14 matchs : 21,4%) et 1974-1975 (idem, 21,4 % de victoires).  
  • Deuxième Grand chelem en 1977, avec pour la première fois les 15 mêmes joueurs pour les 4 matchs, sous la direction du capitaine Jacques Fouroux.
  • Cette même équipe sera à l’origine des premiers Barbarians français en 1979.

  • Victoire héroïque du XV de France de Jean Pierre Rives à l’Eden park en Nouvelle Zélande en 1979.

 

ACTE VIII / Les années fastes de Fouroux entraineur de 1981 à 1989

Le pourcentage de victoire remonte avec un ratio de 61 % (47 victoires pour 77 matchs). Le XV de France progresse.

  • La France gagne 6 tournois et deux Grand Chelems en 1981 avec encore Jean Pierre Rives capitaine, 
  • deux petites victoires sur dix matchs (20% de victoires) de  1981 à 1982 (malgré Berbizier, Rodriguez, Paparemborde et les débuts de Blanco).
  • puis la génération Daniel Dubroca en 1987.

 

 

 

 

 

 

  • Elle parvient en finale de la première Coupe Du Monde de Rugby 1987, après une victoire de légende et un essai en toute fin de match de Serge Blanco contre l’Australie en demi finale.
  • suivi d’une période de défaites de 1989 à 1990 (malgré Blanco, Sella, Lagisquet, Champ, Ondarts, 4 victoires en 15 matchs : 26,6%).

ACTE IX / Maintien à un haut niveau et succession de sélectionneurs : 1990-2001

Le XV de France progresse encore. Les succès s’enchaînent et les tricolores s’imposent 83 fois pour 133 matchs, un ratio de 62,4% de victoires. Les anglais dominent toutefois les années 90. 

Plusieurs sélectionneurs se succèdent de Dubroca à Laporte en passant par Trillo, Berbizier, Villepreux et Skréla.

  • La France gagne pour la première fois deux Grands Chelems de suite en 1997 et 1998 sous la direction d’Abdellatif Benazzi
  • et de Raphael Ibanez.

  • Les tricolores perdent en quart de finale de la CDM de Rugby 1991 et en demi finale de la CDM de Rugby 1995.
  • Elle parvient à nouveau en finale de la CDM de Rugby en 1999.

 

ACTE X / Apogée : l’ère Laporte-Derniers résultats positifs post professionnalisme : 2002-2007

Les tricolores sont à l’apogée de leur renommée internationale. Les succès sont de plus en plus nombreux et s’enchaînent. Les tricolores s’imposent 46 fois pour 72 matchs, un ratio de 63,9 % de victoires.

  • La France gagne quatre tournois (2006, 2007) dont deux nouveaux grands Chelems en 2002 (premier tournoi des 6 nations, ajout de l’Italie), puis 2004 avec toujours Raphael Ibanez et voit l’éclosion d’une nouvelle génération symbolisée par Fabien Pelous, Fabien Galthié ou Olivier Magne.

  • Les résultats sont plus mitigés en coupe du monde en 2003 et 2007, le XV de France ne parvenant à atteindre que les demi finales. Malgré l’élimination des All Blacks en quart de finale, la déception est particulièrement grande pour la coupe du monde 2007 qu’elle organise. La France perd en demi contre l’Angleterre, puis contre l’Argentine lors de la petite finale. 

ACTE XI / La financiarisation ou début de la chute de l’empire bleu : 2008-2011

Sous l’égide Marc Lièvremont et malgré quelques exploits notables, le XV de France montre des signes d’essoufflement. Le championnat mis en place par la LNR recrute de plus en plus de joueurs à l’étranger et donne de moins en moins sa chance aux joueurs quelle forme. Le ratio de victoires (55%, 22 victoires pour 40 matchs) redescend aux valeurs des années 71-80. Le XV de France régresse pour la première fois depuis 30 ans.

Malgré tout, la finale en coupe du monde de Rugby en 2011, perdue contre les All Blacks, ramène momentanément la France à la 3° place mondiale.

Les deux autres fait de gloire de cette époque sont

  • Le neuvième et dernier Grand Chelem à ce jour des tricolores en 2010, sous la férule de Morgan Parra.

