Par Frédéric Bonnet

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L’électrochoc des deux défaites cuisantes de l’équipe de France de rugby, contre l’Irlande, puis contre les All blacks, lors de la dernière coupe du monde aura eu rapidement deux effets bénéfiques. Pour commencer, elles ont délié la parole de l’ensemble des intervenants du monde du rugby. Dans un second temps, elles ont permis de faire émerger un des problèmes de notre championnat, à savoir le recrutement massif, pour des raisons économiques de rugbymen à l’étranger. La période électorale, qui débouchera sur la nomination d’une nouvelle équipe, ou non, à la tête de la FFR en décembre 2016, permettra peut-être de prendre enfin des décisions courageuses. Quel sera le nombre de rugbymen recrutés à l’étranger par les clubs du Top 14, de la Pro D2 et de la fédérale 1 cette année?

La nomination de Guy Noves à la tête de l’équipe de France de rugby a déjà eu deux effets positifs :

Dans ce nouveau système, certains joueurs se sont révélés lors de la dernière tournée en Argentine, de Serin à la mêlée, à Ledevedec à la touche, à Lamerat au centre, jusqu’à Gourdon en troisième ligne. 

Deux mesures prises récemment semblent aussi aller dans le bon sens :

Il n’est désormais plus un secret pour personne, que les rugbymen espoirs français ont de moins en moins de place dans notre championnat : que ce soit en Top 14, mais aussi jusqu’en fédérale 1. Les joueurs s’expriment de plus en plus à ce sujet (par exemple David Skrela dans le midol du 11 juillet), de même que le candidat à l’élection présidentielle de la FFR, Bernard Laporte. Seul Pierre Camou nie le problème et se défend en taxant en quelque sorte ses contradicteurs de « xénophobes ». Or le problème, je l’ai déjà dit, n’est pas de cet ordre : ce ne sont pas de pauvres réfugiés rugbymen fuyant la guerre et la misère, qui sont recrutés par les clubs français. Mais bien des joueurs majoritairement attirés par des salaires bien supérieurs à ceux qu’ils touchent en Australie, en Afrique du sud, en Argentine ou en Nouvelle zélande. D’autres pays, plus pauvres, se font eux piller de leurs forces vives à bas prix : la Géorgie ou les îles du pacifique (Fidji, Samoa, Tonga)…

Il n’est donc pas question de nationalité, mais de rugbymen formés en France, quelque soit leur nationalité. Les joueurs issus de l’immigration, ancienne ou récente, ont autant le droit de figurer en équipe de France que tout autre joueur.

Les médias spécialisés dans le rugby, pour certains devenus de véritables « tabloïds rugbystiques », ont proclamé tout récemment qu’une nouvelle vague de joueurs recrutés à l’étranger allait déferler en Ovalie.  Dans cette année post coupe du monde de rugby et en pleine campagne pour la présidence de la FFR, on aurait pu espérer le contraire ! En analysant plus finement les mouvements de joueurs non formés en France, la réalité est plus contrastée. 

Cette année, une centaine de rugbymen formés à l’étranger va débarquer dans le championnat français de rugby : 18 en fédérale 1, 33 en Pro D2 et 47 en Top 14. Les spectateurs vont découvrir cette année Vito et Jordaan à La Rochelle, Madigan à l’UBB, Jarvis à l’ASM,  Nadolo au MHR, Nakarawa à Pau, Gill et Goromaru au RCT et Ghiraldini à Toulouse. Des joueurs superstars, qui cachent toutefois une armée de jeunes joueurs, quelques fois encore espoirs dans leur pays ( le recrutement de 4 espoirs sud africains au MHR).

Mais, en y regardant de plus près, pour la première fois en 20 ans de professionnalisme, la balance entrée/ sortie de joueurs formés à l’étrangers sera négative en Top 14 (-3) et en Pro D2 (-19). On peut expliquer ce changement de stratégie des clubs à l’addition de plusieurs faits :

Recrutement de joueurs formés à l’étranger en fédérale 1

Nombre de joueurs formés à l’étranger en 2015

Total du recrutement en fédérale 1 de joueurs formés à           l’ étranger

dont venant de championnat étranger dont venant du Top 14 ou de la Pro D2  
229 34 18 16  
Nombre de joueurs formés à l’étranger en 2016 Départ de joueurs formés à l’étranger de la fédérale 1 dont partant vers un championnat étranger dont partant vers le Top 14 ou la Pro D2 dont partant vers la fédérale 2 ou à la retraite
229 + 6 = 235 28 6 8 14

Recrutement de joueurs formés à l’étranger en Pro D2

Nombre de joueurs formés à l’étranger en 2015 Total du recrutement en Pro D2 de joueurs formés à l’ étranger dont venant de championnat étranger dont venant du Top 14 dont venant de la fédérale 1
224 56 33 16 7
Nombre de joueurs formés à l’étranger en 2016 Départ de joueurs formés à l’étranger de la Pro D2 dont partant à l’étranger  dont partant en Top 14 dont partant en fédérale 1
224 – 19 = 205 75 12 7 12
      dont départ à la retraite : 9 dont non conservés : 35

