Le fair play et le respect des arbitres en rugby

Par Frédéric Bonnet

20160522_111504
Finale entre Mont de Marsan et Dax en 1963 : l’arbitre avait encore une autorité à cette époque

Le rugby est un sport de combat régit par des dizaines de règles, qui ont but de favoriser la fluidité du jeu et que celui ci ne dégénère pas en bagarre générale. Le flair play, traduit français esprit sportif ou franc jeu, a été inventé par William Shakespeare dans le Roi jean en 1598. C’était donc une métaphore utilisée à propos du débat politique. Il a été ensuite employé dans d’autres domaines, y compris en sport. Qu’en est il des idéaux du fair play dans le rugby ?

Les écoles de rugby françaises ont toutes dans leur règlement intérieur une charte ou un contrat qui stipule que les joueurs, et les parents des joueurs, doivent suivre les règles du fair play vis à vis des adultes (éducateurs et arbitres) et des autres enfants. Ces règles de vie sont donc enseignées dès le plus jeune âge. Reste que quand certains adultes, présidents de clubs, entraineurs, joueurs et parents, censés être des exemples, se donnent en spectacle de manière affligeante chaque week end, comment faire respecter le fair play à nos jeunes ?

C’était mieux avant ? Pas forcément, le professionnalisme a quasi éliminé la violence des terrains. Par contre, il l’a emmené insidieusement à des endroits moins visibles et moins médiatiques : la violence à l’encontre des arbitres !

Toutes les semaines, des entraineurs ou des joueurs sont convoqués devant la commission de discipline suite à des propos outrageux, des commentaires acerbes ou même désormais des menaces. Les présidents de clubs gardent le privilège d’insulter ou d’attaquer, qui bon leur semble en toute impunité. Les décisions des arbitres sont systématiquement remises en cause ou suscitent la controverse par les perdants. L’arbitrage vidéo n’a bien entendu pas réglé les problèmes, mais les a plutôt aggravés. Les arbitres n’ont désormais plus droit à l’erreur, tout comme les joueurs. Il devient ainsi insupportable au public qu’un joueur fasse un simple en avant ou un mauvais choix dans la conduite du jeu. Or qui dit jeu, dit erreur.

Le monde n’était pas meilleur quand le rugby était amateur. Des insultes fusaient venant des tribunes, des sifflets aussi. La France n’atteindra jamais l’excellence des anglo saxons en matière de fair play ; mais au moins avait elle le french flair pour se distinguer ! A une époque pas si lointaine, on n’entendait des sifflets venant des tribunes qu’à Mayol ou des colibets fleuris que venant du pesage de l’académie de Musard : on disait que c’était le charme des méridionaux, qui on le sait s’exprime autant avec les mains qu’avec la parole ou la rudesse des gascons. 

Ce temps est fini. Je situe le point de bascule aux paroles de Sébastien Chabal dans le JDD en 2011 : les arbitres du top 14 sont nuls. Sans le savoir ou le vouloir l’icône du rugby français, comme avait pu l’être Jonah Lomu dans le monde, venait de lancer la chasse à l’arbitre. En plus de devoir  gérer les comportements des joueurs sur le terrain (c’est intrinsèquement sa mission), ils doivent désormais subir et répondre aux attaques du monde du rugby après le match.

Dans l’ordre des responsabilités, je classe :

Le spectateur roi 

Un stade de rugby s’apparente de plus en plus au Colisée de Rome, où se tenaient les jeux romains. Le public spectateur, de moins en moins connaisseur, hurle, vocifère et met à mort symboliquement arbitres et adversaires (Parra sifflé systématiquement à Bordeaux ; Armitage partout en France). Pour taper une pénalité, un joueur de rugby devrait avoir le droit de mettre un casque pour ne plus entendre les cris de rage du public. Sous prétexte qu’il paye, assez cher, sa place, il exige la victoire ET le spectacle. Bien entendu, ce nouveau public n’entend par spectacle, que le jeu de passe, jamais les phases de conquête collective du ballon, qui font pourtant aussi la singularité du rugby.

