CHE GUEVARA joueur de rugby et révolutionnaire

Par Frédéric Bonnet

Pour Florence Brugnago la révolutionnaire et tous les joueurs ou joueuses de rugby à l’âme révolutionnaire

N’en déplaise aux thuriféraires du rugby professionnel qui ne prônent que le spectacle et le profit, le jeu de Rugby se nourrit en permanence de ses différents et nombreux rituels ou symboles. Ceux-ci n’ont pour but que de ranimer et renforcer le récit fondateur du jeu de Rugby codifié par Thomas Arnold au XIX è siècle dans l’Angleterre victorienne et aristocratique. Depuis sa naissance, l’esprit et le sens de ce jeu sont ainsi incarnés par des figures héroïques. Leurs aventures sont narrées par les plus grands écrivains du XXè et du XXIè siècle.

Il est un héros rugbystique révolutionnaire plus méconnu que les autres. Il nous vient de l’autre bout du monde, en Argentine : il se nomme Ernesto Guevara de la Serna, dit le Che Guevara.

Depuis son importation par des gentlemen britanniques en 1873 à Buenos Aires, le rugby argentin est resté très majoritairement aristocratique et estudiantin. Ernesto Guevara de la Serna naquit en 1928 à Rosario, province de Santa Fé, au nord ouest de Buenos Aires. Etant issu d’une famille aisée, il eut le privilège d’essayer tour à tour la natation, l’escrime, le patinage, l’équitation, la boxe, la pelote basque, le tennis et le foot. Pour les aristocrates argentins, un esprit sain n’existe que dans un corps sain.

Mais le jeu qui d’emblée le passionna fut le rugby, qu’il pratiqua de 14 à 23 ans. Le joueur de rugby était à l’image du révolutionnaire romantique et intraitable mondialement connu. Il fit de sa maladie chronique, l’asthme, une force en la combattant sans relâche et en n’en tenant le moins possible compte.

Cet handicap détermina d’abord sa vie en poussant ses parents à déménager à Cordoba, ville censée être moins polluée que la capitale. En le sensibilisant ensuite à toute forme de discrimination, puisque sa « faiblesse » le fit exclure de nombreux clubs sportifs.

Seul le jeu de Rugby l’accepta, tel qu’il était.

Il se lança dans le rugby, comme plus tard dans la révolution : sans retenue.

Certes, la lutte perpétuelle contre la souffrance l’obligeait à sortir toutes les 15-20 minutes du match pour prendre des bouffées de ventoline. l’inhalateur salvateur était tendu sur le bord de la touche par un un de ses amis.

Mais comme il l’écrivit plus tard à son père : « J’aime le rugby et, devrais-je en crever, je continuerai à y jouer« . La seule protection qu’il accepta était ce casque léger en tissu qui protégeait ses oreilles « fragiles ».

Il se distingua rapidement de ses camarades par la férocité de ses plaquages et l’intelligence de son jeu. Qu’il soit demi de mêlée ou arrière, il était surnommé FUSER, forme abrégée de Furibondo Serna (Serna, nom de famille de sa mère, le furibond) ou El Chancho (le cochon) en raison de son aspect délibérément négligé.

De ces années de rugby qu’il pratiqua parallèlement à des études de médecine et à une constante recherche politique, culturelle et intellectuelle, le futur Che Guevara garda l’esprit d’équipe, le courage du combattant, la ténacité du joueur, la pugnacité devant l’adversité, la discipline et le respect de l’adversaire. Un état d’esprit qui le guida toute sa vie.

Sa capacité de réflexion le mena à fonder une revue de défense du jeu de Rugby qu’il nomma Tackle (plaquage en anglo-argentin) en 1950. Il publia onze numéro. Un de ses articles les plus célèbre (Le rugby de l’intérieur) publié sous le pseudonyme Chang-Cho (dérivé de Chancho) défendait le beau jeu ouvert et l’extension du rugby au villes des provinces de l’intérieur et à toutes les couches sociales. Il était resté ébahi par le beau jeu pratiqué par les équipes françaises et anglaises venues en tournée en Argentine en 1949.

 S’il apprit le rugby au club Estudiantes de Cordoba (maillot à damiers noir et blanc) au poste de demi de mêlée, il joua rapidement en première division dans le club de Buenos Aires de San Isidro (SIC). Il partit ensuite sous la pression de son père, inquiet pour la santé de son fils, dans un club voisin moins huppé le Ypora Rugby Club, puis au Atalaya Polo Club.

Le jeu de Rugby a fait de l’enfant et de l’adolescent Ernesto un homme sur de lui et a façonné son caractère. Sa « fraternité d’armes » avec son ami du rugby Alberto Granado les fit partir en 1951 en expédition au Vénézuela.Une autre histoire commençait.

Le joueur se transforma peu à peu en un citoyen du monde, sorte d’aventurier révolutionnaire romantique et guerrier. A cette époque, au cours d’un tournoi de rugby interuniversitaire, un joueur demanda pourquoi Fuser ne figurait pas dans l’équipe de la sélection de la faculté de médecine. Il lui fut répondu qu’il faisait la révolution au Panama.

« Soyez réalistes, demandez l’impossible »

Ce slogan internationalement connu du Che ne vient pas de nulle part. L’invention du jeu de rugby fut une révolution. 

En soi le jeu de Rugby EST une révolution. Un moyen ou un prétexte pour forger de jeunes gens, pour les aider à s’accomplir en adultes éclairés, pétris de valeurs bien tranchées, émancipés, en bonne santé et épanouis.

L’histoire du joueur de rugby Ernesto Guevara de la Serna en est un symbole toujours d’actualité. Les PUMAS du XV argentin du capitaine Pichot, du médecin Contepomi ou des ingénieurs Fernandez Lobbe ou Roncero avaient repris l’image du CHE pour symboliser la grinta de leur équipe. Connaitre l’histoire d’un pays, d’un club, d’un maillot, c’est la faire sienne et se projeter plus loin dans l’avenir.

Quel héros rugbystique devrait se trouver le XV de France pour donner un sens à son jeu et répondre aux seules questions qui vaillent pour souder une équipe ? Pourquoi je joue avec vous et qu’est ce que j’apporte d’indispensable au groupe. 

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