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Petite Histoire du rugby bordelais : du Bordeaux Athletic Club à l’UBB

Par Frédéric Bonnet pour

 

 

 

Un club de Rugby, c’est un stade, un maillot, des symboles, une école de rugby, des joueurs, des éducateurs, des entraineurs, des administrateurs et un président qui se lient et qui communient avec l’ensemble d’une cité et de ses citoyens. L’Union Bordeaux Bègles, l’UBB, n’a que dix ans d’existence. Ce club est né dans la douleur de l’union de deux clubs antagonistes et centenaires. Il a peut être grandi trop vite et sans se préoccuper ni de l’Histoire du rugby bordelais, ni de celle des deux club qui l’ont construit : les bordelais du SBUC et les banlieusards bèglais du CAB. Pour aller de l’avant et se projeter vers l’avenir, il faut savoir d’où l’on vient. Il faut donc s’appuyer sur un passé riche et varié et s’ancrer dans la réalité de deux cités à la fois opposées et complémentaires : Bordeaux la belle cité fermée, étudiante et aristocratique et Bègles sa banlieue ouvrière, laborieuse et modeste.

L’histoire du Rugby bordelais

En France, comme partout dans le monde, se sont les anglais expatriés qui ont propagés et organisés l’implantation du jeu de Rugby. D’abord en Normandie, avec le Havre Athletic Club en 1872, puis en 1876-77, à Bordeaux avec la création du Bordeaux Athletic Club, qui comprenait plus de joueurs anglais que de joueurs français. C’était une société bordelo-anglo-saxonne fermée, aristocratique et exclusive. B.T. Small adresse officiellement une lettre au préfet le 15 novembre 1876, à laquelle il joint les statuts du BAC et la liste de ses quatorze membres fondateurs. Le préfet donnera son accord le 9 janvier 1977.

Mais, contrairement à ce que l’on pourrait croire, le jeu de Rugby n’a pas suivi un cheminement linéaire du Havre à Paris et vers la Province. S’il est pratiqué de manière très confidentielle par des anglais travaillant dans des ports français (employés de compagnies d’armement et de sociétés de commerces), sa diffusion passera surtout via les grands centres universitaires (Paris, Bordeaux, puis Toulouse, Lyon et Montpellier).

Les pionniers du rugby furent donc au départ parisiens : des élèves des grands lycées (Janson de Sailly, Hoche, Louis Le Grand, Sainte Barbe, Lakanal, Buffon, Monge, l’Ecole Alsacienne, Michelet, Henri IV, Albert le Grand sont les premiers promoteurs du rugby créèrent les premier championnats scolaires.

Par la suite, la section autonome de football-rugby de l’Union des Sociétés françaises des sports athlétiques (USFSA), nait en 1889, fondée par Pierre de Coubertin et Georges de Saint-Clair, fédéra les premiers clubs de rugby : le Racing Club de France (1882 pour la section omnisports, 1892 pour la section rugby), le Stade Français (1883 créé au café Le Procope en 1883) entre autres et en province le Stade Bordelais (1889).

A l’approche du XXè siècle, Bordeaux est considérée comme un pôle de développement de l’éducation physique grâce à l’action de personnalités reconnues nationalement (Eugène Paz, Charles Cazalet, Daniel Merillon, A. Mangeot et donc Philippe Tissé) qui sont à l’origine de la création des premières sociétés sportives omnisports françaises. D’autre part la région bordelaise bénéficie de la présence d’une forte colonie anglaise.

Le docteur Tissé créa en 1888 la Ligue girondine d’éducation physique qui va tout de suite promouvoir dans les établissements scolaires de la région de Bordeaux des formes de jeu de Rugby, type la Barette (sorte de rugby à 5, de Touch rugby) et organisa des tournois inter établissements nommés Lendits. Ce sont ces Lendits qui favorisèrent l’éclosion d’associations sportives puis de clubs : les Muguets de Bordeaux, les Myosotis de La Réole, les Boutons d’Or de Mont de Marsan, les Jasmins d’Agen, puis l’Association sportive des étudiants de Bordeaux (ASEB) etc.

Il faudra attendre 1881 et la création du Stade Girondin, puis donc 1889 avec la naissance du Stade Bordelais pour que le rugby s’implante définitivement à Bordeaux, plus précisément sur le domaine de Sainte-Germaine au Bouscat. Présidé tour à tour par un français et par un britannique, le Stade Bordelais regroupait des amateurs de rugby, mais aussi de courses à pied, de lawn-tennis et de cricket. Son secrétaire, A Mangeot, soutenu par Pierre de Coubertin va structurer le club à l’image du stade Français dont il est originaire.

Le Stade bordelais fut le premier club non parisien à remporter le championnat de France en 1899. Bénéficiant de l’appui de joueurs et entraineurs britanniques, le club créa une méthode de jeu et une organisation seule apte à rivaliser avec les clubs parisiens. Son recrutement s’oriente rapidement vers des joueurs issus du secteur tertiaire et les milieux aisés de la fonction publique et des professions libérales.

En 1901, le Stade bordelais entreprit une fusion avec les « diables rouges », majoritairement des étudiants en médecine venant de toute l’Aquitaine réunis dans le Bordeaux université club. Ainsi, naquit le Stade bordelais université club ou SBUC, qui était considéré au commencement du championnat de France de Rugby comme une sorte d’académie de ce sport.

Il fut sept fois champion de France et cinq fois finaliste de 1899 à 1911 et un club de premier plan jusque dans les années 30. De tout temps, les joueurs du SBUC ont été des étudiants provenant des « boutons d’or » de Mont de Marsan, des « montagnards » de Bayonne, des « jasmins » d’Agen, des « coquelicots » de Pau ou des « bleuets » de Périgueux, renforcés par des joueurs anglo-saxons.

Ce club riche en internationaux végéta un peu jusqu’en 1959, où il obtint le bouclier de Brennus de deuxième division. Il remonta en 1ère division en 1972, puis la quittera à nouveau en 1975 pour la retrouver en 1989, année de son centenaire.

SBUC 1994 en haut : Laporte, Sentenac, Agueb, Fillali, Hairabetian, Combes, Aubertin, Lafon, Delpech Au milieu, Sudre, Bonhur, Deffiet, Techoueyres, Laboual, Cassio, Amina, Tauzin. En bas : Reigt, Armand, x, Gimbert, Dauriac, Moscato

Enfin, souhaitant renouer avec son passé, il redevint le Stade Bordelais en 1997 et retrouva le haut niveau en 2004 en accédant à la PRO D2.

Mérignac 1978: En haut Cantet, Dewewer, Merlaud, Bonnehon, Mazelie, Soubervie, Lafourcade, Leze, Cazeaux, Buret, Trillo, Lemaitre. En bas Mathieu, Tauzin, Garrain, gardera, Alagich, Bauge, Malleret, Cases, Lauga. absents : Duclos, Laussucq, Merling, Puyo et Tilloles.

Parallèlement au développement du SBUC, des étudiants et enseignants « dissidents » créérent en 1903 le Bordeaux Etudiant Club, le BEC. Ce club doyen des clubs universitaires français fut fondé en 1903 à l’initiative d’anciens bucistes dont entre autre le docteur Fournial. Le BEC symbolise les valeurs sportives du monde universitaire, à savoir l’apprentissage de la citoyenneté, valeurs qui lui ont valu d’être élu « club du siècle » pour la Gironde en 2000. Champion de Côte d’Argent en 1906 et 1996, le club décroche le titre de champion de France Honneur la même année, puis de champion de 3è division en 1997. Il resta en première division de 1907 à 1926.

Le rugby ne resta pas longtemps cantonné à la ville de Bordeaux.

A Mérignac, banlieue de Bordeaux, naissait le Stade Athlétique Bordelais, SAB, fusion en 1892 du Stade Amical Mérignacais et de La Vie au grand air du Médoc ! D’autres clubs virent le jour au début du XX ième siècle dont l’Association sportive des employés des chemins de fer du Midi, ASPOM, le Club Athlétique du Bouscat, le Sporting Club de Pessac, l’Association Sportive de Saint Médard en Jalles (les poudriers) ou l’Union sportive Lormontaise.

 

CAB 1976 : En haut : Junca, Dalos, Filet, Geneste.M, Boucherie, Villate, Bernadet, Brouillet, Bompy, Swierczinski,. En bas : Lesbordes, Geneste.B, Crampagne, Berrouet, Pedeutour, Mujica, Stolorz, Jameau.

