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CAC 14 recherche N°3 et N°8 désespérément

Par Frédéric Bonnet

Les barrages du CAC 14 illustrent de manière caricaturale les errements du jeu de Rugby professionnel français. Le grand marché pseudo régulé des joueurs de rugby fait deux victimes principales: les piliers droits et les troisièmes lignes centres. Sauf exception (Tauleigne, Picamoles, Priso, Gomes Sa ou Slimani par exemple) un joueur formé en France n’a quasi aucune chance d’être titulaire dans son équipe à ces deux postes. Au bout du chemin ovale, c’est le XV de France qui, encore une fois, en pâtit.

 

LE CAC 14 un championnat de plus en plus riche

Selon la DNACG, la masse salariale brute moyenne par club en million d’euros a doublé en 10 ans, passant de 4,5 à 9,2 millions. Le CAC 14 est d’ailleurs le championnat le plus rémunérateur d’Europe avec un salaire annuel moyen par joueur de 235 000 euros, juste devant le Premiership anglais, 230 000 euros et la Ligue Celte, 190 000 euros

On est encore loin des sommes pharamineuses du très étrange championnat japonais, 400 000 euros, mais toujours très au-dessus de celles de l’hémisphère Sud. Les Dieux du rugby, les monstres sacrés Néo Zélandais ne rétribuent leurs  joueurs qu’à hauteur de 75 000 euros. Les Sud Africains les talonnent, 70 000 euros et les Australiens font, toute proportion gardée, figure de « smicards » du rugby mondial, 48 000 euros

Les joueurs telles des actions boursières suivent les autoroutes des flux d’argent du rugby et celles-ci mènent toutes en Europe. Pour les athlètes de l’hémisphère Sud, le vieux continent représente une véritable mine d’argent et la possibilité in fine de s’assurer une retraite dorée. Pour les clubs européens, ces joueurs présentent le double avantage d’être extrêmement rentables financièrement et sportivement. 

Des salaires qui passent du simple au double selon le poste

Une équipe se divise désormais en clans selon les nationalités, les agents, les postes et les salaires. La principale tâche d’un entraineur est désormais d’arriver à fédérer des joueurs au plan de carrière balisé. Des joueurs rendus de fait de plus en plus individualistes, car individualisés en permanence.

Ils suivent une préparation physique et des entrainements ciblés selon leur poste. Le rugby est devenu un métier, très bien rémunéré. Les joueurs sont peu à peu transformés en athlètes de laboratoire, en robots surmédicalisés et sont constamment surveillés pour fabriquer des produits corvéable à merci, rentables et fiables.

Comment trouver une cohérence et un esprit collectif dans une équipe dans ces conditions ?

Une équipe de rugby du CAC 14, c’est une constellation de fiches de paye qui varient selon le degré de « starification » du joueur et son poste. Le système des JIFFS et celui du Salary Cap ont d’ailleurs déjà entrainé deux effets pervers :

  • d’une part, les clubs enrôlent des joueurs étrangers de plus en plus jeunes pour qu’ils rentrent dans le statut JIFF. 
  • d’autre part, ils surpayent les espoirs français pour rentrer dans les minima imposés par la LNR. Pour au bout du compte ne les faire jouer que pour remplir des quotas.

Le marché est donc devenu fou. La bourse aux valeurs de certains rugbymen s’envole dangereusement et n’a pas toujours de lien avec leurs qualités sportives. 

Les salaires moyens mensuels des joueurs du CAC 14 reflètent bien la tendance de ce championnat. Quant un président de club recrute des joueurs, il sait qu’il va devoir casser sa tirelire pour quatre postes de choix bien ciblés par le CAC 14 :

  • ses troisièmes lignes centres lourds et massifs, 25 000 euros en moyenne par mois,
  • ses demis d’ouverture, 25 000 euros,
  • ses demis de mêlés, 23 000 euros,
  • et ses piliers droits, 20 000 euros.

Cette colonne vertébrale ainsi constituée, il saupoudre le reste de son budget pour payer :

  • ses arrières, 15 000 euros par mois,
  • ses centres et ses deuxièmes lignes, 14 000 euros par mois,
  • ses  troisième lignes ailes, ses ailiers, ses talonneurs, 12 000 euros par mois,
  • ses piliers gauches, 11 000 euros par mois.

