Débats et polémiques Débats et polémiques fédérale 1 Rugby

Fédérale 1 : to be PRO or not to be PRO

De l’intérêt sportif du rugby amateur : la fédérale 1

Par Frédéric Bonnet

 

Dis moi quel est ton budget, je te donnerai ton classement. Tout n’est pas si simple heureusement, mais comme pour le football, la logique financière prédit de plus en plus souvent les résultats sportifs des clubs de rugby. Bien entendu, le phénomène n’est pas nouveau, mais l’évolution du fonctionnement budgétaire des clubs de rugby fait que, du TOP 14 à la fédérale 1, le suspense concernant l’attribution des premières et des dernières places n’existe quasiment plus.

La fédérale 1, réformes après réformes, demeure une compétition hybride manquant terriblement de cohérence et de stabilité. Ainsi, ce championnat rassemble-t-il au moins trois mondes. Celui des clubs pré-professionnels, celui des clubs amateurs et entre les deux celui des clubs semi-amateurs ou semi-pro, selon le point de vue.

Pourquoi vouloir faire cohabiter trois réalités si différentes voire opposées ?

D’un côté des clubs qui rejettent les principes de l’amateurisme et lorgnent sur le professionnalisme : Dax, Narbonne, Albi, Rouen, Bourg, Tarbes, mais aussi Cognac, Nantes, Blagnac ou Mâcon. Des clubs composés de joueurs professionnels qui s’entrainent et se préparent comme tels. Des équipes qui n’ont au final rien à faire de la fédérale 1.

De l’autre, des clubs qui n’ont les moyens financiers que d’être amateurs. Des budgets très inférieurs au million d’euros, des infrastructures légères avec des conditions d’entrainement et de préparation physiques proches de celles des années 80-90. Des clubs qui ne survivent que grâce à des écoles de rugby performantes et une dimension socio culturelle très développée. Ces clubs peuplent très majoritairement les fonds de classements et naviguent entre la fédérale 3, 2 ou  1.

Entre ces deux mondes, beaucoup de clubs, ceux qui approchent le million d’euros, sont tiraillés entre ces deux réalités. Le risque est alors grand, qu’aveuglés par les sirènes du professionnalisme, ces clubs s’endettent dangereusement et disparaissent.

Car le principal problème vient du fait que tel un château de carte les excès du professionnalisme et de la financiarisation du rugby rejaillissent sur le monde amateur. D’une part parce que par effet de mimétisme, le monde amateur singe le TOP 14 (sans en avoir les moyens), d’autre part parce que l’inflation des salaires tire vers le haut les prétentions pécuniaires des joueurs jusqu’en fédérale 3.

La PRO D2 copie le TOP 14, la poule de montée de la fédérale 1, dite d’élite, ou encore poule 1, singe la PRO D2 (sans y arriver, Limoges, Chambéry ou Strasbourg s’y sont encore cassées les dents), la fédérale 2, voire 3 imite la fédérale 1…

Au fond, mélanger des clubs si disparates a-t-il vraiment un intérêt sportif ? Les dés ne sont-ils pas pipés en début de saison ? N’est-il pas dangereux de confronter  des joueurs pro avec des athlètes amateurs pluri-actifs ? Les instances ont-elles vraiment les moyens de contrôler les budgets des clubs de fédérale 1 pour au moins assurer une équité financière minimale ?

 

 

 

Depuis une dizaine d’années, il n’y a plus de différence de fonctionnement entre une franchise de foot américain de la NFL (type NY Giants) et un grand club de foot européen (type PSG). Dans les deux cas, les clubs ont basculé dans une logique d’industrie du divertissement. Les deux seules différences sont l’absence de rétrogradation (notion de ligue fermée) et l’invention du système de draft (priorité donnée au recrutement des meilleurs jeunes par les clubs aux résultats sportifs les plus mauvais) aux Etats Unis. Deux différences qui permettent contrairement au système européen, de garantir une certaine équité sportive et un intérêt compétitif toujours renouvelé.

En Europe, les grandes compétitions de football souffrent d’un manque intérêt sportif récurrent. L’équilibre compétitif n’est plus assuré : le PSG écrase la ligue 1, Le Bayern la bundesliga, la Juventus la série A, Barcelone la Ligas etc. Les clubs les plus riches dominent les plus grands championnats. Les supporters s’identifient de moins en moins à leur club, la fibre émotionnelle disparait et les nouvelles enceintes sonnent creux dans certains championnats. Les fonds d’investissements ont pourri le foot. Ils commencent à le faire en rugby.