 Les présidents rois

Sous prétexte, qu’ils se sont achetés le bien public qu’est un club, certains présidents ont décidé que tout leur était du. La victoire pour leurs joueurs, l’argent de leurs spectateurs (merchandising, prix des places, délocalisations), les faveurs des arbitres, et jusqu’à certains symboles des clubs : pourquoi ne pas privatiser le muguet de Félix Mayol ou délocaliser le club Altrad à Stellenbosch, on a bien rayé de la carte de l’Ovalie professionnelle des clubs comme Lourdes, La Voulte ou Bagnères  et privé le Racing de ville. 

Avant chaque grande confrontation, certains présidents s’invectivent et montrent leurs muscles, dans un spectacle affligeant, qui ressemble de plus en plus à du catch de pacotille. Après les matchs, on en trouve toujours un pour attribuer l’échec d’une saison ou d’un match à une ou des décisions arbitrales. 

Les entraineurs 

Plus bas dans l’échelle des responsabilités, les éducateurs du rugby se sont transformés petit à petit en entraineurs-sélectionneurs de rugbymen. Ils sont pressurisés et constamment mis sous la pression du résultat. Leur autorité est de plus en plus soumise à la nécessité impérieuse d’obtenir des résultats à court terme. Ils sont donc la victime bien souvent du duo oppresseur : public et président.

Les exemples d’entraineurs critiquant les arbitres sont aussi nombreux.

Les joueurs 

Certes, nos joueurs de rugby sont très bien payés. Mais sont-ils respectés ? Les jeunes joueurs formés en France arrivent-ils à se faire une place dans le rugby professionnel ? La concurrence exacerbée (les poste sont doublés, voire triplés) leur permet-elle d’exercer leur métier sereinement ? Les cadences infernales et la violence des collisions leur permet-elle de jouer sans prendre des risques inconsidérés pour leur santé à court et moyen terme ?

Alors, faut-il s’étonner qu’un joueur dégoupille en insultant et en menaçant un arbitre ? Faut-il s’émouvoir que de plus en plus de joueurs contestent et parlementent après chaque décisions des arbitres ? Bien entendu oui, mais on peut plus de circonstances atténuantes aux joueurs, ainsi qu’aux entraineurs, qu’au public et aux dirigeants du rugby.

On peut se demander qui peut encore vouloir arbitrer un match de rugby en 2016. Les arbitres sont les protagonistes du rugby moderne les moins bien payés et les moins bien considérés. Leur autorité ne va plus de soi et leur procès en incompétence est mis sur la place publique chaque semaine.   On pourra mettre toujours plus de caméras dans les stades et professionnaliser plus efficacement l’ arbitrage, le respect de l’arbitre ne passera que par l’éducation des joueurs, mais aussi celle du public, et de tous les dirigeants et encadrant du rugby.

Une réflexion sur “Le fair play et le respect des arbitres en rugby

  1. Il existe bien de graves fautes d arbitrages qui peuvent réduire à néant une année de travail de certaines équipes.Bordeaux/Begle en a souvent fait les frais cette dernière saison, l arbitre refuse l essai devant le Racing et ce n est pas le Drop de tales refuse et qui passe bien entre les barres qui ne compense pas un essais..devant Montpellier ou L essai est refusé Pourquoi?? Alors que l ailier Toulonnais contre Agen marque le même essai dans le même week end et il est accordé. . .comme ce plaquage a retardement par serin qui est dans le temps de l action reconnu par l arbitre central mais celui ci insiste aupres de l arbitre video pour lui demander un avis contraire  » vas y toi moi ca ferait trop gros!! » …j ai envi de dire aux arbitres je soutiens L’ UBB et il c est pourtant Castré, Racing,Toulon ,Montpellier et Montferrant qui méritent d être dans les six premiers.il manque encore à Bordeaux un petit plus..alors laisse leur une chance…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *