Eloge des phases finales au Rugby

Par frédéric Bonnet

RCT 

 

Le jeu de Rugby est un prétexte pour éduquer et éprouver la jeunesse, mais aussi pour créer du lien social dans un quartier, un village ou une ville. Quoi de mieux que les phases finales pour rassembler les femmes et les hommes, les enfants et les anciens autour d’un club dans un climat de fête et de convivialité ? Le CAC 14 a décidé de les remplacer par des méga show à la Super Bowl dans des stades surdimensionnés éloignés des clubs de Rugby. La Pro D2 et la poule 1 de fédérale 1 Elite, dite d’accession à la Pro D2, emboitent le pas en ne proposant des phases finales qu’à 4 clubs classés de la deuxième à la cinquième place du championnat. Que devient la grande majorité des clubs au printemps : ils sont en vacances sportive. Heureusement, il reste les autres poules de la fédéral 1 et les autres niveaux dits « amateurs » .

Cette année, seize clubs de fédérale 1 vont se disputer le trophée Jean Prat, 48 clubs de fédérale 2 et 96 clubs de fédérale 3 vont se disputer le Brennus avec un système de barrage au premier tour. Sans parler des phases finales des séries dites inférieures qui se disputeront elles aussi le même bouclier forgé par M. Brennus et inventé par M. De Coubertin.

Le Rugby moderne devrait se poser les bonnes questions. Vaut-il mieux rassembler deux fois 40 000 spectateurs à Marseille, Lille ou Nantes pour des demi finales hors sol et sans saveur ? Vaut-il mieux privilégier des spectateurs aussi incultes que riches (confer le prix des places pour ces phases finales) et qui sifflent sans comprendre le sens du jeu de Rugby ? Est-ce même « rentable » financièrement pour utiliser le vocabulaire du CAC 14 ? Peut-être , mais pour une minorité d’actionnaires du rugby marchand.

Bien sur, il n’existe pas d’âge d’or du jeu de Rugby. Il s’est toujours construit dans l’adversité et en accord plus ou moins harmonieux avec les évolutions de la société. Pour autant, il ne doit perdre de vue les fondements de son existence sous peine de disparaitre tout simplement. 

En 1979, date mes premières phases finales avec mon père, les huitièmes se déroulaient en terrain neutre. A Valence, 11 496 supporters rouges et noirs ou jaunes et bleus peuplaient les tribunes et se mélangeaient dans une mêlée amicale et géante. Les autoroutes et les routes nationales menant au stade Pompidou étaient parsemées de voitures aux couleurs de leur club. Par malheur, mon père supporter du pack de Michelin m’avait amené dans les tribunes jaunes et bleu. J’étais un peu (beaucoup) esseulé en rouge et noir pour supporter Manu Diaz et Jérôme Gallion mes héros. Je me rappelle toujours la compo d’équipe du RCT et de l’ASM. C’est dire que l’évènement m’avait marqué.

En tout, 74 025 spectateurs ont assisté à ces huit matchs. Ils avaient été 81 800 au tour précédent en seizième, ils seront 45 698 en quart, 48718 en demi et 41 981 à paris pour la finale gagnée par Narbonne sur Bagnères 10-0.

Huitième de finale en 1979-1980

A Avignon Graulhet-Grenoble 16-10 4 467 supporters
A Agen Bagnères-Béziers 9-6 10 275 supporters
A Toulouse Narbonne-Carcassonne 21-12 14 504 supporters
A Bordeaux Agen-Biarritz 21-17 7 852 supporters
A Dax Bayonne-Tarbes 29-10 13 489 supporters
A Perpignan Nice-Oloron 23-22 4 233 supporters
A Béziers Toulouse-Valence 7-3 7 709 supporters
A Valence  ASM-Toulon 21-14 11 496 supporters

En 2016-2017, les phases finales de la fédérale 2 ont débuté par une phase de barrage avec des matchs aller-retour. C’est l’occasion de retrouver ce parfum authentique des phases finales.Le jeu de Rugby retrouve tout son sens et rassemble autour de lui ses fidèles supporters associés à des spectateurs attirés par l’idée de fête collective. Sur deux week-ends, ils étaient 23150 supporters dans toute l’Ovalie contemporaine, de la poule 1 à la poule 8. 