Car le jeu de rugby bénéficie d’une côte d’amour bien supérieure (39%) à celle du football (29%) grâce à ses fameuses valeurs. Encore faudrait-il que les clubs ne gâchent pas tout. Certaines dérives ressemblent comme à s’y méprendre aux divers scandales de la balle ronde, Krysna, Zahia, Aurier, Sextape. Certaines affaires rugbystiques annoncent des lendemains peu flatteurs.

Certes l’argent ne pousse pas en mêlée, ne marque pas les essais et n’améliore pas les statistiques dans les rucks. Toutefois il permet aux clubs d’augmenter les salaires de leurs joueurs et d’acheter les meilleurs rugbymen de la planète.

Chaque printemps, lors des phases finales du TOP 14 se sont peu ou proue toujours les mêmes équipes qui se retrouvent dans aux six premières places : les plus gros budgets, avec quelque fois un club surprise. La surenchère des clubs ne date pas d’hier. Toulouse avait commencé au début du professionnalisme, le Stade Français lui avait emboité le pas, suivi par Toulon, puis le Racing et maintenant le MHR.

De fait, le rugby suit les traces avec quelques années de retard de son grand frère le football. Lequel ressemble donc de plus en plus à son cousin américain. Ces sports sont majoritairement perfusés par des droits TV pharamineux, gérés par des mécènes et des actionnaires ou des fonds de pension comme toute grande entreprise de spectacle. Sauf que le spectacle rugbystique intéresse de moins en moins de monde (dans les stades et devant la TV), les dés semblant jetés avant le début de la saison.

Bien entendu, sur un match à domicile et en s’appuyant sur sa formation le SU Agen par exemple peut espérer battre les clubs les plus riches du TOP 14. Mais au final, il se bat avec Oyonnax ou Brive pour ne pas descendre en PRO D2 et n’a aucune chance de disputer le bouclier de Brennus. Pire, années après années, il se fait piller ses meilleurs éléments attirés par l’argent promis par les caïds du CAC 14.

Au final, l’enjeu sportif ne concerne que les élites qui se disputent le titre et les « sans grades » qui se battent ne pas être éliminés du TOP 14. Le ventre mou lui fini en roue libre dès la mi saison, en regardant quand même avec angoisse dans le rétroviseur.

Pour comprendre l’influence du budget d’un club de rugby sur ses résultats sportifs, il faut retracer d’abord l’histoire des rapports entre le rugby français et l’argent.  

Histoire en trois temps des budgets des clubs de rugby français

Avant 1960, l’âge d’or du Rugby français, celui des pères fondateurs 

Cette période prônait un jeu de Rugby éducatif et moral. Il y avait peu d’enjeux économiques, le rayonnement des clubs était avant tout local ou régional, et éventuellement national pour les clubs phares. Seuls le midi olympique et la presse locale couvraient les évènements rugbystiques. Toutefois, le budget des associations qui géraient les clubs passa de 40 000 euros en 1930 à 300 000 euros en 1960. Un modèle économique ASSL (adhérents, spectateurs, subventions locales) prévalait.

Les présidents de clubs étaient en général des notables locaux, le financement des clubs se faisait via des subventions municipales, les recettes de la buvette ou de différentes fêtes rugbystiques et la billetterie.  

On estime que dans les années 40, un joueur phare de Lourdes ou de Grenoble pouvait toucher l’équivalent de 200 à 2000 euros par an.

Le Rugby français préférait mettre en avant les efforts de promotion sociale de ses joueurs. L’aide des dirigeants de clubs pouvait prendre différentes formes. Du Financement des études à une Aide pour trouver un emploi ou se lancer dans une activité. On retrouve ce type de fonctionnement économique dans beaucoup de clubs de fédérales 1, ceux qui ont un budget inférieur à 1 million.

Entre 1960 et 1995, l’économie souterraine de l’amateurisme marron

Même si les clubs étaient toujours juridiquement considérés comme des associations à but non lucratifs, ils étaient désormais dirigés par des chefs d’entreprise connaisseurs ou ex-joueurs de Rugby. Progressivement le Rugby se transforme en spectacle, les clubs les plus riches recrutent des joueurs partout en France (Ovalie). C’est une période de transition entre le jeu de Rugby et le rugby marchand du XXIè siècle. Le modèle économique classique se transforme en SSSL (spectateurs, les subventions, et les sponsors d’origine locale). Ce modèle maintient encore un lien étroit, historique, géographique et économique entre les supporters, les clubs et les finances publiques ou privées.