Problème : les piliers droits et les troisièmes centres formés en France ne jouent plus en CAC 14

A l’occasion des deux matchs de barrage du CAC 14 qui ont opposés Toulon à Lyon, puis Toulouse à Castres, deux postes stratégiques ont été trustés par des joueurs non formés en France.

  • Les piliers droits : Seuls Choirat au LOU et Aldéghéri à Toulouse peuvent postuler pour le XV de France, mais ils étaient tous deux remplaçants. Les 6 autres joueurs n’ont pas été formés en France (Gomez Modela, Van der Merwe, Chilachava, Kotze, Faumuina, Fa’anunu).

  • Les troisièmes lignes centres : Seul Cros à Toulouse a été titularisé à ce poste, mais aux côtés de surpuissants troisièmes lignes ailes, Elstadt et Fa’asalele. Les 4 autres joueurs n’ont pas été formés en France (Vermeulen, Tuifua, Vaipulu et Tulou).

Quand les joueurs éligibles au XV de France ne peuvent pas jouer avec leur club les matchs des phases finales, il ne faut pas s’étonner que l’équipe de France en pâtisse.

Le pire est peut être d’ailleurs que ce modèle français porte une ombre sur les magnifiques histoires de quelques joueurs venus plus pour vivre une aventure humaine que pour l’argent. Capo Ortega plus castrais que certains natifs de la ville ou Kockott qui parle français avec l’accent tarnais ; Chilachava réfugié géorgien débarqué en rade de Toulon ou encore Fernandez Lobbe l’ingénieur plus varois qu’argentin. 

Ce rugby n’a plus de sens.

Ratio nombre de joueurs formés en France/ joueurs non formés en France

Postes Ratios
Piliers gauches 7/0 soit 100%
Talonneurs 6/2 soit 75 %
Piliers droits 2/6 soit 25 %
Deuxièmes lignes  5/9 soit 35 %
Troisièmes lignes ailes  7/10 soit 41 %
Troisièmes lignes centres 1/4 soit 20 %
Demis de mêlée 4/2 soit 67 %
Demis d’ouverture  4/3 soit 57 %
Aliers 4/5 soit 44 %
Centres  7/4 soit 63 %
Arrières  2/2 soit 50 %

Les compositions d’équipes des deux matchs de barrage

Postes Joueurs formés en France Joueurs non formés en France
Piliers gauches  Fresia, Ménini, Clément, Baille, Tichit, Pointud et Stroe  
Talonneurs Guirado, Ivaldi, Etrillard, Lacombe, Marchand, Rallier Jenneker et Ghiraldini
Piliers droits Aldéghéri et Choirat Faumuina, Kotze *, Fa’amanu, Van Der Merwe, Gomez Kodela, Chilachava
Deuxièmes lignes Lambey, Taofifénua, Lassalle, Maestri, Jacquet Atwood, Kruger, Roodt, Oosthuisen, Van Der merwe. F, Gray, Tekori, Mafi, Capo Ortega
Troisièmes lignes ailes Puricelli, Lakafia, Cretin, Caballero, Babillot, Madaule Fernandez Lobbe, Manoa, Gill, Elstadt, Gray, Faasele
Troisièmes lignes centres Cros Vaiupulu, Tulou, Tuifua, Vermeulen
Demi de mêlée  Escande, Pélissié, Bézy, Radosalvéjic Matthewson, Kockott *
Demi d’ouverture Doussain, Belleau, Trinh Duc, Michalak Holmes, Urdapiletta, Harris 
Ailiers Palisson, Mignot,Médard, Battle  Radradra, Tuisova, Smith, Mjekevu, Kolbe 
Centres Regard, Bastareaud, Belan, Fritz, Vialelle, Combézou, Fickou Wulf, Nonu, Fekitoa, Taumepeau 
Arrières Ramos, Dumora Ashton, Arnold
  • joueurs non formés en France, mais ayant joués pour le XV de France.

2 Commentaires

  1. Bonjour
    Dans les piliers droits il me semble que Kotze , d’origine Sud Africaine , a été sélectionné en équipe de France.

  2. Bonjour fredreric triste realité du rugby pro et le XV de france qui paie les pots cassés merci au CAC 14 et a tous ceux qui ont tué le XV de france en bloquant nos jeunes espoirs aux postes cle en faisant venir des stars du super 15 et autres. Messieurs il est tant de laisser nos jeunes exploser et prendre les cles du camion en etant entourré par des vieux briscard francais.

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