  • L’obtention du premier trophée Dave Gallaher au dépens des All Blacks après leur victoire en Nouvelle Zélande en 2009.

ACTE XII / Le déclin programmé du XV de France : 2012-2015

La dégringolade continue sous l’ère Saint André avec seulement 14 victoires pour 29 matchs disputés (ratio de 48,2%).

Série de défaites en 2013 :  3 victoires en 11 matchs (27,2 % de victoires) sous Saint André.

En point d’orgue l’humiliation en quart de finale de la coupe du monde 2015 contre nos meilleurs ennemis les All Blacks 62 à 13, 9 essais contre 1, soit à peu de chose près un retour aux déculottés de 1906 contre les Originals, 38 à 8, 10 essais à 2, et contre les Invicibles en 1924, 30 à 6, 8 essais à 2.

Cette déculotté ramène le rugby français 100 en arrière. Il faut dire que l’Ovalie n’a jamais réellement digéré l’arrivée du professionnalisme. Surtout, l’organisation bicéphale du rugby français pensée en 1998 continue d’empêcher toute tentative de réforme.

Petit rappel historique :

En 1996, la FFR présidée par Bernard Lapasset décide de suivre l’avis de l’International Rugby Board (IRB) et de renoncer à l’amateurisme séculier du jeu de Rugby abandonné dès août 1995 par les Néo-Zélandais.

Fini l’amateurisme marron et les dessous de table, le 15 juin 1996 à Albi lors d’une assemblée houleuse la FFR décide de créer la Commission nationale du rugby d’élite (CNRE) présidée par Séraphin Berthier, trésorier du FC Grenoble. Cette commission adopte le principe d’une Ligue « interne », donc directement contrôlée par la FFR. Grace à ce montage la FFR espère pouvoir à la fois contrôler la puissance économique grandissante du rugby et préserver l’esprit du jeu.

La bataille qui oppose la FFR de Bernard Lapasset aux clubs du groupe A du CNRE fut sanglante. Depuis 1996, les clubs pro militaient pour la création d’une ligue externe, indépendante de la FFR, sur le modèle du football français et européen : une ligue qui n’aurait plus de compte à rendre à la FFR et pourrait organiser son rugby spectacle et business à sa guise.

La discorde permanente et par trop bruyante pousse le ministère de la Jeunesse et des Sports de Marie George Buffet à organiser une réunion de conciliation en mars 1998. On ne prête qu’aux riches, c’est bien connu. Le lobbying bien plus efficace et puissant de la CNRE auprès du gouvernement Jospin évince brutalement les tenants du rugby amateur.

Le ministère tranche en faveur des clubs professionnels et crée la Ligue nationale de Rugby (LNR) en juillet 1998 avec Serge Blanco élu à l’unanimité à sa tête. La perte du pouvoir de la FFR la déposséde de tout pouvoir sur le secteur professionnel du rugby et dynamite totalement le modèle rugbystique français.

La lente et progressive descente aux enfers du rugby français, bien symbolisée par les résultats calamiteux de son XV de France, nait donc en 1998. Et, il n’y a pas de raison que la courbe s’inverse si on ne change pas les raisons de la chute, à savoir le modèle rugbystique français.

Rapidement la LNR métamorphosa le paysage rugbystique français en faisant disparaitre les clubs historiques des villages et des villes moyennes. La richesse financière de la LNR est depuis lors le talon d’Achille du rugby hexagonal, avec d’un côté le rugby des « nantis », mercantile et marchand et de l’autre le rugby traditionnel, « humble » des clubs amateurs ou semi amateurs.

La destinée du rugby français ne repose quasiment plus que sur le bon vouloir de la LNR, pourtant chargée exclusivement que du bien être des 30 clubs professionnels. Elle a abandonné la vraie force de l’Ovalie : sa diversité, son apport culturel et le travail de ses 1855 autres clubs.

Se faisant, le rugby a tourné le dos à son histoire, donc à sa raison d’être. Il n’a travaillé que pour l’éphémère, le luxuriant, le spectaculaire pour promouvoir son CAC 14. Le maillot bleu frappé du coq a été lentement, mais surement, mis au placard.