En quinze années, le budget moyen des clubs passe de 300 000 euros à 2 millions d’euros. Les matchs de Rugby sont désormais relayés par les radios locales et nationales. Les phases finales commencent à être diffusées à la télévision. 

Ainsi dès les années 60, un bon joueur d’équipe première d’un des 80 clubs de première division pouvait monnayer ses services pour l’équivalent de 1000 euros par mois. Mais ce montant pouvait évoluer considérablement selon le statut du club. On estime qu’un joueur du Grand Béziers, de Montferrand ou du Narbonne des années 70-80 touchait autour de 54 000 euros par saison. Des sommes perçues en liquide et donc non imposables, qui étaient équivalentes aux salaires de joueurs « moyens » du Top 14 ou à ceux des meilleurs joueurs de Pro D2 en 2017. Ces salaires cachés étaient par exemple quatre fois supérieurs à celui d’un instituteur des années 70. 

Jusqu’en 1995, date du début du professionnalisme en Rugby, ces montants ont augmenté régulièrement pour atteindre 115 000 euros annuel par exemple pour un joueur de Montferrand. Tant et si bien que la Direction générale des impôts commença à s’intéresser de près aux finances du Rugby français, obligeant M Ferrasse président de la FFR, à se pencher sérieusement en 1986 sur le tabou de l’argent rugbystique. Les premières déclarations aux impôts datent de cette période, mais les premières fiches de paie officielles n’apparaissent qu’en 1995.

Les clubs ayant un budget compris entre 1 et 6 millions, donc une grande partie de ceux inscrits en PRO D2 et une vingtaine de clubs de la fédérale 1 suivent ce type de modèle d’économie.

 Après 1995, l’absurdité de la financiarisation progressive du rugby

Jusqu’en 1995, le statut juridique des clubs dépendait uniquement de la loi dite d’association 1901. Cette association possédait un numéro d’affiliation à la FFR. 

La professionalisation du jeu de Rugby a obligé les clubs à créer une société sportive (Société Anonyme à Objet Sportif-SAOS, Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée-EURL, Société Anonyme Sportive Professionnelle-SASP) pour gérer sa partie professionnelle. La plupart des clubs de Rugby et de football Pro, qui représentent 89 % du poids financier du sport pro, vont choisir de s’organiser en SASP. Cette forme de société sportive permet aux nouveaux présidents de clubs, pour la plupart PDG-hommes d’affaires, d’en devenir propriétaires tout puissant et de rendre minoritaires les parts de l’association sportive.

Dès lors, le Rugby va quitter brutalement et précipitamment son modèle de financement classique (SSSL), pour adopter celui des grandes ligues de football pro européennes, le modèle dit SATI (sponsors, actionnaires, télévisions, international). 

La FFR va déléguer la gestion du rugby pro à une ligue nationale, la LNR, pour ne plus s’occuper que du Rugby amateur et des diverses équipes de France.

Ce modèle SATI traduit les effets cumulés de la professionnalisme du rugby, de l’internationalisation de ses enjeux sportifs et de l’exposition télévisuelle. Les règles de gouvernance des clubs sont désormais définies par des actionnaires qui attendent logiquement un retour sur investissement (éventuels dividendes, mais surtout augmentation de la notoriété et des parts de marché pour leur société). La régulation des finances d’un club a désormais une dimension plus nationale, voire internationale, que locale. La proportion de joueurs provenant d’autres pays dans le championnat français symbolise bien cette internationalisation capitaliste.

Ce modèle SATI entraine le bouleversement des chiffres d’affaires des clubs sur deux points :

  • leur volume : il a été multiplié par 8 en entre 1995 et 2011 et continue à croitre chaque année.
  • leur structure : quand 90 % des ressources des clubs venait des spectateurs et des subventions publiques avant 1960, c’est désormais 65 % du budget des clubs qui provient des sponsors-actionnaires internationaux et des recettes TV (Canal plus). 

Le Rugby est devenu à la fois télé et sponsor-dépendant.Toutefois, les 97 millions d’euros par an que débourse Canal plus pour retransmettre le Top 14 et la Pro D2 au cours des saisons 2015 à 2018 n’ont rien à voir avec les 749 millions qu’il accorde tous les ans aux ligues 1 et 2 de football.

Bien entendu, des règles ont été mises en place pour contrôler les dérives de la financiarisation du rugby français. Mais faute de moyens humains et matériels pour réellement démasquer les tricheurs, toujours plus inventifs, beaucoup de clubs, du TOP 14 de la fédérale contournent légalement ou non la loi. 