Mais, le flambeau laché par le SBUC dans les années 30, fut essentiellement repris dans la métropole girondine par son rival de la banlieue rouge à Bègles. Sur les terres basses et marécageuses de Bègles, vivaient les maraichers (en particulier les cultivateurs du radis), les cheminots, les ouvriers des usines d’allumettes et des raffineries de pétrole et les ouvrières des sècheries de morue. C’est en 1907 que les trois frères Loche, Daniel Florent et Gaston Martin, influencés par le succès du SBUC, fondèrent le Club athlétique de Bègles, le CAB.

Le CAB, et ses symboles le maillot à damier bleu et blanc adopté en 1909 (et emprunté aux United Hospitals de Londres venus en tournée en 1908) et le radis, sont l’âme de la ville modeste et ouvrière de Bègles. Son stade Musard situé au lieu dit du Campgrand, devenu Moga plus tard, est la cathédrale laïque et le centre névralgique de cette ville composée d’une multitude de maisons basses et de hameaux aux noms pittoresques : Tartifume, la Raze, Birambits, Argous, le Prêche, Peyrelongue, la Castagne.

L’équipe du maillot à damiers bleus et blancs a marqué l’histoire du rugby français grâce à la renommée et l’influence des frères Moga, Alphonse, Alban et André, sans oublier Jacques Chaban-Delmas, autorité de la résistance, premier ministre, maire de Bordeaux et joueur au CAB pendant 3 ans. Figure du marché des Capucins, Alban Moga (dit Bamby) fut 22 fois international pour le XV de France associé en seconde ligne avec Robert Soro, un autre joueur au maillot à damiers, cette fois noir et blancs à Romans.

Le CAB, c’est donc à la fois des traditions et un état d’esprit enraciné dans le labeur de la condition ouvrière, mais aussi des étudiants provinciaux débauchés par les frères Moga à la belle ville bourgeoise de Bordeaux. Dans les années 70-80, Trillo de Condom, Boucherie de Belves dans le Périgord, Appriou de Brest, Crampagne de Foix, Dubois du Havre, Gesta-Lavit de Lourdes,le navarrais Pédeutour, Morlaes de Morlaas, Malterre de Nay, Plantey de Salles, Sourillan ou Jameau de Langon, Berrouet de Ciboure, Camblats de Saint Palais sur mer jouaient aux cotés des talenco-bèglo-bordelais Bernardet, Brouillet, Swierzinski, Junca, Geneste (les 3 frères), Chlebowski (les 2 frères), Moga, Chagnaud, Traissac, Durin, Pédemay, Clerc, Ruaud, Verswijer, Moison, Dupuy, Herran, Lagisquet, Labat ou Joandet.

On trouvait aussi au CAB les « étrangers »: les bouillonnants joueurs natifs d’Oloron Sainte Marie, Vinao et Clemente ou le béarnais Pédeutour. 

 

Ainsi, les joueurs du CAB n’étaient-ils que très minoritairement originaires de Bègles. Ces rugbymen-étudiants formaient pourtant un tout indissociable, une union indéfectible avec leurs supporters à bérets de « l’Académie de la tribune Garonne ». Il faut dire qu’ils faisaient tous partis de la vie bèglaise et pas seulement les jours de match. On les rencontrait sur la pelouse du stade Musard en allant à la boulangerie et le soir dans les innombrables cafés de Bègles. Le club avait une utilité pour la ville, il créait du lien social et était un prétexte pour que la population se rencontre et vive ensemble. 

La génération des joueurs et des entraineurs bèglais champions de France en 1991 l’avaient compris. Ils avaient eu l’audace de transformer le jeu fait de vitesse, de vivacité et d’enthousiasme de la cavalerie légère du CAB des années 70-80.

Sous la houlette de leur entraineur Yves Appriou et des girondins Vergé, Labat, Soulé, Geneste, Téchoueyres, Sicot ou Tauzin, les joueurs venus de Gaillac (Laporte et Moscato), Nice (Simon), Dax (Sallefranque), Saint Etienne (Gimbert), Dijon (Mougeot), Albi (Alibert), Cahors (Courtiols), du PUC (Frentzel), Lons le Saunier (Berthozat), Pau (Moncla) ou Brive (Delage) ont révolutionné le jeu bèglais et sont devenus les héritiers du rugby rude et guerrier des toulonnais du grand RCT.  Ils ont même inventé une phase de jeu jamais recopiée depuis : la célèbre tortue à 14 têtes pilotée par son capitaine Bernard Laporte. Un style de rugby qui revenait aux origines anglo-saxonnes du XIX ème siècle, celui du grand enchevêtrement, du combat collectif porté à son paroxysme.