Du point de vue culturel, le TOP 14 est une coquille vide qui sonne de plus en plus creux. Il tourne en vase clos. Il crée un spectacle qui se suffit à lui même et emploie des joueurs qu’il recrute parfois en France, mais surtout sur toute la surface de la planète ovale, pour servir ses intérêts particuliers.

Les difficultés des clubs amateurs ou semi-amateurs indiffèrent la LNR : aussi programme-t-elle encore des matchs le dimanche en échange d’un abonnement à Canal plus, le grand argentier du rugby pro. La boucle est bouclée… Quant au XV de France, dès qu’un président du CAC 14 a plus de deux sélectionnés, il crie au scandale, alors que c’est la LNR qui pond tous les ans le calendrier, donc les doublons. Quelle pression négative sur les internationaux!

Les joueurs n’ont pour la plupart aucune idée de l’histoire du rugby français. Ils sont devenus des intermittents du spectacle très bien payés (pas assez toutefois pour assurer leur avenir), mais qui exercent leur métier dans des conditions sociales dignes du XVIII è siècle (blessures récurrentes et gravissimes, hyper-concurrence, cadences infernales, dopage quasi obligatoire etc.). Pour peu qu’ils soient sélectionnés en équipe de France, le burn out et la dépression deviennent un effet indésirable plus que probable.

Il n’y a plus aucune continuité que ce soit entre les sélectionneurs qui repartent à zéro à chaque mandat sans qu’aucune direction ne soit impulsée par la FFR, ou entre les équipes du XV de France. A part au poste de talonneur où Guilhem Guirado fait figure de taulier-capitaine-courage incontournable, aucun joueur n’arrive à s’imposer durablement, ni dans le pack, particulier au poste de N°8, ni à la charnière, ni chez les trois quarts. Il faut dire qu’entre les blessures et l’impatience des sélectionneurs, on ne leur laisse que peu de chance de s’épanouir.

ACTE XIII / L’effondrement lent et inexorable des tricolores : 2016-…

La réalité actuelle d’un néo sélectionné du XV de France, c’est seulement 32,4 % (12 victoires pour 37 matchs) de chance de gagner (dont 33 % sour l’ère Noves -7 victoires en 21 matchs, remercié promptement par la FFR, et 31,2 % pour son successeur Brunel – 5 victoires en 16 matchs), quasiment 0 % contre les nations majeures du rugby international. Des stats qui égalent se rapprochent de celles des débuts du rugby français, celui des années 19-31 au XX è siècle (26 % de victoires, pour 50 matchs).

Une chute lente et inexorable qui ne risque pas de s’arrêter si on ne réforme par le modèle rugbystique français. La LNR et ses clubs pros du Top 14, voire de la Pro D2, ont lancé une OPA sur le rugby français. Le XV de France est le grain de sable qui menace le championnat le plus lent et rétrograde du monde. 

Il n’est plus temps de rebattre les cartes du jeu ovale, il faut changer les règles du jeu. Les meilleures nations du monde, l’Irlande et la Nouvelle Zélande, ont un point commun : leurs fédérations sont les employeurs des joueurs, pas les clubs. D’ailleurs, le seul rugby qui marche en France, et qui gagne des licenciées, est celui pratiqué par les femmes. Ce n’est pas un hasard, nos joueuses internationales sont employées par la FFR…

Cette dégringolade du XV de France coïncide avec la montée en puissance du TOP 14, à la main mise de la LNR sur les joueurs via des contrats de travail qui mettent de fait l’équipe de France au troisième plan : loin derrière le championnat français et la coupe d’Europe.

Il faut redonner du sens à ce qu’est le XV de France. Aux joueurs et aux entraineurs de se créer une Histoire commune en puisant sur celle de leurs prédécesseurs. La rue de la soif, les déjeuners gargantuesques d’avant match, le lecteur de cassette audio de Fouroux dans les vestiaires avant de rentrer sur le terrain, bref toute la symbolique et les rituels entre frères de l’Ovalie. Il faut refermer la porte des vestiaires et rendre le jeu à ceux qui le pratiquent : LES JOUEURS.