Contournements légaux

la LNR a instauré des amendements aux lois ou a laissé des zones difficilement interprétables pour faire en quelque sorte du sur mesure. Et cela avantage bien entendu les plus riches. Un sponsor qui achète l’image d’un joueur voit sa somme intégrer le Salary Cap (sorte de masse salariale plafonnée). Du coup les grands mécènes patrons de firmes internationales ou nationales  demandent à des « sous-traitants » avec qui ils ont des marchés en dehors du rugby de prendre les droits d’image d’un joueur sans que cette somme apparaisse dans le Salary Cap. Ce système booster les salaires des joueurs sans que la DNACG puisse le savoir. Légal, mais  peu morale !

Contournements illégaux

La liste est longue : dons non déclarés en fin de contrat, paiement des joueurs via Bitcoin, à Madagascar, à Hong Kong, à Andorre, en Afrique du Sud ou via différents paradis fiscaux, sans que l’argent ne passe par la France, puisqu’ils passent par des sociétés fictives.

Certains clubs ne déclarent pas les avantages fiscaux obtenus en payant leurs joueurs à l’étranger.

Les fins de contrat sont aussi un bon moyen de passer outre le Salary Cap, soit en mettant les joueurs en préretraite ou en revendant le joueur à un autre club contre un montant qui couvre son salaire. Car les indemnités de licenciement sont déclarées dans le Salary Cap.

On est loin des petits arrangements des clubs de fédérale 1 avec les faux frais kilométriques et les non déclaration à l’URSAF.

Rugby, argent et résultats sportifs des clubs 

La proportion de clubs obtenant des résultats sportifs correspondant à leur budget varie très peu selon les niveaux de championnats et les poules auxquels ils appartiennent. Les poules 2 et 3 de la fédérale 1 restent indécises, mais du TOP 14 aux autres poules de la fédérale 1,les gros budgets se battent entre eux, laissant les autres clubs lutter pour ne pas descendre

Proportion de clubs ayant des résultats sportifs qui correspondent à leur budget

  • TOP 14 : 71,5 %
  • PRO D2 : 69 %
  • Poule 1 de la fédérale 1 : 54,5 %
  • Poule 2 de la fédérale 1 : 63,5 %
  • Poule 3 de la fédérale 1 : 54,5 %
  • Poule 4 de la fédérale 1 : 100 %

Le cas particulier du championnat fédéral 

On retrouve dans le rugby semi-amateur et amateur les mêmes défauts que dans le rugby pro, mais à une échelle moindre en valeur absolue. Les salaires et différents avantages financiers sont souvent non déclarés, certaines recettes (buvette…) sont minorées pour permettre une rémunération occulte et surtout les gestionnaires des clubs amateurs sont souvent dépassés par la complexité de la gestion d’un club de Rugby. Ces trésoriers souvent bénévoles sont, soit inconscients de l’importance de la tenue de comptes précis par méconnaissance ou simple manque d’intérêt de la réglementation fiscale, soit subissent les errements de présidents inconséquents et peut être trop orgueilleux. Combien de clubs s’acquittent scrupuleusement de la TVA sur leurs ventes, sur leur billetterie et sur leurs factures de sponsoring ?

Le statut des joueurs amateurs des championnats fédéraux se rapproche de celui des joueurs entre 1960 à 1995. La plupart d’entre eux sont payés et bénéficient de contrat spécifiques « semi-amateurs » en fédérale 1. Des contrats qui doivent être simplement enregistrés par la FFR s’ils sont en dessous de 1000 euros mensuels ou homologués par la même FFR s’ils dépassent cette somme. Dans tous les cas, ils doivent payer des charges sociales plus ou moins importantes à l’URSSAF.

Les joueurs de beaucoup de clubs de fédérale 1 des poules 2 à 4 (19 sur 33, soit 57 %) ne s’entraînent que le soir de 6 à 9 heures trois par semaine car ils sont pluriactifs et exercent une activité professionnelle ou étudiante. La plupart de ces clubs ne disposent pas de salle de musculation ou de préparation physique. Ces clubs qui disposent de moins de 1 million de budget rencontrent des concurrents (quatre dans la poule 2, quatre dans la poule 3 et six dans la poule 4) qui travaillent dans les mêmes conditions optimales que les clubs de la poule 1, dite d’accession à la PRO D2. Peut-on alors parler d’équité sportive?