La tortue bèglaise, championne de France en 1991.

 

L’Union Bordeaux Bègles aujourd’hui

L’Union Bordeaux Bègles s’est forgée à partir du 10 mars 2006 dès la première poignée de main de M.Lamarque (président du Stade Bordelais) et de M.Moga (coprésident du CABBG). Un mariage de raison, un aller sans retour possible pour les bèglais (le numéro d’immatriculation de l’UBB étant celui du Stade Bordelais) qui étaient descendus en fédérale 1 « grâce » à la DNACG (la police financière de la FFR), tandis que leur rivaux du Bouscat étaient montés en Pro D2 en 2004. L’UBB est donc née dans la douleur, les insultes et les menaces. On retrouve d’ailleurs cette rivalité chez les anciens supporters des deux clubs. La fusion n’est toujours pas digérée à l’intérieur de chaque entité, les nerfs sont encore à vif. Son premier président, M Martini permit à l’Union de passer le cap de la première année. Mais rapidement, l’UBB s’est trouvée un président étranger à ces querelles en la personne de M.Marti, ancien joueur bergeraco-toulousain et chef d’entreprise à Toulouse. La croissance du « bébé » a été fulgurante, passant en dix ans :

  • de la Pro D2 au Top 14 au bout de 5 ans.
  • d’un budget de 3,5  à 24, 2 millions d’euros.
  • d’une affluence annuelle de 55 812 (au stade Moga et à Sainte Germaine) à 308 155 (à Chaban et au Matmut) spectateurs.

En une décennie, l’UBB est devenue un enjeu pour Bordeaux Métropole, puisque ses retombées financières pour l’agglomération sont estimées à 94,1 millions d’euros par an. Il a aussi supplanté les Girondins du football dans le coeur du public bordelais si versatile et friand d’événements spectaculaires à la mode.

A son commencement, l’UBB n’avait pas beaucoup d’argent, mais heureusement son président avait des idées. Celle par exemple de recruter des joueurs inconnus, peu onéreux et en devenir à l’autre bout du monde (Avéi, Adams, Clarkin, Purll, Connors ou Chalmers, puis Talebula). Des paris gagnants sportivement et humainement, tant ces joueurs sont rapidement devenus des icônes du club et se sont insérés pour la plupart dans la vie de la cité.  

L’autre idée fut de se doter d’entraineurs capables de donner une identité de jeu forte et singulière à l’UBB. Marc Delpoux, Régis Sonnes et David Etcheto furent les garants du style de jeu de l’UBB et transmirent leur personnalité aux rugbymen que le président leur confia. Tandis, que le Top 14 s’enfonçait dans un style de jeu de rentre-dedans, le club choisit de privilégier un jeu basé sur la vivacité, l’enthousiasme et de vitesse. En somme, il a renoué avec l’état d’esprit du CAB des années 70-80.  

Au fil du temps, le club a perdu Marc Delpoux (parti au PARC) remplacé par Raphael Ibanez, qui est lui aussi parti en 2017, David Etcheto (parti à Bayonne) remplacé par Emile N’Tamack, puis par Rory Teague et enfin Régis Sonnes (le seul parti volontairement pour tenter une expérience humaine et sportive en Irlande) remplacé par Jacques Brunel, puis Jeremy Davidson.

Même si l’UBB a atteint deux années de suite la septième place qualificative pour la coupe d’Europe, tout est donc à réinventer.

Les deux dernières saisons 2016-2017  et 2017-2018 furent très fades. Il faut dire que la valse des joueurs et des entraineurs n’a pas permis pas permis à l’UBB de trouver une personnalité à l’image de ses managers. Jacques Brunel appelé à la tête du XV de France en cours d’année 2018, c’est Rory Teague qui prend seul les rênes du club et lui impose un management à « l’anglaise ». Quoi de plus naturel finalement pour un club devenu beaucoup plus bordelais que bèglais. Donc plus proche des origines anglo-saxonnes du SBUC.

Comme le disait Sir Winston CHURCHILL (1874-1965), plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur.