Il y a moins de 10 ans, le XV de France était encore à la troisième place de World Rugby. En janvier 2018, il est tombé à la dixième …

Pourquoi ne pas partir de ces deux phrases de notre emblématique Jean Pierre Rives.

Juste avant la victoire du XV de France contre les All Blacks en 1979, le capitaine avait dit à ses frères ovales : « Montrons aux Blacks que nous aussi savons être fiers. Jouons comme nous pouvons le faire ».

A cette époque, les joueurs tricolores étaient avant tout une bande de copains, l’amitié passait avant les cachets et les sponsors maillots, les troisièmes mi-temps restaient secrètes…, le jeu de Rugby avait un sens et le XV de France était la vitrine du rugby français. 

5 Commentaires

  1. Qu’il est bien agréable de lire sur l’histoire du XV de France et de constater pour les plus jeunes (dont je fait partie) que notre équipe a effectivement connu une période ascendante, assez longue, de 1906 aux années 2000.

    Car depuis les années 2010 la chute semble longue, interminable et douloureuse.

    Je suis d’accord avec vous quand vous militez pour remettre le XV de France au centre du débat. Par ailleurs, que pensez-vous de la dernière réunion entre Brunel et les coachs de Top 14 ? Les médias nous l’ont présenté comme un pacte fondateur, un moment fort (et secret) qui allait tout changer.

    Je retiendrais par ailleurs deux phrases de votre bel article :
    « mais qui exercent leur métier dans des conditions sociales dignes du XVIII è siècle (blessures récurrentes et gravissimes, hyper-concurrence, cadences infernales, dopage quasi obligatoire etc.). »
    &
    « La bataille qui oppose la FFR de Bernard Lapasset aux clubs du groupe A du CNRE fut sanglante ».

    D’ailleurs, dernière question, dans cette bataille entre la FFR de Lapasset et les clubs du groupe A, les joueurs ont-ils pris part au débat ? Ou cela concernait uniquement les présidents des clubs du groupe A ?

    ps : le nouvel habillage du blog est très plaisant 🙂

    Bien cordialement, Vincent !

  2. Bonjour

    Je me permets d’eux pinaillages historiques au pied de cette longue synthèse…

    – le coq est apparu en 1912, et de fait n’apparaît pas sur le maillot de la première victoire face aux Écossais en 1911 (incidemment, la France jouait en blanc ce jour là…)

    – la disparition du rugby aux JO à fort peu à voir avec la finale de 1924, mais plutôt avec le retrait de Coubertin (qui défendait notre sport), les difficultés logistiques et le peu d’interet des autres nations aux JO suivants. On joua pourtant un tournoi en Allemagne en 1936 (gagné par la France) mais au final il ne fut pas retenu au programme Olympique… il faut aussi démystifier la finale des JO de 1924 : il n’y a pas eu de violence sur le terrain (lire les compte rendus) et les incidents en tribunes concernèrent deux visiteurs américains molestés – l’un d’eux ira à l’hôpital se faire poser des points de suture et ressortira le jour même. Ce match est souvent confondu avec la finale F v USA des jeux interalliés de 1919 qui fut, elle, un vrai pugilat,,,

    1. Merci Frédéric Bonnet pour cet excellent article, cet éclairage sur notre histoire et sur l’analyse bien actuelle que vous en faîte. On a en effet l’équipe de France que l’on merite, on pourrait dire aussi on récolte toujours ce que l’on sème.

  3. Je suis d’accord avec l’essentiel de ce texte. Il y a toutefois un point que je voudrai préciser. En 1919, le rugby français ne part pas pratiquement de zéro, bien au contraire. Grâce aux rencontres jouées face aux Néo-Zélandais, Australiens et autres Gallois entre 1917 et 1919, et, au squad système mis en place à l’époque, le XV de France avait fait un bond en avant par rapport en 1914. C’est ainsi que j’explique (dans mon ouvrage « Dans la mêlée des tranchées, le rugby à l’épreuve de la Grande Guerre ») les bons résultats obtenus entre 1920 et 1931.

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