Depuis trois ans, 3 clubs sont montés en pro D2 (Nevers, Soyaux-Angoulème et Vannes), 3 sont descendus sportivement ou non (Bourgoin, Tarbes et Albi), mais surtout NEUF ont été rétrogradés, voire ont disparu pour des raisons économiques. Ils avaient tous des budgets supérieurs à 1 million : Lille, Périgueux, Bobigny; Montluçon, Chalon, St Nazaire, Auch et Libourne. Le cas de Bergerac est un peu différent, puisqu’il est vite remonté en fédérale 1

Le cahier des charges pour monter en Pro D2 est-il si complexe à appréhender? Ou certains clubs trichent-ils sciemment ?

Car tous les ans en milieu ou en fin d’exercice, les résultats sont faussés et l’équité sportive galvaudée. Il faut dire que miser sur sa propre formation ou sur un réel projet d’émancipation des joueurs demande beaucoup d’efforts et de matière grise. Ces clubs, la grande majorités de ceux figurant en fédérale 1, devraient être récompensés en priorité par la FFR.

Quelle motivation a pu pousser Chambéry, ROVAL, Bourgoin, Aubenas, Limoges et Strasbourg à jouer le jeu puisqu’on leur a supprimé le droit de participer aux phases finales à la mi-saison? Que vont devenir ces clubs ? Dans les autres poules combien de clubs ayant un budget supérieur à 1 million seront-ils rétrogradés administrativement ?

Il existe une très grande différence entre les poules du point de vue de la structure et du volume des budgets. 

  • La poule 1 se rapproche du modèle économique SATI en vigueur dans le Rugby Pro. Sa position intermédiaire dans la hiérarchie rugbystique fait que les résultats des clubs semblent assez imprévisibles. Il faut dire que les gros budgets tels Albi et surtout Tarbes ont du mal à digérer leur rétrogradation, que Rouen ou Aubenas peinent dans cette phase de transition. Au contraire, Chambéry profite de sa magnifique dernière saison pour caracoler en tête.
  • Mais ça, c’était avant la 11 ème journée. Nous savons désormais qui seront les cinq qualifiés pour l’accession à la PRO D2 : le PARC, Albi, Tarbes, Bourg et Rouen. Les 6 autres clubs sont mis hors jeu pour raison administrative et/ou financière. Une situation ubuesque, voire grotesque, un miroir grossissant des effets délétères de la financiarisation du rugby. L’enjeu sportif ne réside plus que dans l’ordre des 5 premiers du classement. Pire certains des 6 clubs ont totalement démissionnés faussant totalement le classement de la poule 1, seuls Chambery, ROVAL et Strasbourg arrivent à garder un intêt sportifér malgré leur blocage administratif. Mais, est-on certain que la situation des clubs millionnaires des poules 2, 3 et 4 sont si saine ?
  • La poule 3, la plus vertueuse du point de vue budgétaire, est plutôt imprévisible du point de vue sportif : donc intéressante. Saint Sulpice sur Lèze, Castanet et Trélissac se débrouillent magnifiquement, tandis que Graulhet (illustre club formateur, qui peine budgétairement) et Rodez (digestion toujours difficile des restrictions budgétaires. Blagnac et Lavaur sont logiquement en tête. Mais des clubs historiquement importants se distinguent aussi : Bagnères et Valence d’Agen. Castanet résiste à l’ombre de ses prestigieux clubs toulousains voisins, mais le superbe club de Lombez-Samatan a bien du mal (un peu comme Hendaye).
  • La poule 2 est la plus équilibrée sportivement malgré des budgets allant de 0,58 à 1,8 millions. Anglet et Oloron réussissent des prouesses sportives en se basant sur l’identité locale, l’expérience de quelques joueurs et la formation. C’est aussi le cas de Tyrosse, Saint Jean de Luz, Bagnères et de Valence d’Agen. L’entente Cognac/St J d’Angely part avec une longueur d’avance du point de vue budgétaire, comme Nantes (grande métropole, mais aussi club formateur) ou Niort (qui bénéficie de l’aide non négligeable du voisin rochelais, mais a très bien digérée sa montée de fédérale2). C’est beaucoup plus dur pour le Bassin d’Arcachon et Langon, l’amalgame a du mal à prendre. Il semble que la fédérale 1 devienne un championnat trop dur pour de magnifiques clubs formateurs comme Hendaye. Et c’est bien regrettable. Dans cette poule 7 clubs peuvent prétendre accéder aux phases finales.
  • Enfin, la poule 4 qui rassemble le plus grand nombre de clubs millionnaires se révèle logiquement la moins surprenante. Seule l’ASVEL, club de la banlieue de Lyon, présente des résultats sportifs supérieurs à la logique financière, sans non plus bousculer totalement les clubs les plus riches. Les gros budgets sont logiquement leaders : Mâcon, Nimes, Vienne, Carqueiranne-Hyères et La Seyne. Dijon part avec pas mal de retard (pénalités financières), mais peut encore largement se qualifier, tandis que le championnat pour la descente se révèle passionnant entre Suresnes (club formateur parisien), Céret (club qui regroupe plus de joueurs catalans qu’à l’USAP), Agde (héritière de l’âme biterroise) et Grasse (les parfumeurs du haut Nice).

