Par Frédéric Bonnet pour

La coupe d’Europe de Rugby, le tournoi des Six Nations, l’équipe de France de Rugby et les joueurs formés en France font-ils bon ménage ? En d’autres termes, Guy Novès dispose-t-il d’un vivier de joueurs de qualité formés en France suffisant en nombre et en volume de temps de jeu pour être concurrentiel lors du tournoi des six nations et au-delà ? 

Dans le classement de l’ IRB Mondial réactualisé en décembre dernier, la France figure en huitième place. En Europe, elle est loin derrière l’Angleterre, à une distance plus raisonnable de l’Irlande et du Pays de Galles, mais elle vient juste de se faire dépasser par l’Ecosse. Seule l’Italie semble à sa portée.

Classement de l’IRB Mondial au 05/12/2016 en points

1 Nouvelle Zélande 94.78
2 Angleterre 90.46
3 Australie 86.35
4 Irlande 84.62
5 Pays de Galles 82.55
6 Afrique du Sud 81.79
7 Ecosse 80.67
8 France 80.13
9 Argentine 79.91
10 Fidji 76.46
11 Japon 74.22
12 Georgie 74.14
13 Italie 72.47
14 Tonga 71.94
15 Samoa 71.25
16 Roumanie 69.36
17 Etats-Unis 64.66
18 Canada 63.95
19 Russie 63.25
20 Namibie 62.78
21 Uruguay 60.66
22 Espagne 60.17
23 Kenya 59.28
24 Allemagne 58.99
25 Portugal 56.96

 

Depuis la nomination de Guy Novès à sa tête, la cote d’amour du XV de France ne cesse de progresser auprès de ses supporters. Il faut dire que notre équipe rivalise enfin avec ses concurrentes de l’hémisphère Sud, qu’elle remet sur le devant de la scène de jeunes espoirs français et qu’elle propose un jeu attractif, riche, intelligent et cohérent.

Grace à la très récente convention FFR/LNR, notre sélectionneur national bénéficiera cet hiver de conditions de travail plus confortables que ses prédécesseurs. Il n’en reste pas moins qu’il ne part pas encore avec les mêmes chances que ses concurrents européens.

Les fédérations irlandaises, galloises, italiennes et écossaises ont créé des clubs ou des franchises provinciales régies par des quotas drastiques de joueurs non éligibles pour leur sélection nationale. Leur championnat, nommé ligue celtique, et surtout la coupe d’Europe sont un tremplin pour leurs internationaux. Tout est pensé et organisé pour que ces joueurs arrivent au tournoi des six nations dans une forme optimale et avec un projet de jeu commun.

Lorsque les clubs du Top 14 alignent en moyenne 42 % de joueurs recrutés à l’étranger dans les matchs de coupe d’Europe, les italiens n’en alignent que 8,5 %, les irlandais 14 %, les gallois 17,3 % et les écossais 17,4 %. Les internationaux écossais et italiens sont concentrés dans deux clubs, les gallois et les irlandais dans 4 clubs. Les internationaux français sont eux disséminés dans la dizaine de clubs du Top 14.

Reste le cas de l’Angleterre, dont le championnat, le Premiership, ressemble à s’y méprendre au notre. L’Angleterre part toutefois avec au moins deux ans d’avance sur la France. Nos « meilleurs ennemis » ont entrepris la révolution lancée par Guy Novès juste avant la coupe du monde en 2015 . Une erreur de timing qui a certes aboutit au fiasco de leur non qualification, mais qui porte ses fruits cette année. 

Pourcentage de joueurs recrutés à l’étranger par championnat

  Challenge européen Coupe d’Europe Total
France 42,8 % (min 26%-max 52%) 41 % (min 26 %-max 65 %) 41,9%
Angleterre 25,3 %(min 13%-max 39 %) 38,4 % (min 26 %-max 48 %) 31,8 %
Ecosse 21,7 % 13 % 17,4 %
Galles 15 % 21, 7 % 17,3 %
Irlande pas d’équipe 14 % (min 8 %-max 21 %) 14 %
Italie 4 % 13 % 8,5 %

A l’instar du Racing balayé par Glasgow, du RC Toulon laminé par les Saracens et tenu en échec par les Scarlets, ou du Leinster qui domine le CO et le MHR, la pourrait terminer cette année à l’avant dernière place du tournoi des six nations. 

La reconstruction de l’équipe de France en est à sa phase 1. Celle des fondations. Une période délicate, mais essentielle, où elle a besoin de stabilité et de continuité. Le nouveau président de la FFR le sait. Le défi proposé au XV de France cet hiver est immense. La France va d’ailleurs devoir affronter d’emblée l’Angleterre à Twichenham, l’Irlande à Dublin et entre les deux l’Ecosse à Paris. Laissons lui du temps.

Pourtant, pour que l’équipe de France retrouve son rang international, il faudra plus que du temps. La FFR va devoir revoir toute l’organisation du rugby français en s’inspirant, sans faire du copier-coller, de ses voisins européens ou de l’hémisphère Sud. Entre autre stopper le libéralisme sauvage qui régie les flux internationaux de joueurs de rugby : en clair établir un nombre minimal de joueurs recrutés à l’étranger. Redonner ainsi du temps de jeu aux joueurs formés en France et éligibles pour l’équipe de France de Rugby. La convention FFR/LNR signée sous l’ère de Pierre Camou ne va pas assez loin. Il faut une nouvelle convention. Bernard Laporte a aussi été élu pour cela.