Recrutement de joueurs formés à l’étranger en Top 14

Nombre de joueurs formés à l’étranger en 2015 Total du recrutement en Top 14 de joueurs formés à l’ étranger dont venant d’un championnat étranger dont venant de la Pro D2 dont venant de la fédérale 1
234 56 47 8 1
Nombre de joueurs formés à l’étranger en 2016 Départ de joueurs formés à l’étranger du Top 14 dont partant vers un championnat étranger dont partant en Pro D2 dont partant en fédérale 1
234 – 3 = 231 59 11 16 4
      dont départ à la retraite : 12 dont non conservé : 16

 

A ce sujet, tous les clubs n’adoptent pas la même stratégie. En Top 14, l’ASM, Toulouse et Castres compteront moins de 15 rugbymen formés à l’étranger dans leur effectif ; Dax, Montauban, Vannes et Bourgoin moins de 10 en Pro D2 ; Bourg en bresse un seul en poule élite de fédérale 1 et Oloron, Tyrosse, Langon et Lombez aucun en fédérale 1. 

Au contraire, le LOU, le MHR, Pau, le RCT et Bayonne en compteront au moins 20 ; Narbonne, Oyonnax, Agen et Mt de marsan plus de 15 en Pro D2 ; le PARC, Chambéry, Aubenas et Romans plus de 10 en poule élite de la fédérale 1 ; et Rouen et Strasbourg plus de 10 en fédérale 1.

Clubs ayant le plus de joueurs formés à l’étranger : en rouge Top 14, en noir Pro D2, en bleu fédérale 1 poule élite et en vert les autres poules de fédérale 1

LOU 23 Montauban 9
Pau 21 Vannes 9
MHR 21 Limoges 9
RCT 20 Cognac 9
Bayonne 20 Biarritz 8
Racing 19 Tarbes 8
Brive 19 Massy 5
Narbonne 19 St Nazaire 8
Grenoble 19 St Médard 7
La Rochelle 18 Bourgoin 6
Stade français 17 Bagnères  6
UBB 17 Auch 6
Oyonnax 16 Bobigny 6
PARC 16 La Seyne 5
Rouen 16 Valence d’agen 5
Agen 15 Tulle 5
Mt de marsan 15 Grasse 4
Toulouse 14 Blagnac 4
Castres  14 Rodez  4
USAP 14 Castanet 3
Béziers 13 Anglet 2
Aurillac 13 Graulhet 2
Carcassonne 13 Agde 1
S-Angoulème 13 Lavaur 1
Chambery 13 Bourg en bresse 1
ASM 11 Oloron 0
Colomiers 11 Tyrosse 0
Albi 11 Langon 0
Aubenas 11 Lombez 0
Strasbourg 11    
Romans 11    
Dax 10    
Nevers 10    
Macon 10    

 

La grande nouveauté cette année vient certainement de l’augmentation importante du nombre de rugbymen espoirs, formés en France, recrutés par des clubs français : 164 en 2016, contre 138 en 2015, soit plus 26.

Mais à y regarder de plus près, la situation de nos jeunes espoirs n’est pas si rose. La promotion interne de joueurs espoirs de leur centre de formation vers l’équipe première de leur club reste malheureusement exceptionnelle (Galletier au MHR, Serin ou Tauleigne à l’UBB, Baille, Marchand ou Aldhegheri à Toulouse, Sanconnie à Brive, Dupont à Castres, Iturria à l’ASM, Jammes à Grenoble, Roudil à La Rochelle, Daubagna à Pau, Chat au Racing, Gabrillagues au Stade français ou Fresia au RCT). Le nombre de joueurs recrutés en Top 14 ou en Pro D2 est encore insuffisant et a encore diminué (respectivement – 3 et -4). En fait,  la majorité des espoirs a été recrutée par des clubs de fédérale 1 (plus 33). 

Mouvements de joueurs espoirs dans les clubs du Top 14, de la Pro D2 et de fédérale 1

Fédérale 1 Pro D2 Top 14
78 en 2016 / 45 en 2015 63 en 2016 / 67 en 2015 23 en 2016 / 26 en 2015

47,5 % en 2016 / 32,6 % en 2015

 

38,4 % en 2016 / 48,5 % en 2015

dont Cotet et Raynaud à Oyonnax, Devergie, Ishenko et Ramos à Colomiers, Caire, Singer et Bastien à Biarritz, Paiva et Lainault à Carcassonne,  Blanc et Gaillard à Albi, Riva à S-Angoulème, Estorges à Montauban et Courcoul à Narbonne.

14,1 % en 2016 / 18,8 % en 2015

dont Lespinasse à bayonne, Labouteley à l’UBB, Septar à l’ASM, Javaux à castres, Retières et Priso à La Rochelle, Castets à Toulouse, Dupichot et Pesenti à Pau, Coville au Stade français.

 

Conclusion

Les rugbymen formés en France trouveront encore cette année difficilement leur place dans les clubs de l’élite, mais aussi en Pro D2 et en fédérale 1. Ce fait irréfutable fera donc substantiellement baisser le niveau de l’équipe nationale. Pourtant, les chiffres montrent que la tendance s’inverse. Les clubs se tournent moins vers le « marché » étranger, sauf pour recruter des joueurs stars, qui apportent une réelle plus value à l’équipe (Wilkinson à Toulon, Carter au Racing). Petit à petit, ils seront de plus en plus incités à s’intéresser aux joueurs formés en France, véritable réservoir de la futur équipe de France.