Ainsi, dans les poules 2 à 4 aussi, certains clubs sont-ils plus méritants que d’autres du point vue financier. Ceux qui ne trichent pas et ne rentrent pas dans le travail dissimulé. Ceux qui sont au clair du point de vue social et juridique. L’avenir prochain nous réserve peut-être quelques surprises, avec des bouleversements et des répercussions sur l’identité des clubs qualifiables ou non. Car pour qu’il y ait équité sportive, il faut bien que chaque club suive le même règlement.

Poule 1 (dite d’accession à la PRO D2) de la fédérale 1, puis poules 2, 3 et 4 en 2017-2018

Clubs poule 1 Budget en millions d’euros Classement et points après 20 journées   

Albi

5,5 3° et 59 points  qualification d’office pour les phases finales

PARC

4,5 1 er et 68 points  qualification d’office pour les phases finales
Tarbes 3,6 8° et 41 points

– 18 points / au 3°

qualification d’office pour les phases finales

ROVAL

3,2 7° et 42 points  

Rouen

3 4° et 53 points  qualification d’office pour les phases finales

Bourg

2,7 2° et 60 points

 + 14 points / au 6°

qualification d’office pour les phases finales

Aubenas

2,2 11° et 28 points 14 points / au 7°

Bourgoin

2,1 9° et 34 points  

Strasbourg

2 6° et 46 points  + 12 points / au 9°

Chambéry

2 5° et 50 points + 22 points / 10°. 

Limoges

1,8 10° et 28 points  
Moyennes

2,96

écart X 3,05

 

54,5 % des clubs ont des résultats sportifs qui correspondent à leur budget.

Clubs poule 2 Budget en millions d’euros Classement et points après 20 journées    

Cognac/St J d’Angely

1,8 1° et 70 points   

Nantes

1,4 4° et 56 points   

Bassin d’Arcachon

1,1 8° et  44 points -16 points / au 3°

Niort

1 7° et 48 points  

Saint J de Luz

0,75 2° et 64 points  

Tyrosse

0,75 6° et 53 points  

Langon

0,7 9° et 30 points – 18 points / au 7°

Anglet

0,67 5° et 56 points + 12 points / au 8°

Oloron

0,62 3° et 60 points  + 30 points / au 9°

Saint Médard en Jalles 

0,6 10° et 21 points  

Hendaye

0,58 11° et 19 points  
Moyenne

0,88

écart : x 3,1

0,21 63,5 % des clubs ont des résultats sportifs qui correspondent à leur budget.

 

Clubs poule 3

Budget en millions d’euros

Classement et points après 20 journées     

Rodez

 1,3  7° et 45 points  – 26 points / au 1er

 Blagnac

1,2 1° et et 71 points   

 Valence d’Agen

1 3° et 61 points   

 Lavaur

0,9 4° et  59 points  

 Bergerac

0,72  6° et 45 points  

 Bagnères

0,7  8° et 42 points  

 Trélissac

0,65 2° et 62 points  + 17 points / au 7° 

 Graulhet

0,6  10° et 18 points  – 27 points / au 8° 

Castanet

0,53  5° et 52 points   + 15 points/au 9°

 Lombez Samatan

0,40  11° et 16 points   

Saint Sulpice/Lèze

0,40 9° et 37 points + 21 points/ au 11°
Médiane

0,77

écart : x 3,25

  54,5 % des clubs ont des résultats sportifs qui correspondent à leur budget.
Clubs poule 4

Budget en millions d’euros 

Classement et points après 20 journées      
Macon

1,6

1° et 67 points  
Dijon

1,55

8° et 38 points mais points de pénalités en début de saison (pénalités financières)  
Nîmes