Barrage de la fédérale 2 en 2017

Beauvais-Saint Denis 500 et 480 : 980
Clamart-Drancy 500 et 424 : 924
Gennevilliers-Chartres 400 et 350 : 750
Le Rheu-Rennes 1500 et 700 : 2200
Annecy-Beaune 500 et 500 : 1000
Meyzieu-St Savin 1050 et 600 : 1650
Nice-Bédarrides 900 et 800 : 1700
Pierrelate St Paul-St Jean en Royans 800 et 500 : 1300
Gaillac-Villefranche de Lauragais 750 et 800 : 1550
Millau-Leucate 500 et 600 : 1100
Lannemezan-Pamiers 450 et 1500 : 1950
Nafarroa-Peyrehorade 1150 et 896 : 2046
Cahors-Issoire 850 et 1200 : 2050
Malemort-Bergerac 1000 et 500 : 1500
Morlaas-Lormont 750 et 300 : 1050
Salles-Orthez 600 et 800 : 1400

Alors certes, il y a une véritable baisse d’affluence dans certains stades du CAC 14, mais les supporters du Rugby n’ont pas disparu. Ils sont disséminés partout dans les clubs de l’Ovalie. Six clubs de fédérale 2 ont ainsi accueilli plus de 1000 spectateurs pour la phase de barrage. Ils sont disséminés dans des régions classiques de la France rugbystique : le Pays basque (Nafarroa), le Limousin (Malemort, banlieue de Brive), la région Midi-Pyrénées (Pamiers), l’Auvergne (Issoire) et le Lyonnais (Meyzieu), mais aussi en Bretagne (Le Rheu) traditionnellement attachée au foot. Ces supporters vont continuer à supporter leurs clubs lors de ces phases finales, de la fédérale 1 aux championnats de série.

Les penseurs et les décideurs du Rugby moderne devraient y réfléchir à deux fois. A force d’amener notre jeu dans une direction qui ne lui correspond pas, ils le tuent à petit feu. Heureusement, il reste les plus de 1800 clubs français qui pour la plupart résistent et conservent l’esprit du jeu de Rugby.

2 réflexions sur “Eloge des phases finales au Rugby

  1. Bonjour Frédéric, effectivement c’est une très bonne idée d’en parler. Je partage ton analyse, mais pas entièrement. Pour l’élite ( Top 14, Pro D2, F1 Elite), ces phases finales n’ont pour moi aucun sens. Je trouve même inique de rajouter une formule « coupe » à une formule « championnat ». Le 1er de la saison régulière est champion…ce sera mieux pour Clermont! Sourire
    Si il y a une formule « coupe », elle porte un autre nom. Effectivement les demies-finales et finales de ces compétitions, sont d’un apport discutable, selon moi, sportivement. En amont, il conviendrait que les présidents de ces clubs, qui aiment tant à parler d’eux-mêmes, et donner leur point de vue, sur tout, fassent un choix clair et respectueux vis à vis de la télévision et surtout des cochons de payant qui vont au stade. Recevoir une manne et jouer dans des stades de moins en moins remplis ( matches du jeudi soir, du dimanche midi, au hasard), ou renégocier et afficher leur volonté de remplir les stades ? !…
    Pour les clubs de Fédérale 1 jusqu’à 4 ème série; le maintien des phases finales peut perdurer. Là, les confrontations permettent de dépasser les limites de sa géographie- très appréciable en ces temps de repli- et de rencontrer des gens qui ne sont pas de son « quartier ». Au plaisir de te lire.

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