La grande force des All Blacks, c’est avant tout d’avoir

  • su répondre collectivement à la question du pourquoi sommes-nous ensemble et jouons-nous ensemble.
  • ensuite inventé un mantra commun humilité, excellence et respect.
  • enfin perpétuellement inscrit leur action dans un héritage connu et perpétuellement enrichi.

Chaque nouvel All Black reçoit pour sa première sélection un superbe petit livre noir relié en cuir et illustré en page de couverture par le maillot des Originals de 1905, puis celui des Invicibles de 1924, puis un autre maillot et ainsi de suite  jusqu’à aujourd’hui. On trouve aussi à l’intérieur des rappels des principes, des valeurs, le code d’honneur, l’éthique, bref du caractère des All Blacks. Les dernières pages sont vierges signifiant que la suite de l’histoire est à écrire par ces nouveaux venus.

Le maillot ne n’appartient pas aux joueurs qui le portent. Ils ne sont que le corps qui l’habite ponctuellement. 

L’UBB doit inventer collectivement ce petit plus qui fait qu’une équipe se transcende collectivement. Les clubs du Top 14 sont tellement proches désormais, que c’est ce supplément d’âme qui fait la différence entre les six premières places du classement et le reste du peloton. 

Les joueurs vont et viennent y compris en cours d’année. Il ne fallait pas trop s’attacher à Beauxis qui est parti du jour au lendemain au LOU, l’année dernière l’international Kepu nous avait fait le coup de partir avant la fin de saison, Madigan s’est s’enfuit etc.. Le départ de Madaule pour Toulouse fut une nouvelle perte, la retraite d’Heini Adams et de Sir Clarkin aussi, les départs d’Avei et de Chalmers.

L’attachement des joueurs à un club, un maillot ou même à des camarades de combat ne passera que par ce nécessaire travail de construction commune du sens.

Sinon,il ne subsiste que des questions de plan de carrières individuels, de marketing et de droit à l’image avec des sponsors avides de stars éphémères.

L’UBB n’est pas le seul club dans cette situation. Le RCT se coupe peu à peu de Toulon, l’amitié indéfectible qui liait les copains du Stade français a disparu, le Racing sombre dans les affaires… D’ailleurs, chaque club doit s’inventer un sens en fonction de sa réalité budgétaire, culturelle, sociale et sportive. Mais, il y du boulot tant une équipe de rugby est devenue une somme d’individus aux salaires et aux interêts si divergents.

A elle aussi de s’appuyer sur les forces du club : sa jeunesse si brillante.

Puiser dans la richesse de sa jeunesse (de son centre de formation à toutes les écoles de rugby du comité Côte d’Argent), en leur donnant une chance comme l’UBB a su le faire il y a quelques années avec Baptiste Serin et cette année avec Matthieu Jalibert.

 

 

Les seules traces du passé de l’UBB sont visibles sur l’écusson du club : les damiers de Bègles et le lion du Stade Bordelais.

En se retournant enfin sur « ses passés », sur ses fondations, le club trouvera une identité propre. S’appuyer sur les héros du passé des deux clubs, sur leurs histoires, et plus largement sur la singularité du rugby bordelais et plus globalement du comité Côte d’Argent. S’ancrer dans la cité de Bègles, de Bordeaux et des alentours en exportant les entrainements sur d’autres stades et en ouvrant grandes les portes du stade Moga.

Renouer les liens entre les joueurs et leurs supporters sans passer par des évènements artificiels et trop organisés, baigner ces joueurs dans la culture des cités pour lesquelles ils jouent, les amener dans les écoles primaires, au collège et au lycée pour promouvoir notre sport.

Bref, ramener les rugbymen dans la cité, en faire des citoyens, pas des superstars inaccessibles et uniquement visibles sur les réseaux sociaux. Ils seront d’autant plus respectés, qu’ils seront connus de tous, ils seront d’autant meilleurs qu’ils sauront pour qui ils jouent.

Car le rugby est une expérience humaine collective et un prétexte pour rassembler les gens autour d’un projet commun. Pas pour les divertir bêtement ou flatter leurs instincts les plus bas. 