1,4

2° et 60 points  
Vienne

1,3

5° et 51 points  
La Seyne

1,2

4° et 53 points  
Hyères Carqueiranne

1,1

3° et 53 points  
ASVEL

0,8

6° et 47 points  
Grasse

0,8

10° et 37 points  
Suresnes

0,72

9° et 38 points  
Agde

0,65

11° et 32 points  
Céret

0,56

7° et 39 points  
Moyenne

1 million

écart : x 2,85

  100 % des clubs ont des résultats sportifs qui correspondent à leur budget

 Vive les phases finales

Les clubs millionnaires trustent cette année encore les meilleures places des phases finales 2018 de fédérale 1 pour soulever le bouclier Jean Prat. Blagnac (le club de M. Michalak), Mâcon (gros club bourguignon), Nimes (club gardois qui mise sur sa dimension socio-culturelle) ou l’UCS (les golgoths des Charentes) partent avec un avantage indéniable à la fois parce qu’ils recevront au match retour et parce que leur préparation physique fait qu’ils tournent à 100 % de leurs possibilités au printemps. Mais, il ne faudrait pas sous estimer Trélissac (superbe surprise périgourdine), Valence d’Agen (les voisins rugueux d’Agen), Oloron (LA formation béarnaise) ou Saint Jean de Luz (l’équipe la plus joueuse de la poule 2), qui ont tous réalisés une magnifique saison régulière.

Et comme traditionnellement les phases finales rebattent souvent les cartes, les 8 autres clubs peuvent créer la surprise : Tyrosse  (LA formation landaise) contre Blagnac ; Castanet (les autres banlieusards toulousains) contre Mâcon ; La Seyne (les rugueux de la rade) contre Trélissac ; Hyères-Carqueiranne (les autres rugueux du Var) contre Oloron ; Lavaur (les cousins du grand Graulhet) contre Valence d’Agen ; Nantes (gros budget breton et grande formatrice de jeunes) contre Nîmes ; Anglet contre Saint Jean de Luz pour le derby basque et Vienne (illustre club de la Vallée du Rhône) contre l’UCS.

A vrai dire, les véritables champions de la fédérale 1 sont peut être les clubs qui ont fait des miracles avec des budgets très légers tout au long de la saison régulière : Castanet, Trélissac, Anglet, Oloron déjà nommés et surtout Saint Sulpice sur Lèze. 

Le rugby français est un sport de clubs, pas de franchises, plus d’université, ni de provinces ou de régions. Sa gouvernance est depuis les années 2000 bicéphale : la LNR pour les clubs pro et la FFR pour les autres. Cette organisation délétère et absurde provoque une scission de fait entre deux rugbys qui n’ont plus grand chose en commun. La FFR ne peut pas compter sur un secteur professionnel, la LNR, qui ne gère plus qu’une industrie du divertissement et des entreprises de spectacles.

Séparons ces deux mondes, comme le rugby à XV amateur avait enfanté jadis le rugby à XIII professionnel.

Côté professionnel : LNR

Le TOP 11  division à 11 clubs, qui pourrait s’apparenter au super rugby de l’hémisphère sud et qui regrouperait les clubs les plus riches à plus de 20 millions de budget et ne comporterait qu’une descente : ASM, Toulouse, Toulon, Stade Français, MHR, LOU, La Rochelle, Racing, UBB, Pau et Castres.  

Le PRO8 sorte de championnat de réserve pour des clubs susceptibles d’aller en TOP 11 avec des budgets de plus de 10 millions : Brive, Oyonnax, Agen, Grenoble, Bayonne, Biarritz, USAP, Nevers. Avec des phases finales et deux descentes.

Côté amateur ou semi-professionnel : la FFR

La première division avec LE bouclier de brennus et deux poules de 8 clubs qui auraientt tous un budget supérieur à 3 millions (et 4 descentes) : Béziers, Colomiers, Mt de Marsan, Montauban, Vannes, Angoulême, Narbonne, Aurillac, Dax, Carcassonne, Massy, Albi, PARC, Tarbes, ROVAL et Rouen.

La deuxième division avec deux poules de 10 clubs dont le budget devrait dépasser 1 million d’euros (et 4 descentes): Aubenas, Bourgoin, Strasbourg, Bourg, Chambéry, Limoges, Cognac, Mâcon, Dijon, Nimes, Nantes, RCBA, Niort, Rodez, Blagnac, Valence d’Agen, Vienne, La Seyne, RCHH et Lavaur.

La troisième division et ses 48 clubs regroupant tous les clubs restant de la fédérale 1 (St J de Luz, Tyrosse, Langon,, Anglet, Oléron, St Médard en J, Hendaye, Bergerac, Bannières, Trélissac, Castanet, Graulhet, Lombez, St Sulpice sur Lèze, Grasse, ASVEL, Suresnes, Agde, Céret) et les meilleurs clubs de fédérale 2 et bien entendu La Voulte, Lourdes, Périgueux, Beaumont, Avignon, Bègles en damiers, Romans en damiers, Valence, Boucau, Mazamet, Montchanin, Le Creusot, Tulle, Thuir et Auch, qui auront des « wild cards » à vie.

Depuis le début de sa professionnalisation en 1996, mais dans les faits depuis 2001, le jeu de Rugby perd peu à peu sa dimension éducative et se transforme progressivement en spectacle. Le Racing avec son nouveau cirque Arena truc machin préfigure le futur proche du rugby business. ce club n’est plus qu’une vaste entreprise de divertissement.

Le show est avant et après le match, un écran géant fait office de distraction permanente pendant le match. Après les 15 premières minutes de jeu, temps d’attention moyen d’un public de plus en plus décérébré mais de plus en plus connecté, les spectateurs ne regarde les joueurs que quand ils se blessent ou pour siffler l’arbitre.  

Le rugby suit ainsi avec quelques années de retard et quelques millions en moins (budget moyen de 23,6 en TOP 14 et 87,1 millions pour la ligue 1) l’évolution du football européen et donc l’industrie du sport américain.

Les associations à but non lucratif ne seront bientôt plus cantonnées que dans le rugby semi-amateur et amateur, seules à même de faire perdurer la glorieuse incertitude du sport si elles cessent de copier les clubs pro. Les fonds de pension vont massivement investir dans les grands clubs des grandes métropoles et la création de ligues européennes, voire internationales semble inéluctable pour raviver l’enjeu sportif des championnats.

Qu’est ce qui pourrait stopper la machine infernale ?

RIEN, à moins qu’un défaut de paiement généralisé stoppe net les transferts et les achats de joueurs. A moins aussi d’une généralisation de l’arrêt du paiements des salaire des joueurs par banqueroute des clubs. A moins enfin que les états deviennent moins tolérants vis à vis des finances des clubs en exigeant des clubs qu’ils payent leurs arrivés d’imposte de cotisations sociales. A moins enfin que l’on sépare enfin en deux le rugby : d’un côté le rugby marchand de l’autre le jeu de rugby tel qu’il avait été inventé, codifié et propagé au XIX è siècle par les élèves du professeur Thomas Arnold.

Le championnat de fédérale 1 a ceci d’intéressant qu’il cristallise l’absurdité du système bicéphale de la gouvernance du rugby français. Il est à la confluence de ces deux mondes antinomiques. Un pied dans le rugby pro, l’autre dans le rugby amateur, un oeil tourné vers le CAC 14, l’autre vers le rugby des villages, il n’est toujours pas arrivé à créer son propre modèle économique et sportif. A vrai dire, tous ceux qui pensent pouvoir jouer sur les deux tableaux se mentent, consciemment ou inconsciemment. 

Dans le fond seuls les joueurs de rugby détiennent la clé de ce problème absurde et de ce dilemme cornélien. Est-il préférable de gagner 3000 euros par mois pendant quelques années dans un club rétrogradé de la poule élite de la fédérale 1 ou jouer avec des copains pour une centaine d’euros de primes de match, gouter aux phases finales et avoir une vie professionnelle extra-sportive épanouissante ?

Pour autant le rôle des dirigeants de clubs n’est pas négligeable. A condition, qu’ils sachent allier l’exigence de la performance sportive à la nécessaire dimension éducative (insertion et inclusion de toutes et tous) et socio culturelle du jeu de Rugby, sans céder aux sirènes de la financiarisation du rugby pro.

To be PRO or not to be PRO.

1 Commentaire

  1. Très beau travail de compilation de données et d’analyse. Une vraie démarche heuristique. Il en ressort tout de même qu’en F1 le niveau de budget ne fait pas tout. On ne peut pas déduire le classement en fonction de celui-ci. Ce qui fait que de petits budgets comme Tyrosse, Saint Jean de Luz, Bagnères et de Valence d’Agen réussissent bien à ce niveau c’est la qualité de leur formation-école de rugby et le fait qu’il y a peu voir pas de sports concurrents au rugby dans toutes les catégories d’âge. A Tyrosse et St Jean de Luz c’est le surf le plus gros concurrent 😉

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