7 Commentaires

  1. très bel article! qui retrace avec précision l’évolution des structures du rugby bordelais et ses origines populaires et bourgeoises. Le mélange des cultures sociales et géographiques et les richesses qu’ il recèle est une leçon qui devrait nous éclairer dans les grands troubles que nous vivons actuellement. Le CA Bèglais reste pour moi un club de référence tant j’ai en mémoire ce qu’il était dans la décennie 65/75(champion de France en 68/69). Je me souviens que mes camarades de jeu d’Angoulême alors bien plus âgés que moi (j’avais tout juste 18 ans) appelaient le stade de Bègles (on disait alors « le terrain »), l’ouche à Musard en raison de la qualité très moyenne de sa pelouse. Une « ouche » en charentais est un pré où l’on parque momentanément les vaches.

  2. Trés sympa de se rememorer l’histoire du rugby sur la place de Bordeaux et de Bégles . Des noms oubliés ressurgissent avec les périodes que l’on a connu pour y avoir pratiquer aussi . L’histoire du club est riche et variée par des anecdotes, mais surtout et principalement grace aux personnes qui ont cotoyé le Club . Ces hommes de talents , joueurs ou/et dirigeants , tous hommes de convictions , aux qualités humaines reconnues , ont su porter haut toutes les valeurs que véhicule et doit véhiculer le rugby .
    Maintenant depuis une bonne décénie le rugby professionnel et le rugby amateur sont en décalage perpétuel à tel point qu’un fossé énorme s’est creusé . Le probléme majeur vient du fait que ce jeu rugby pratiqué actuellement est devenu en priorité un affrontement féroce de joueurs standardisés aux physiques hors normes . Le paradoxe est que dans le cadre de l’apprentissage du Rugby chez les jeunes enfants ce même jeu pratiqué est souvent reproduit dans les écoles de rugby « pour faire comme les grands » . Et ainsi l’on passe à côté , voire trés loin d’une formation beaucoup plus compléte dans la reflexion et l’analyse du jeu , qui permet à tous les enfants , quelque leurs différences ( tailles et qualités physiologiques…) de pouvoir pratiquer un jeu qui se doit d’être encore ludique . Le jeu de rugby c’est pour tout le monde . On aura bien le temps de ré-orienter la pratique par la suite mais avec les bases acquises d’une formation individuelle et collective compléte .
    En ce qui concerne l’UBB , je regrette cette derniére decision de peu voir plus ouvrir les entrainements au public en sachant que même les informations publié sur le site sont faites seulement le dimanche voire même le lundi pour la dite semaine , donc trés compliqué et difficile de programmer une venue sur Musard qui plus est lorsque l’on est pas du coin ……
    D’ailleurs cette semaine j’avais programmé sur notre planning d’activités de notre ALSH ( centre de loisirs) une sortie pour assister à l’entraînement des Pros , mardi matin avec un groupe d’enfants mais malheureusement j’ai dû me résoudre à annuler cette sortie car le seul jour ouvert au public est passé au vendredi mais je ne pouvais plus beneficier du transport qui m’était accordé mardi .
    Bref c’est dommage pour les enfants qui viennent voir « les idoles , des pro de l’UBB » , pour les supporters de l’UBB afin de ne pas les perdre , puis pour les « anciens Béglais » les voisins de Musard qui passent le matin , aprés leurs petites courses quotidiennes pour prendre les dernieres nouvelles .
    Mais aussi je pense que cela peut être préjudiciable pour l’image du club qui se coupe de ce public de connaisseurs , fidéles dont elle a tout de même fort besoin et qui supportent toutes les catégories du club : des jeunes de l’Ecole de Rugby en passant par les Espoirs et les Pros .
    Cette promixité supporters / Pro est une formidable reconnaissance inter-générationnelle qu’il faut préserver trés réguliérement .

  3. Très bel article : Merci.
    A la fois pour les rappels historiques du rugby de l’actuelle UBB,
    Mais aussi, et peut être surtout, pour la 2ème partie de l’article ; et la problématique du devenir des jeunes joueurs issus des centres de formation, qui, même s’ils sont champions, peinent à intégrer des clubs prof…

  4. L’histoire est belle et la vérité historique aurait mérité une mention ou un petit clin d’oeil à l’adresse du CFM HOURTIN…

  5. Le SBUC des grandes années d’avant-guerre a vu passer de nombreux Britaniques, à commencer par son président emblématique J.S.Schaerer, son coach William Priest que la fédé tenta de bannir, ou sur le terrain l’international gallois (1 selection…) William Morgan aka Billy Bordeaux, mais pas le gallois Owen Roe que vous évoquez qui, lui, faisait les belles heures de l’Aviron Bayonnais 🙂

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